Daniel Baloup
Daniel Baloup
La Reconquête, qui a confronté la Chrétienté et l'Islam en péninsule Ibérique au Moyen Âge, a trop souvent été réduite à l'effort obstiné des puissances chrétiennes hispaniques pour débarrasser leur sol de la présence musulmane. En réalité, cet épisode historique doit plutôt être regardé comme la matrice d'un modèle de relations entre ces deux entités construit par tâtonnements, au gré de circonstances souvent changeantes. Si le projet de récupération des terres de l'ancien royaume wisigothique est très tôt formulé (dès la fin du IXe siècle), la question du modèle politique et social sur lequel fonder leur puissance restaurée demeure ouverte jusqu'à l'aboutissement de cette entreprise, à la fin du XVe siècle, et même un peu au-delà. Cet ouvrage suit ce parcours incertain en montrant comment les catégories et les pratiques qui articulent ensuite la relation entre Chrétienté et Islam s'élaborent, non sans hésitations. Les phénomènes décrits s'inscrivent dans un contexte spécifique (la péninsule Ibérique) mais aussi dans la prise en compte de tendances qui se manifestent à l'échelle de l'Occident latin et du monde musulman.
À partir des chroniques nobiliaires d'époque trastamare, cette étude cherche à établir comment la guerre était vécue et racontée en Castille au xve siècle. Les deux premiers chapitres portent sur les conditions de production de ces textes, et abordent les problèmes posés par la mise en récit de l'expérience vécue. Les trois suivants montrent que la culture de guerre est alors largement partagée au sein de la noblesse, sans considération de genre ni de statut : femmes et clercs n'en sont pas exclus. En revanche, le discours sur la guerre construit une forme d'exclusivité nobiliaire qui se manifeste dans le traitement narratif réservé aux combattants roturiers. Le dernier chapitre aborde enfin le combat dans une perspective anthropologique, en s'attachant au corps et aux émotions du guerrier.