Emmanuel Berl
Emmanuel Berl
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Et si l’innocence n’était qu’une illusion sociale ? Dans cet essai percutant, Emmanuel Berl interroge nos certitudes et déconstruit les apparences d’une société corsetée par ses propres mensonges.
1929, année charnière : Mort de la pensée bourgeoise déchaîne les esprits. Emmanuel Berl y dissèque, sans pitié, l’élite intellectuelle et politique de son temps.
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"Les objets auxquels je tenais le plus ont disparu, les passions se sont évaporées, les amitiés effilochées ; sur tant de pavés que j'ai battus, je reconnais à peine les reflets de mes propres déboires. Une jeune fille qui, devant un lac, pense, comme tant d'autres, vaguement et vainement à la mort, est-ce donc tout le bien que m'ait concédé cette terre, en quarante années ?" Sylvia n'est ni un récit biographique ni un récit romancé. Les événements et les personnes, à commencer par la sienne, n'intéressent l'auteur que comme la matière première d'une recherche et d'une expérience. Il s'agit pour lui non de savoir ce qu'il est et ce qu'il lui advient, mais ce qui de lui subsiste. Sylvia en est pour lui le symbole, il ne doute pas que toute vie en contienne un analogue, que chacun d'entre nous ait sa part de grâce. Qu'est-ce donc que Sylvia finalement ? C'est avant tout une confession et les rêveries d'un homme solitaire, en quête de lui-même, ardent à deviner le secret de sa propre charade.
"Les objets auxquels je tenais le plus ont disparu, les passions se sont évaporées, les amitiés effilochées ; sur tant de pavés que j'ai battus, je reconnais à peine les reflets de mes propres déboires. Une jeune fille qui, devant un lac, pense, comme tant d'autres, vaguement et vainement à la mort, est-ce donc tout le bien que m'ait concédé cette terre, en quarante années ?" Sylvia n'est ni un récit biographique ni un récit romancé. Les événements et les personnes, à commencer par la sienne, n'intéressent l'auteur que comme la matière première d'une recherche et d'une expérience. Il s'agit pour lui non de savoir ce qu'il est et ce qu'il lui advient, mais ce qui de lui subsiste. Sylvia en est pour lui le symbole, il ne doute pas que toute vie en contienne un analogue, que chacun d'entre nous ait sa part de grâce. Qu'est-ce donc que Sylvia finalement ? C'est avant tout une confession et les rêveries d'un homme solitaire, en quête de lui-même, ardent à deviner le secret de sa propre charade.
Historien, journaliste, essayiste, ami de Proust, de Malraux, de Drieu la Rochelle, Emmanuel Berl (1892-1976), partisan des accords de Munich et hostile à la déclaration de guerre en 1939, est appelé dans l'entourage du maréchal Pétain devenu chef du gouvernement. Avec cet ouvrage paru en 1968, il se refusa à faire oeuvre d'historien, faute de la distance nécessaire ; il se voulut plus simplement mémorialiste de ce qu'il avait 'vu, senti, pensé'. Il en résulte un ouvrage irremplaçable : de fait, Berl connaît de longue date tous les protagonistes du drame qui se joue ; il est l'ami de plusieurs d'entre eux et, directeur de Marianne, il a discuté leurs décisions au fil des crises qui se succédaient ; il connaît les entourages. On fait souvent appel à lui, pour écrire un projet de discours de Reynaud ou bien encore deux des discours prononcés par Pétain entre la demande d'armistice à l'Allemagne et la fin de la IIIe République, le 10 juillet 1940. Qui ne connaît ces formules qui firent les beaux jours de la propagande vichyssoise : 'Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal' et 'La terre, elle, ne ment pas'? Berl quittera Vichy dès le 25 juillet, pour se cacher en Corrèze, du fait de son judaïsme, qu'il n'avait 'jamais eu le propos de renier', sa 'fidélité à l'alliance anglaise', sa certitude que la Révolution nationale était 'une inquiétante et grotesque bouffonnerie', enfin sa 'conviction, jamais ébranlée, que l'Allemagne hitlérienne serait battue'.
Historien, journaliste, essayiste, ami de Proust, de Malraux, de Drieu la Rochelle, Emmanuel Berl (1892-1976), partisan des accords de Munich et hostile à la déclaration de guerre en 1939, est appelé dans l'entourage du maréchal Pétain devenu chef du gouvernement. Avec cet ouvrage paru en 1968, il se refusa à faire oeuvre d'historien, faute de la distance nécessaire ; il se voulut plus simplement mémorialiste de ce qu'il avait 'vu, senti, pensé'. Il en résulte un ouvrage irremplaçable : de fait, Berl connaît de longue date tous les protagonistes du drame qui se joue ; il est l'ami de plusieurs d'entre eux et, directeur de Marianne, il a discuté leurs décisions au fil des crises qui se succédaient ; il connaît les entourages. On fait souvent appel à lui, pour écrire un projet de discours de Reynaud ou bien encore deux des discours prononcés par Pétain entre la demande d'armistice à l'Allemagne et la fin de la IIIe République, le 10 juillet 1940. Qui ne connaît ces formules qui firent les beaux jours de la propagande vichyssoise : 'Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal' et 'La terre, elle, ne ment pas'? Berl quittera Vichy dès le 25 juillet, pour se cacher en Corrèze, du fait de son judaïsme, qu'il n'avait 'jamais eu le propos de renier', sa 'fidélité à l'alliance anglaise', sa certitude que la Révolution nationale était 'une inquiétante et grotesque bouffonnerie', enfin sa 'conviction, jamais ébranlée, que l'Allemagne hitlérienne serait battue'.
Dans cet essai paru en 1957, Emmanuel Berl mesure avec angoisse le repli des Français sur eux-mêmes. Il s'interroge: "Pourquoi la politique en France évolue-t-elle moins comme une histoire que comme une névrose?" Un essai étonnamment actuel.
Cléopâtre, loin d'être « une fille du Nil entourée de magiciens », était la descendante d'une des plus grandes familles de Grèce ; Charles Martel n'est pas allé à Poitiers pour arrêter les Arabes, mais pour soutenir l'allié d'un sultan musulman ; la guerre de Charles VIII, roi de France, contre le royaume de Sicile, considérée par tous les historiens comme un fiasco, a été une succession de victoires ; le discours de Robespierre le 9 Thermidor, qu'on présente comme la raison de sa chute, a été acclamé. Mensonges, légendes, impostures : Emmanuel Berl les chasse avec allégresse dans ce livre ironique et précis.
Méditation sur un amour défunt (1925) ressuscite un visage de femme "qui détestait le réel et s'aimait peu soi-même", altière, fragile et bourgeoise: l'amour impossible et pur que Berl rencontra en 1913. "Est-ce que je ne l'aime plus? Est-ce que je ne suis plus? Où cette mort remonte-t-elle? A quelle date puis-je dire: mon amour a fini?".
Roman de la bascule intérieure, Le Virage explore ce moment précis où une existence change de direction. À travers une intrigue psychologique serrée, l'auteur interroge la part de hasard et de volonté qui préside à nos choix les plus cruciaux.
Roman de la bascule intérieure, Le Virage explore ce moment précis où une existence change de direction. À travers une intrigue psychologique serrée, l'auteur interroge la part de hasard et de volonté qui préside à nos choix les plus cruciaux.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Au XVIIIe siècle, l'Histoire était généralement exempte des passions nationales : les historiens du XIXe siècle et, plus que tous les autres, les historiens allemands s'y adonnèrent avec une croissante frénésie. Ils transformèrent en arsenaux les archives. L'Europe du XXe siècle est sans doute trop menacée, elle devient trop misérable pour le luxe monstrueusement onéreux de ses antagonismes nationaux. Elle doit prendre, et elle prendra, une conscience toujours plus claire de ses profondes solidarités. Aux histoires de ses diverses patries, elle substituera celle de leur commun passé. Ce premier volume considère l'Occident chrétien d'Attila à Tamerlan : c'est l'épopée de la Chrétienté gothique. Entre la Louve et le Croissant, l'Europe, qu'après le désastre de Rome l'Asie menace de submerger, se ressaisit et se reforme : les Croisés poussent ses frontières jusqu'à la Syrie. Les contradictions du césaropapisme, les guerres intestines, les hérésies, la retombée de l'élan vital - dans l'Islam comme dans la Chrétienté - ouvrent une chance nouvelle à l'Asie, qui, en cinq siècles, produit les empires formidables et précaires des Khitais, des Ghaznévides, des Seldjoucides, de Gengis Khan, de Mengou, de Bajazet, de Tamerlan. Si bien qu'à la fin du XVe siècle, l'Occident paraît promis aux mêmes périls qu'il avait surmontés entre le Ve et le Xe siècle. Il va d'ailleurs les surmonter encore par un nouveau miracle culturel : les grandes découvertes, l'humanisme et la Renaissance ; les sédentaires l'emportent décidément sur les nomades. Ce millénaire, si longtemps méconnu, est pourtant celui qui comporte pour nous les plus précieuses leçons.
Avec le XVIe siècle, un monde finit et un autre monde naît. C'est une banalité, mais aussi une vérité. Depuis plusieurs millénaires, une culture méditerranéenne se cherchait, se trouvait, se perdait, s'effondrait et se rebâtissait derechef ; désormais, une culture atlantique s'élabore ; sa tragique éclosion n'est sans doute pas terminée. Elle en est encore à sa période épique. Et les peuples artisans de cette épopée n'ont pas encore pris une conscience claire de sa grandeur. L'épopée européenne aura ses Homères et ses Plutarques ; on sait bien, on finira par sentir que les navigateurs occitaniens ont modifié à jamais l'équilibre millénaire du monde en faisant entrer en scène les Amériques ; l'oeuvre des Russes, qui n'est guère moins grande, est encore plus ignorée. Depuis l'origine des civilisations, les nomades de la steppe avaient abattu tour à tour les grands empires, les grandes cultures et les grandes cités, ils avaient ruiné l'Égypte de Ménès et la Crète de Minos avant de submerger l'empire romain, l'empire chinois, l'empire maurya, le grand Islam des Omeyyades, la grande Perse des Abbassides. La victoire des Russes sur les Mongols de la Horde Dorée, la lente conquête de la steppe depuis Sibir jusqu'à Vladivostok ont renversé le cours de l'Histoire et transformé tous les destins de l'humanité. La suprématie qu'on croyait éternelle de la steppe sur le champ et du reître sur le paysan cessa. Le travail s'avérait enfin plus fort, plus efficace que le pillage. Cette histoire-là, la vraie, c'est, nous en sommes persuadés, l'histoire de demain. Les hommes finiront par connaître que ce qui les divise importe moins que ce qui les rassemble.
Ce troisième et dernier volume de la célèbre Histoire de l'Europe est resté inédit jusqu'à ce jour. Emmanuel Berl y peint une crise qui débute vers 1740. L'équilibre de l'Europe classique va être détruit. Le triomphe de la raison s'accompagne de la croissance de l'État. La révolte féodale, la fin de la monarchie absolue, l'avènement du libéralisme démocratique sont autant de signes que désormais l'État ne semble plus fait pour la Nation, mais la Nation pour l'État. Emmanuel Berl poursuit avec la Première République et le 18-Brumaire. L'État est devenu dictatorial. Succédant à vingt-trois années de guerre, le congrès de Vienne traite l'Europe comme une grande malade et instaure le "concert européen" qui va assurer la paix pour cinquante ans. Mais lorsque les émeutiers de 1848 brûlent l'hôtel de Metternich, à Vienne, c'en est fait de l'Europe dynastique. L'Europe "nationalitaire" commence. La nouvelle crise révolutionnaire, le progrès mécanique, et jusqu'aux idéologues, vont assurer la toute-puissance de l'État, sa dictature. Mais chaque renforcement des États occidentaux, des empires qu'ils construisent, coïncide en fait avec le déclin de l'Europe et la montée d'autres parties du monde. C'est que, de tout temps, montre Emmanuel Berl, "l'Europe paraît éprouver une sorte de répulsion envers l'unité". Analyse pessimiste qui mérite toujours d'être méditée.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
L'Europe n'est-elle qu'un petit cap de l'Asie, comme l'a prétendu jadis Paul Valéry? Emmanuel Berl retrace dans ce livre l'histoire d'un millénaire, au cours duquel les rapports entre ces deux continents devinrent décisifs pour leur évolution ultérieure. Écrit dans un style brillant, ce volume, d'une originalité profonde, qui regarde l'histoire avec des yeux neufs, ouvre des perspectives sur le monde moderne, nous permet de mieux le comprendre et de mieux saisir les problèmes d'aujourd'hui.
Au XVIIIe siècle, l'Histoire était généralement exempte des passions nationales : les historiens du XIXe siècle et, plus que tous les autres, les historiens allemands s'y adonnèrent avec une croissante frénésie. Ils transformèrent en arsenaux les archives. L'Europe du XXe siècle est sans doute trop menacée, elle devient trop misérable pour le luxe monstrueusement onéreux de ses antagonismes nationaux. Elle doit prendre, et elle prendra, une conscience toujours plus claire de ses profondes solidarités. Aux histoires de ses diverses patries, elle substituera celle de leur commun passé. Ce premier volume considère l'Occident chrétien d'Attila à Tamerlan : c'est l'épopée de la Chrétienté gothique. Entre la Louve et le Croissant, l'Europe, qu'après le désastre de Rome l'Asie menace de submerger, se ressaisit et se reforme : les Croisés poussent ses frontières jusqu'à la Syrie. Les contradictions du césaropapisme, les guerres intestines, les hérésies, la retombée de l'élan vital - dans l'Islam comme dans la Chrétienté - ouvrent une chance nouvelle à l'Asie, qui, en cinq siècles, produit les empires formidables et précaires des Khitais, des Ghaznévides, des Seldjoucides, de Gengis Khan, de Mengou, de Bajazet, de Tamerlan. Si bien qu'à la fin du XVe siècle, l'Occident paraît promis aux mêmes périls qu'il avait surmontés entre le Ve et le Xe siècle. Il va d'ailleurs les surmonter encore par un nouveau miracle culturel : les grandes découvertes, l'humanisme et la Renaissance ; les sédentaires l'emportent décidément sur les nomades. Ce millénaire, si longtemps méconnu, est pourtant celui qui comporte pour nous les plus précieuses leçons.
Avec le XVIe siècle, un monde finit et un autre monde naît. C'est une banalité, mais aussi une vérité. Depuis plusieurs millénaires, une culture méditerranéenne se cherchait, se trouvait, se perdait, s'effondrait et se rebâtissait derechef ; désormais, une culture atlantique s'élabore ; sa tragique éclosion n'est sans doute pas terminée. Elle en est encore à sa période épique. Et les peuples artisans de cette épopée n'ont pas encore pris une conscience claire de sa grandeur. L'épopée européenne aura ses Homères et ses Plutarques ; on sait bien, on finira par sentir que les navigateurs occitaniens ont modifié à jamais l'équilibre millénaire du monde en faisant entrer en scène les Amériques ; l'oeuvre des Russes, qui n'est guère moins grande, est encore plus ignorée. Depuis l'origine des civilisations, les nomades de la steppe avaient abattu tour à tour les grands empires, les grandes cultures et les grandes cités, ils avaient ruiné l'Égypte de Ménès et la Crète de Minos avant de submerger l'empire romain, l'empire chinois, l'empire maurya, le grand Islam des Omeyyades, la grande Perse des Abbassides. La victoire des Russes sur les Mongols de la Horde Dorée, la lente conquête de la steppe depuis Sibir jusqu'à Vladivostok ont renversé le cours de l'Histoire et transformé tous les destins de l'humanité. La suprématie qu'on croyait éternelle de la steppe sur le champ et du reître sur le paysan cessa. Le travail s'avérait enfin plus fort, plus efficace que le pillage. Cette histoire-là, la vraie, c'est, nous en sommes persuadés, l'histoire de demain. Les hommes finiront par connaître que ce qui les divise importe moins que ce qui les rassemble.
Ce troisième et dernier volume de la célèbre Histoire de l'Europe est resté inédit jusqu'à ce jour. Emmanuel Berl y peint une crise qui débute vers 1740. L'équilibre de l'Europe classique va être détruit. Le triomphe de la raison s'accompagne de la croissance de l'État. La révolte féodale, la fin de la monarchie absolue, l'avènement du libéralisme démocratique sont autant de signes que désormais l'État ne semble plus fait pour la Nation, mais la Nation pour l'État. Emmanuel Berl poursuit avec la Première République et le 18-Brumaire. L'État est devenu dictatorial. Succédant à vingt-trois années de guerre, le congrès de Vienne traite l'Europe comme une grande malade et instaure le "concert européen" qui va assurer la paix pour cinquante ans. Mais lorsque les émeutiers de 1848 brûlent l'hôtel de Metternich, à Vienne, c'en est fait de l'Europe dynastique. L'Europe "nationalitaire" commence. La nouvelle crise révolutionnaire, le progrès mécanique, et jusqu'aux idéologues, vont assurer la toute-puissance de l'État, sa dictature. Mais chaque renforcement des États occidentaux, des empires qu'ils construisent, coïncide en fait avec le déclin de l'Europe et la montée d'autres parties du monde. C'est que, de tout temps, montre Emmanuel Berl, "l'Europe paraît éprouver une sorte de répulsion envers l'unité". Analyse pessimiste qui mérite toujours d'être méditée.
Impressionné par les propos d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie et du général de Gaulle lui-même sur l'agressivité israélienne et le caractère dominateur des juifs, Emmanuel Berl a voulu regarder de plus près 'Nasser tel qu'on le loue'. Il conclut que, si on peut être antisémite sans être antisioniste, on ne peut pas être antisioniste sans être antisémite, dans un monde où seuls les États sont en mesure d'assurer la protection des personnes.
"Le bourgeois est un homme qui a de l'argent et de la considération, qui veut toujours plus d'argent et toujours plus de considération.Depuis quatre ans, je le répète. Depuis quatre ans, critiques et lecteurs me demandent : 'où donc est votre définition ?' La verront-ils, bien en tête de la première page ? Je veux espérer que oui. L'admettront-ils ? J'avoue que je n'y compte pas.Le mot : bourgeois est devenu, pour les bourgeois, une injure. Ils veulent une définition qui ménage, sur la sortie, une belle porte-tambour, avec blount et groom. Le mot de Flaubert : 'le bourgeois pense d'une façon basse' les satisfait pleinement. 'Façon basse ? dit le notaire ; il n'est donc pas question de moi !' Cette définition aura toujours sur la mienne l'avantage d'être plus plaisante." Emmanuel Berl
"Jamais la double affirmation que tout change et que rien ne change n'a été plus éloquemment justifiée. Il semble que notre sort soit de faire la révolution sans y croire comme celui de nos prédécesseurs était d'y croire sans la faire. C'est pourquoi, dans ce recueil, j'ouvre une place, trop restreinte mais unique, à Goethe qui a si bien fait coexister dans sa vie et dans sa poésie le besoin permanent de révolution et le besoin éternel d'identité. En cet automne 1934, où tant de menaces nous surplombent, puissent ces lignes de destinées aider quelques jeunes gens dans leur pénible marche vers l'avenir." Emmanuel Berl
"Je croyais bien consacrer ce deuxième pamphlet à la machine et aux hommes qu'elle crée. Les critiques opposées à mon premier volume m'obligent à liquider d'abord d'autres questions. Son titre seul : Mort de la pensée bourgeoise, permettait deux sortes de réponses : que la pensée bourgeoise n'est pas morte - et qu'elle n'a jamais vécu. Ils le répétèrent tant et si bien qu'on finit par douter si je n'étais pas une sorte de Rochette essayant de lancer dans le public une valeur irréelle contre quoi il le fallait mettre en garde. J'éprouvai le besoin de mettre mieux en forme cette pensée dont on me niait l'existence." Emmanuel Berl
Les idées n'ont guère moins compté dans ma vie que les êtres. Mes rapports avec elles n'ont pas été moins heurtés qu'avec eux, ni, j'en ai peur, moins stériles. Il est vrai que dans le rétroviseur de la vieillesse, toute vie paraît un échec - Aussi bien, la mort la termine. Jacob lui-même dit à Pharaon : "Les jours de mon pèlerinage ont é
"L'évidente fragilité de nos mégapoles en béton nous laisse entrevoir leur ruine, nullement les formes et les teintes des plantes et des temples qui les remplaceront sur leurs sols purifiés." C'est par cette grave interrogation qu'Emmanuel Berl conclut cette brillante, coléreuse et généreuse méditation sur la faillite de notre civilisation technocratique et a-culturelle. Lucidité exemplaire qui n'exclut cependant pas un espoir dans une forme de vie nouvelle. Espoir dans la jeunesse, espoir dans le pouvoir naissant des femmes, espoir dans un renouveau religieux, dont nul ne peut prévoir ce qu'il sera, mais qui apparaît dès aujourd'hui comme une nécessité pour les esprits et pour les coeurs. Prix Marcel-Proust 1975
Ces trois essais coulent d'une même source, il s'agit moins de l'art en tant que tel, que de la voie qu'il trace vers le sacré.La quête de Dieu - évidente chez Rembrandt - l'est à peine moins chez le grand penseur gothique que Vinci reste, à l'écart des pompes joyeuses de l'Italie renaissante.Pour ce qui concerne la peinture cubiste, elle pose un problème assez compliqué : par rapport aux " arts primitifs et barbares " à commencer par l'art africain.Celui-ci n'a guère influé les oeuvres du cubisme : elles s'insèrent dans le mouvement général de la peinture moderne. Et il est probable que si Picasso n'avait jamais vu un masque ni un fétiche, ses tableaux seraient à très peu de chose près ce qu'ils sont.Mais le fait de l'avoir connu, admiré, aimé, a changé, sinon ses toiles, la manière dont il les a regardées et montrées.L'art africain permit aux cubistes de piéger un reflet de ce sacré vers quoi ils tendaient. Un sacré sans théologie ni hiérarchie, dont ils ont retrouvé les formes dans leur propre peinture.Ces trois tentatives de mise au point relèvent sans doute d'une histoire de la mystique plutôt que d'une histoire de l'art.
Entre avril et mai 1968, Jean d'Ormesson rend visite à Emmanuel Berl, dans son appartement du Palais-Royal. Désenchanté mais allègre, bavard mais pudique, témoin capital de son temps mais s'accordant au mieux le mérite d'un second rôle, homme d'avant-guerre mais curieux de ce printemps 68, celui que d'aucuns surnommèrent le " Rabbin Voltaire ", s'entretien avec son cadet. Pourquoi Drieu la Rochelle était-il si seul ? Peut-on écrire Mort de la pensée bourgeoise à Saint-Tropez ? Qu'est-ce qu'un juif francisé et laïc ? Quelle drôle d'idée Proust a-t-il eue de lui lancer ses pantoufles à la figure ? Sous le feu des questions de Jean d'Ormesson, avec intelligence, drôlerie, Berl esquisse ici une autobiographie qui est aussi celle de son siècle.
Rachel et autres grâces (1965) est une galerie de portraits de femmes qui ont traversé la jeunesse de Berl. Des années plus tard, sa mémoire capture, au-delà des silhouettes féminines, des climats spécifiques: le Paris des années 25, la Riviera du début du siècle, le dernier visage de l'Allemagne romantique...
"La civilisation nous emporte, mais la nation, seule, nous importe.".