Denis Colombi
Denis Colombi
Derrière les combats épiques des Méchas se cache une réalité bien plus sombre : celle des ouvriers invisibles qui en assurent la survie.
Tout le monde sait ce qu'est le travail. Mais le définir, ou simplement le reconnaître, c'est une autre histoire. Enchaîner les réunions, s'occuper des enfants ou identifier des feux rouges sur des photos : est-ce du travail ? Nous avons de plus en plus de mal à dire ce qui relève du travail ou non, tant pour nous-même que pour les autres. C'est le résultat d'une invisibilisation croissante du travail qui tend à le minorer, voire à le nier, tout en le vidant de son sens. Et si ce n'est pas du travail, nul besoin de le rémunérer... Cet essai nous invite à une conversion du regard : apprendre à voir le travail. Il s'agit de voir ceux et celles qui le font, qui produisent des richesses, améliorent le monde ou lui permettent plus modestement de fonctionner. Mais c'est aussi poser la question des salaires, de la répartition des richesses, de l'utilité, des conditions de vie et d'emploi, etc. Tout ce qui manque finalement au débat public.
L'image choque : un SDF avec un portable dernier cri. Pourquoi ? Une dépense injustifiée ? L'argent des pauvres est un objet de fantasmes : on l'imagine mal géré, mal utilisé, mal alloué. Pourtant, on s'interroge peu sur comment les pauvres eux-mêmes le gèrent, où va cet argent, ce qu'il devient et qui il enrichit. À partir d'exemples concrets de notre quotidien, ce livre vise à déconstruire notre perception du pauvre. Poser la question de l'argent des pauvres, c'est aussi s'interroger sur notre rapport à la consommation. La place du luxe ou du superflu dans nos dépenses. La nécessité - ou non - des « petits plaisirs » que l'on s'octroie.
Absurde, le capitalisme ? Sans doute. Et pourtant... Pourtant, nous agissons quotidiennement en accord avec ses principes. Mieux (ou pire) : bien souvent, nous y adhérons pleinement, même lorsque ils heurtent nos convictions profondes. Mais pourquoi joue-t-on le jeu ? Pour expliquer cette situation paradoxale, il est tentant de se tourner vers de grandes explications. Ce livre propose plutôt d'explorer une autre voie : celle de la pluralité des petits arrangements, des petits enrôlements, dont la multiplicité forme un filet duquel il est difficile de s'extraire. Ou comment nous sommes, sans toujours en être conscients, amenés à être des bons capitalistes.