Emmanuelle Saada
Emmanuelle Saada
Depuis les années 1990, à mesure que les questions liées aux héritages coloniaux ont pris de l'ampleur dans l'espace public et les débats politiques, l'histoire des colonisations est devenue l'un des domaines les plus dynamiques et les plus discutés de la recherche en sciences humaines - et ce en France comme dans d'autres pays, qu'ils aient été colonisateurs ou colonisés. De cet important tournant, Emmanuelle Saada dresse un premier bilan raisonné. Traitant conjointement histoire et historiographie, elle s'attache à faire ressortir les très riches enseignements de ces travaux pour comprendre les situations coloniales dans leur hétérogénéité, sur tous les continents et depuis cinq siècles. Attentive à l'asymétrie des sources, aux pratiques des individus et des groupes et aux limites du pouvoir colonial, elle met aussi en relief ce qui constitue le "noyau dur" des phénomènes coloniaux : l'appropriation des ressources, le déploiement de la violence, le gouvernement des populations. Cet itinéraire pondéré révèle à quel point l'analyse des colonisations a transformé la manière même de faire et d'écrire l'histoire. Il renouvelle les façons d'envisager les controverses postcoloniales, en ouvrant la voie à une histoire équitable.
L'histoire oubliée des enfants " métis " de la colonie : une face cachée mais fondamentale de l'histoire de l'appartenance nationale. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2007.) Pendant la colonisation française, des dizaines de milliers d'enfants sont nés d'" Européens " et d'" indigènes ". Souvent illégitimes, non reconnus puis abandonnés par leur père, ces métis furent perçus comme un danger parce que leur existence brouillait la frontière entre " citoyens " et " sujets " au fondement de l'ordre colonial. Leur situation a pourtant varié : invisibles en Algérie, ils ont été au centre des préoccupations en Indochine. La " question métisse " a également été posée à Madagascar, en Afrique et en Nouvelle-Calédonie. Retraçant l'histoire oubliée de ces enfants de la colonie, cet ouvrage révèle une face cachée, mais fondamentale, de l'histoire de l'appartenance nationale en France : il montre comment les tentatives d'assimilation des métis ont culminé, à la fin des années 1920, avec des décrets reconnaissant la citoyenneté à ceux qui pouvaient prouver leur " race française ". Aux colonies, la nation se découvrait sous les traits d'une race. Cette législation bouleversa le destin de milliers d'individus, passant soudainement de la sujétion à la citoyenneté : ainsi, en Indochine, en 1954, 4 500 enfants furent séparés de leur mère et " rapatriés " en tant que Français. Surtout, elle introduisait la race en droit français, comme critère d'appartenance à la nation. Cela oblige à revoir le " modèle républicain " de la citoyenneté, fondé sur la figure d'un individu abstrait, adhérant volontaire à un projet politique commun et à souligner les liens entre filiation, nationalité et race. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2007.)