Claude Cagnasso
Claude Cagnasso
Est-ce conscience de la vanité de tout effort d'expression, ou excès de modestie, qui a poussé ce jeune poète, dont nous avions déjà apprécié les poèmes de "À travers moi", à dissimuler ces poèmes en prose, dans lesquels il se continue ? Claude Cagnasso est conscient de la solitude de l'homme dans le tourbillon des joies et des peines, des renoncements et des passions qui déferlent sur lui, de son impossibilité de communiquer avec la vie, cette chimère dont les ongles d'acier s'incrustent dans sa fragile poitrine, et son cri : Rêvez, explorateurs ! rêvez, navigateurs ! rêve, poète, et meurs ! a un accent prophétique.
Pour Claude Cagnasso, le poète est un prisme décomposant la poésie qui, sans son intermédiaire, serait insaisissable et la rend préhensible et palpable. C'est à travers lui, qu'elle trouve à la fois son rythme et sa musique, comme son éclairage et sa configuration. Le poète est la cuve magnétique, où rêve et vie versent ensemble les éléments de la poésie, pour qu'ils s'y transforment en un seul poème clair. Disque sensible, que les images imprègnent, ou cage, où s'agglutinent les sons, le film se révèle à travers lui, dans le laboratoire de son âme et de sa chair, avant qu'il n'en livre l'unité au public, comme une rose sur un mur au premier rayon du soleil. Pour Claude Cagnasso encore : Un poète est semblable à une fleur ouverte, aux pétales de nacre et de verre fragile, qui se ferme et se meurt pour peu qu'on la respire. C'est aussi une voix, c'est un cri, c'est une conscience en alarme, car l'homme moderne est condamné à n'être plus que : L'homme qui fut poète et n'a plus de génie. Souhaitons que le souci justifié de Claude Cagnasso d'être de sa génération, ne lui fasse pas tuer, en l'homme qu'il n'est pas encore, le poète qu'il est déjà.