Christine Le Quellec-Cottier
Christine Le Quellec-Cottier
Une figure incontournable et presque mythique de la modernité poétique revit en cette biographie brève ovp les faits sont enfin distingués de la légende. Les archives Blaise Cendrars, les témoignages et les recherches les plus récentes permettent à Christine Le Quellec Cottier de narrer un parcours à la fois fascinant et fiable. Et nous voici saisis par le rythme qui caractérise l'oeuvre autant que l'homme. L'esprit de rupture et le besoin de renouveau dépassent les images de bourlingue. Ils expliquent pourquoi l'écrivain continue de séduire les jeunes générations, alors même que la collection de la Pléiade s'apprête à le consacrer comme classique contemporain. L'action est l'arme du poète, qui sort mutilé de la guerre de 1914-1918, mais porteur d'espoir et de projets. La fuite du milieu parisien vers le Brésil correspond à un grand essor romanesque. Dans les années 1930, les reportages l'occupent sans le satisfaire, puis une nouvelle guerre inspire L'Homme foudroyé, et des oeuvres presque mystiques, avant les rutilances syncopées d'Emmène-moi au bout du monde¬Ö!
Ce volume met au jour une correspondance exceptionnelle: alors que les contacts de Blaise Cendrars (1887-1961) avec sa famille suisse semblaient rompus, et les traces conservées bien maigres, cet ensemble insoupçonné de plus de quatre cents missives a été révélé lors d'une vente aux enchères en 2009 et paraît aujourd'hui avec d'autres lettres et photographies inédites, retrouvées en 2024. Dès son premier départ en Russie en 1904, Freddy Sauser devenu Blaise Cendrars a, en réalité, maintenu une relation très forte avec son frère Georges Sauser-Hall (1884-1966), juriste de renom international, ainsi qu'avec sa belle-soeur Agnès. La correspondance révèle une attache familiale restée secrète et jette un éclairage nouveau sur les années d'apprentissage, où se découvre l'adolescent qui veut devenir poète, sans savoir comment aller jusqu'au bout. Les lettres et cartes témoignent de cette vocation autant qu'elles y contribuent : elles sont le laboratoire de l'écriture. Georges y est un soutien essentiel, protecteur ou contradicteur, jusqu'à la fin. Du jeune Freddy inquiet, embrasé, habité, au Cendrars reconnu et confiant qui négocie les vérités de son aîné, désormais affilié à une élite suisse, les lettres racontent la genèse et la vie d'un écrivain. Les deux frères ont, chacun à sa façon, rompu la filiation des Sauser. Cette coupure aura pourtant été l'origine d'un lien indéfectible.