Danielle Ohana
Danielle Ohana
Le récit de la colonisation française et des indépendances a longtemps fait essentiellement référence aux hommes. La moitié féminine de l'humanité semble étonnamment absente sauf dans ses dimensions exotiques ou sensuelles. Pourtant, les femmes ont accompagné, dans un silence accepté ou contraint, les vicissitudes politiques, sociales, culturelles du monde colonial et postcolonial. Depuis une trentaine d'années, anonymes ou connues, elles sortent des oubliettes de l'histoire. L'abécédaire thématique qui structure ce volume se veut le juste révélateur des rôles déterminants qu'elles ont joués, de leurs destins intimes et particuliers dans un univers en pleine effervescence. Les multiples entrées, connectées, révèlent leur liberté, leur dynamisme. Les rendre visibles, les nommer, c'est leur redonner vie et dignité.
Il s'agit ici d'entrer dans la lente construction de l'identité féminine contre les pesanteurs et les conservatismes de toute nature. L'approche conjointe socio-historique, fondée sur les concepts de Norbert Elias, part d'un triple constat : le hiatus entre directives officielles et pratiques réelles, l'omission de leurs actions dans l'histoire et leur indiscutable créativité, leur conditionnement à l'infériorité et leurs rêves d'altérité, d'équité et de liberté... L'exemple de trois subversives (Sarah Bernardt, Colette, Françoise Giroud) est ici examiné.