Corine Pourtau
Corine Pourtau
Les nouveaux : Cyrille Latour, Fabien Maréchal & Sophie Stern Les récidivistes : Alexandre Nicolas, Corine Pourtau, Cléo Jansen, Julien Boutreux, Marlène Tissot, Michel Antoine Chappuis, Sandra Bechtel, Thibault Marthouret & Yan Kouton Éditeurs à l'honneur : Antidata & L'Amourier Édito : Ce hors-série du Cafard hérétique ne serait pas, sans l'engouement et la persévérance de Brigit Wettstein, fondatrice des éditions Pearlbooskedition (Zurich), qui a publié en 2014 Die Versuchung des Malers, et en 2015 Bilder von Malers (AQ-Verlag, 1981), réalisant ainsi le rêve de Martin Disler (1949-1996), artiste peintre et sculpteur suisse connu pour avoir fait partie des « Nouveaux fauves », d'accéder au statut d'auteur. Martin Disler, peintre Martin Disler, auteur Martin Disler, redécouvert Les extraits sont tirés des ouvrages publiés aux éditions Pearlbooksedition et les oeuvres reproduites viennent de la succession de Martin Disler
Les nouveaux : Benjamin Fouché, Corine Pourtau, Jasmin Limans, Jean-Claude Leroy, Juliette Penblanc, Maëlan Le Bourdonnec, Sandrine-Malika Charlemagne, Witold Bolik Les récidivistes : Alexandre Nicolas, Antonin Crenn, Cleo Jansen, Ève Vila, Jean-Marc Sire, Julien Boutreux, Michel Antoine Chappuis, Sandra Bechtel, Thierry Moral, Yan Kouton Éditeurs à l'honneur : Erosonyx & Le Laboratoire Existentiel Édito : Ce numéro s'est élaboré sur la base d'une sélection de tableaux de Gilles Ascasoet de Saïd Mohamed. Mêlant, avec la désinvolture qui lui est désormais coutumière, genres littéraires, thèmes et écritures, Le Cafard hérétique partage ses pages entre talents confirmés - qu'il lui plaît de suivre et d'encourager - et voix nouvelles, grinçantes ou graciles. Ce numéro 10 ne déroge pas à la règle : couleur (peinture), saveur (écriture)... que du bonheur (lecture) ! Photo de couverture : Oscar Sergent Illustrations intérieures : Vincent Normand Tableaux reproduits : Gilles Ascaso, Cleo Jansen & Saïd Mohamed
Les lendemains qui chantent, bien sûr que ça fait rêver. Surtout quand on est jeune, avec la vie devant soi. Seulement, avant que demain vienne, il y a la nuit ; blanche pour certains, qui ne trouvent plus le sommeil à force de mauvais rêves éveillés ; noire pour les autres, sans même une lueur d'espoir. Corine Pourtau égrène ses histoires avec une cruauté gracile. Ses personnages voudraient bien grandir, surmonter les épreuves d'un passé difficile et atteindre l'âge adulte, mais la réalité est là, tapie dans les profondeurs de la nuit, prête à surgir, les surprendre, prête surtout à se repaître de ses coeurs tendres.
Tepecoco, jeune Aztèque de neuf ans, affronte les mystères du Popocatepetl pour sauver son père malade.
Y avait pas plus jolie fille au Jackson's que Minnie Waterfield. Les soirs où elle y chantait, y avait tant de monde, tant de types rassemblés au pied de la scène, qu'on aurait pu croire que tous les gars de Tremé et des autres quartiers s'étaient donné le mot. Y avait même des Blancs. Pour être sûrs d'avoir une place, on arrivait très en avance. Bien plus en avance qu'au boulot, ça... Tremé, quartier mythique de La Nouvelle-Orléans. C'est là que tous les soirs, Minnie Waterfiled monte sur la scène du Jackson's, un de ces clubs de seconde zone « qui fleurissent au fond de ruelles sans réverbère, juste pour que des pauvres types qu'ont jamais su ce que rêver veut dire se rassurent, en constatant qu'ils ne sont pas les seuls ». Et des hommes, blancs, noirs, elle en fait rêver, Minnie Waterfield, dans sa robe de lamé bleu. Jusqu'au drame. Un musicien jaloux, on n'a jamais bien su, et la police n'a pas cherché longtemps non plus. Après tout, « c'était qu'une fille noire comme toutes les filles noires de Tremé, qui comptait juste pour des types [...] qu'ont simplement besoin d'un peu d'évasion, le samedi soir, au pied d'une scène, dans la fumée des cigarettes, avec leur costume du dimanche qui sent la naphtaline... »