Didier Saillier
Didier Saillier
Michel Leiris, écrivain et ethnologue, auteur de L'Âge d'homme et de l'autobiographie en quatre volumes, La Règle du jeu, appartenait à la génération fortement marquée par la Première Guerre mondiale et ses conséquences. Dès les années 1920, il s'engagea dans une démarche critique qui mettait en cause les fondements philosophiques du monde occidental. Il contestait la rationalité considérée comme le principe fondamental d'organisation de la société moderne et explorait les forces motrices irrationnelles et les courants sous-jacents. En recourant à la notion de « merveilleux », qui dans ses écrits littéraires et ethnographiques devient un outil d'analyse, Leiris explore « l'au-delà ». Cet ouvrage retrace les sources biographiques et intellectuelles de ce recours au merveilleux, et décrit les découvertes que l'usage de cette approche permit à Leiris de faire. La pensée leirisienne post-surréaliste réussit à éclairer l'habituel et l'ordinaire en faisant le détour par l'irréel, le fantastique et le fantomatique. L'exploration des frontières entre le rationnel et l'irrationnel et la distinction qu'il fait entre l'être humain et les morts-vivants, les zombis, les hommes-machines, font échos aux débats actuels de l'ère post-vérité.
Michel Leiris, figure majeure du XXe siècle, a marqué plus de 150 revues artistiques et littéraires. Ce livre retrace son parcours unique au cœur des avant-gardes, du surréalisme à l'ethnologie anticoloniale.
Les romans de Patrick Modiano racontent-ils toujours la même histoire, comme le suggèrent certains critiques ? Comment expliquer l'éternel retour des personnages sur les traces de leur jeunesse ou de celle de leurs parents ? Cette étude explore le style de Modiano en utilisant l'approche psychanalytique, la philosophie du temps et l'analyse littéraire. En comparant quatre romans de l'écrivain, cet ouvrage montre que la répétition chez Modiano est un principe fondateur qui crée un univers singulier. La poétique de la répétition permet d'exprimer au mieux l'incertitude qui provient du caractère désuni et fragmenté de la mémoire des périodes troubles, comme l'Occupation, marquées par les secrets et les refoulements. En revisitant inlassablement un événement éloigné, le narrateur se remémore de nombreux détails qui permettent de donner un sens à cet événement, d'établir un lien avec le présent, et d'apaiser l'angoisse existentielle.