Dorothée Werner
Dorothée Werner
Pour dénoncer les inégalités entre les hommes et les femmes, Soledad Bravi s'est dit qu'il fallait remonter à l'apparition des premiers humains, afin de trouver l'origine du deshéquilibre. En parvenant à expliquer la cause de cette inégalité, pourquoi elle a perduré pendant des siècles et persiste encore aujourd'hui, et ce que cela a provoqué comme injustices, alors peut-être voudrons-nous repartir sur des bases plus justes et plus saines, peut-être aurons-nous envie de remettre à jour ces droits pour qu'ils soient enfin communs aux deux sexes. Voici la chronologie de l'évolution des droits de la femme en partant du début de l'humanité à nos jours.
Lui, diplomate, qui connaît par coeur les textes des grands traités internationaux, alinéa par alinéa, mais n'aspire qu'à la poésie. Elle, monteuse, qui voit le monde en champ-contrechamp, sait qu'une vie ne peut jamais se raconter comme dans les films, sauf à ce que la mémoire comme l'écriture fasse de certaines séquences de formidables rushs . C'est leur cinquième rencontre, un soir dans un aéroport, lui entre deux avions, elle accourue depuis la ville proche pour passer quelques heures avec lui dans ce lieu sans grâce. Sur fond de dérèglement climatique et d'apocalypse à venir, chacun convient pourtant de l'absence de trajectoire possible pour leur histoire, comme si leurs engagements passés et l'état du monde complotaient pour les priver d'avenir. Mais l'amour n'a-t-il pas beaucoup à gagner quand le présent se révèle la seule chose à laquelle deux êtres puissent soudain se résoudre ? Dans une langue vibrante et lyrique, Dorothée Werner campe des personnages bouleversants qui se jettent dans la magie d'une nuit pour tenter d'oublier cette condition, qui est aussi la nôtre. Et nous parle de la nécessité de se laisser désarmer par l'accident miraculeux qu'est toujours une rencontre. Dorothée Werner est romancière. Chez Fayard, elle a publié Au nom des nuits profondes (2017).
Elle est passée de fille à papa à femme au foyer. Parfaite babyboomeuse, absente à elle-même comme aux autres, convaincue de l'infériorité intrinsèque de son sexe. Et puis tout a volé en éclats. Quelques années ont suffi pour faire basculer l'époque dans l'égalitarisme. Des femmes en tailleur pantalon devenaient cadres supérieurs, adieu victimes geignant au-dessus de leurs casseroles, le mot « émancipation » était sur toutes les lèvres. Alors elle a voulu rattraper le temps perdu, envers, contre tout, et dans le désordre. Son enfant n'a rien compris mais a tout vu, tout entendu. Et il fallait bien qu'un jour elle raconte sa version hallucinée de l'histoire : le destin d'une femme ensorcelée, comme tant d'autres de sa génération, par l'appel de la liberté. À ses risques et périls.
Février 1950. Un train file vers l'Allemagne. Kouri, nom de résistante de Germaine Tillon, n'aime pas les voyages et celui-ci qui l'emmène vers le pays maudit moins que les autres. Là-bas, un curieux procès l'attend. Rescapée de Ravensbrück, où elle a été déportée pour des faits d'insoumission en 1943, elle part pour témoigner au procès de deux anciennes gardiennes du camp. À l'époque, ces femmes cruelles avaient tout pouvoir sur les détenues. Cette fois, Kouri tient leur vie entre ses mains. Elles risquent la peine de mort et son témoignage fera basculer le procès d'un côté ou d'un autre. Kouri suffoque dans son étroit compartiment bondé. Tout au long du trajet, des événements curieux la confrontent à son passé, fait de chagrins inconsolables, de folles aventures et de souvenirs éblouissants de sa vie d'ethnologue en Afrique. Kouri doute et vacille. Elle porte sous sa peau la mémoire de l'enfer, une connaissance de la part d'ombre des hommes et le manque d'une mère partie en fumée dans le ciel de la Baltique. « Justice, camarades ! », Kouri entend encore le cri des prisonniers emmenés vers la mort. C'est au nom de cet idéal qu'elle a survécu, mais la vérité est brûlante et voilà qu'elle doute. La justice ou la vengeance, la loyauté ou la trahison ? Avant que le train n'arrive à sa destination, elle aura choisi.
Comment vivre avec une bombe à retardement sous la peau ?« Laissez-vous faire deux secondes, fermez les yeux, imaginez qu'un jour on vous apprend une catastrophe. Pensez à une scène précise, une heure de la journée, une lumière, une ambiance. Quelle est la différence entre la minute juste avant et celle juste après ? Vous êtes assis dans le même fauteuil, buvant le même thé dans la même maison, vous vous mouvez dans le même corps, vous n'en souffrez pas plus que ce matin, pas moins non plus, tout est profondément familier, le soleil finit par décliner comme chaque jour, rien n'a donc changé. Et pourtant si.» Une fille passe un examen médical et paf, suspicion. Mais pas sûr. Elle a déjà connu d'autres tempêtes sous la peau, mais ce jour-là fini de rire. Pour savoir ce que lui réserve son destin, il va falloir attendre. Attendre, la vache. Attendre un nouvel examen qui confirmera la catastrophe, ou bien qui l'annulera. Dans quarante jours, la biologie tranchera. Ce livre est le journal, écrit à la première personne, de ce suspens existentiel, de ces quarante jours âpres et rugueux. La chronique d'un espoir fou, la rage et l'amour mêlés. Une enquête aussi, un pistolet sur la tempe, sur le pourquoi du comment, parce qu'il s'agit de trouver une issue, et fissa. Un récit aussi poignant qu'urgent sur l'attente et la solitude existentielle.