Daniel Rivet
Daniel Rivet
De Java au Maroc, l'art de faire politique a longtemps été en tension avec le religieux, et non en fusion. L'irruption de l'Europe dans les mondes musulmans, au XIXe siècle, a déclenché des modernisations défensives qui, mettant le religieux entre parenthèses, se sont aliéné les peuples. Après la suppression du califat ottoman par Mustapha Kemal en 1924, des expériences de démocratisation se sont déroulées de l'Égypte à l'Indonésie. Hormis dans la Turquie postk émaliste, elles ont été étouffées par l'installation de républiques césariennes et populistes. Et la recherche d'un équilibre entre croyants et citoyens a été suspendue.L'islam politique est monté en puissance au cours des années 1970-1980, mais il a échoué à prendre le pouvoir, sauf en Iran et au Soudan. Lui a succédé la vague du salafisme, qui oscillait entre l'imposition à la société d'un ordre moral islamique et un régime de terreur, dont Daech a été le paroxysme. Mais, si la fin du XXe siècle a été marquée par le retour de Dieu, notre époque pourrait bien être celle de la résurgence des peuples, depuis les Printemps arabes de 2011.
Qui pense Maroc est partagé entre des images contrastées : les cités arabisées du Nord et les casbahs berbères du Sud, les musulmans et les juifs, les docteurs de la Loi et les saints. Pour tenir ensemble ces représentations, Daniel Rivet pose les questions primordiales en remontant loin en arrière dans le passé : le Maroc, depuis quand ? la pérennité de la monarchie, pourquoi ? la cohabitation de styles culturels aux antipodes, comment ? Il scrute les étapes de la formation d'un État, puis d'une nation en faisant appel aux forces profondes modelant cette entité émergée sous notre haut Moyen Age, et qui se cristallise à partir du moment où l'Andalousie échappe au Maghreb et où l'Afrique du Nord passe aux Ottomans à l'est d'Oujda. Nous voyons ressortir les variations de cet équilibre si instable au fil des siècles, jusqu'au Maroc à l'orée du XXIe siècle. Les paysages historiques se succèdent, mais aussi les « grands hommes », dont Ibn Tumart, Ahmad al-Mansur, Lyautey et Mohammed V, sans oublier les destins individuels ordinaires (pâtres guerriers du Maroc central, bourgeois marchands et savants de Fès aux XVII° et XVIII° siècles, femmes rurales et jeunesse indocile des grandes villes au XX° siècle) car, selon le mot de Paul Veyne : expliquer plus, c'est raconter mieux.
« Un jour, il est parti plus loin... », « Une petite fée est entrée dans la ronde... », « J'ai envie de dire au Monde que je t'aime et que je veux t'épouser. Ta Tulipe Noire. » Comment annoncer le décès d'un proche, aviser de la naissance d'un enfant ou déclarer sa flamme en l'espace de quelques lignes ? Autrefois convenue et concise, l'annonce du carnet du Monde s'est peu à peu émancipée des formules d'usage. Sur un mode emphatique, léger ou humoristique, elle en est venue à emprunter des formes nouvelles, plus libres. Des annonces extravagantes côtoient des textes restés classiques, témoignant des évolutions profondes de la société. En analysant les métamorphoses du carnet depuis trente ans, cet ouvrage décrypte les changements d'attitude des Français face à la mort mais aussi face aux grands moments de la vie : naissances, mariages, anniversaires. On y lit entre les lignes l'affirmation d'une lente individualisation des comportements.