Claude Herzfeld
Claude Herzfeld
Les grandes fresques littéraires représentant le peuple en mouvement nous offrent des illustrations saisissantes de la notion de peuple. C'est le moment de vérifier que l'imaginaire entre pour une bonne part dans le domaine du politique. Les figures du Pouvoir obligent à remonter loin dans le temps et à se poser la question de l'origine de l'Histoire, et particulièrement, le passage de la tribu à la Cité.
Manifeste dans Joseph, la figure mythique est aussi prégnante dans le roman de Thomas Mann : Les Confessions du chevalier d'industrie Félix Krull, roman picaresque hermésien, c'est-à-dire que le héros, aux trente-six métiers..., reste fidèle à des valeurs auxquelles il ne renonce jamais, contrairement à des donneurs de leçons qui font profession de mépriser celui qu'ils désignent par le nom péjoratif, à les en croire, de "marginal".
Le premier roman de Thomas Mann, Les Buddenbrook, longtemps considéré comme un excellent exemple de roman de la décadence avec tout ce qui s'ensuit : réalisme, naturalisme... présente, en fait, l'éventail des leitmotive de l'oeuvre toute entière et permet ainsi une approche de l'imaginaire mannien.
Thomas Mann est l'un de ceux qui, avec Nietzsche, ont oeuvré à la restauration du mythe. Sa tétralogie biblique est là pour l'attester. Latentes ou manifestes (Hermès, Perceval...), elles sont prégnantes dans La Mort à Venise ou La Montagne magique. L'auteur, spécialiste de Goethe, oppose au Prince des Ténèbres l'Enfant Echo dont le visage est si lumineux qu'il éclaire l'ensemble de l'oeuvre.
Cet ouvrage s'attache à relever et analyser le réinvestissement mythique dans l'oeuvre d'Alain Fournier, ce qui suppose la production d'un récit qui s'apparente aux transmissions orales. En annexe, une compilation d'écrits sur les accusations de plagiat, les goûts littéraires d' Alain-Fournier d'après ses lettres; des études sur ses affinités avec Eugène Fromentin, Charles-Louis Philippe et Marcel Proust.