Claude Bourgeyx
Claude Bourgeyx
Après plusieurs livres parus sous forme de dialogues, Claude Bourgeyx revient à la prose. Ici, l'auteur nous convoque dans la chambre 3 d'un établissement digne de l'atmosphère du film Hôtel du nord de Marcel Carné. Avec finesse et humour, Claude Bourgeyx, comme caché dans le placard, présente par chapitres courts, le va-et-vient du personnel, des clients d'une nuit, d'une heure...
Se penchant sur son passé, son enfance, le narrateur ne conserve que le souvenir d'une succession ininterrompue de décès et de festins funèbres. De funérailles en mangeailles, la mémoire bat le rappel des chers défunts : la tante Berthe monologue sur la tombe de l'oncle Paul, le grand-père se suicide, la grand-mère n'en finit pas de mourir. En fait, ces morts et ces moribonds reparaissent et revivent selon une logique affective - et narrative - étrangère à la chronologie : le nouveau-né du « finale » est l'aïeul du début, la fiction s'ouvre sur la mise en bière de Paul et se clôt sur sa dernière maladie. L'ordre dans lequel les personnages défilent fonde la singulière originalité du récit : cette construction en creux, cette structure inversée, renversée, cyclique, qui nous fait passer d'un enterrement à une naissance et d'un cimetière à une maternité. Mais le véritable tour de force du livre, n'est-ce pas la manière tonique et alerte dont l'auteur traite de sujets tabous, cette façon tendre, émue et presque drôle dont il parle de la vieillesse et de la décrépitude ? Et puis, il y a cet humour rose et noir, ce ton inimitable de Claude Bourgeyx qui invente ici le roman nécrologique.
Les gens assurent qu'à cinquante ans on n'est pas vieux. Moi, en dépit de mon enthousiasme pour ce que je fais, je suis souvent fatigué de tout, sans illusions. Alors je me dis : « Tu n'as pas d'espérance parce que tu n'as plus de projets au-delà de l'an 2000. » Aussitôt, je me réponds : « Mais tu travailles à ton chef-d'oeuvre ! » Et je poursuis : « Drôle d'idée d'avoir arrêté tout le reste dans la perspective de la fin du monde. » Ce à quoi je rétorque : « Ainsi, la mort ne me volera rien. » Mais je pense : « Mensonge ! Elle te volera ton chef-d'oeuvre. » Comme j'ai réponse à tout, je conclus : « Mon chef-d'oeuvre sera achevé avant l'an 2000. » La fin du monde, c'est pour demain. Tant mieux, j'ai hâte qu'elle nous tombe dessus. J'en connais qui feront grise mine, ce jour-là.
Dans leur « chez-soi » que cerne un quartier en démolition, Frédy et Barbara affrontent, au jour le jour, le quotidien de l'amour. Habitudes moroses, exaspérations minuscules, meurtrissures silencieuses... Au milieu des ruines pourtant, dans le tintamarre désolant des marteaux-piqueurs, ils s'acharnent. À vivre, à ne pas bouger, à demeurer ensemble... L'immeuble d'en face est encore debout - c'est le seul - et dans le dernier appartement habité, un autre couple anonyme doit s'obstiner, lui aussi, à faire durer l'amour. Ce vis-à-vis étrange, cet espionnage modeste des fins de soirées, quand s'éclairent les fenêtres, c'est peut-être ce qui les justifie. Ainsi, toutes les vies paraissent bien se ressembler. Celle de Frédy et Barbara est conforme, certes, mais à un détail près. A-t-il tant d'importance ? Barbara, il n'y a pas si longtemps, s'appelait Gilbert. En changeant de sexe, elle voulait changer les couleurs de la vie. Comblée hier - quand elle devint presque star -, elle ne l'est plus. Chez elle resurgit donc, par bourrasques, un besoin de strass, de paillettes, d'excessive féminité. Frédy peut-il comprendre ? Cruauté, drôlerie, fantastique affleurant sous les menus gestes de la vie, l'univers absolument singulier de Claude Bourgeyx est tout entier restitué par ce roman d'un amour différent, resté longtemps debout parmi les ruines.
Chaque soir, lorsque mon carillon a sonné minuit, j'enfile un pyjama, je jette sur mes épaules ma pèlerine bleu marine et, muni de mon trousseau de passe-partout, je vais me coucher dans les lits des gens. Mon errance nocturne n'obéit à aucune règle ; elle échappe à la logique. Je me soumets à mes seuls caprices, la fantaisie est mon guide : cette porte me plaît pour sa couleur ou l'élégance de ses moulures ? J'entre. Cette façade de pierre ocre me fait penser à l'Italie, aux voyages de noces à Venise ? Je me faufile à l'intérieur par un couloir où je devine des odeurs de Grand Canal. Dans le noir, sans rien déranger, je me glisse jusqu'à la chambre à coucher...
Recommandé par l'Éducation NationaleQuarante-deuxhistoires cocasses, délirantes ou absurdes où les mots se jouent des personnagesQuel est ce mystérieux fil à retordre que Gégé-La-Flemme donne à la maîtresse, alors qu'il n'a pas de fil sur lui ? Pourquoi Dieu ne serait-il pas une fille ? Pourquoi les vaches ne pondent-elles pas d'oeufs ? Quarante-deux histoires cocasses et ahurissantes où les mots et les personnages s'emballent et dérapent, pour notre plus grand plaisir. Cet ouvrage est illustré par la fantaisie en dessins et photos de Serge Bloch et Bruno Jarret.