David Homel
David Homel
À travers les quatre essais remplis d'humour et de finesse qui composent ce recueil, David Homel remonte aux sources de sa vocation et esquisse, chemin faisant, un art poétique qui est tout autant un art du souvenir. Pourquoi devient-on écrivain ? Peut-être moins pour être soi que pour « devenir autre », répond l'auteur. Comme l'artiste de gospel possédé par son chant, les oncles colporteurs de la parole et du silence, les héritiers habités de « cryptolangues » ou le traducteur naviguant entre les idiomes.Mais ce n'est pas tout, nous confie-t-il : « J'écris pour retrouver ce que j'ai égaré. » À commencer par la chemise de vieux papiers jaunis qui renfermait les poèmes de jeunesse que son père lui a légués et qui se sont mystérieusement volatilisés...
Paul, le narrateur, doit rédiger le texte d'une monographie consacrée à John Marchuk, un photographe montréalais estimé qui, un jour, n'a plus donné signe de vie. À partir d'une première rencontre difficile s'esquisse, à force de perspicacité, de volonté et d'humilité, une relation faite à la fois de défi et de fraternité. Progressivement, Paul pénètre dans la vie de Marchuk et les fantômes de l'artiste convoquent les siens. Ce retour vers son propre passé lui permet alors de prendre davantage la mesure des autres, et de saisir le rôle clé que joue pour lui sa famille, qui lui donnera la compréhension et la force d'affronter le photographe dans son labyrinthe.La concision de l'écriture et la richesse de l'humour de David Homel se déploient dans ce roman aux accents bienveillants, librement inspiré de faits réels, qui est aussi une réflexion sur l'échec, ou plus exactement sur ce qui pousse parfois les individus à tourner le dos à la réussite.
On dit volontiers que quiconque se souvient des années 1960 ne les a pas vécues. À 18 ans, David Homel, lui, y était : à la fin de la décennie, on voulut comme bien d'autres le forcer à se battre dans une guerre qui n'était pas la sienne. Alors qu'il fuit la conscription et la perspective funeste d'un aller simple pour le Vietnam, la mort le rattrape en Espagne, où elle l'abandonne au fond d'un ravin.