Eric Fassin
Eric Fassin
Non les pauvres ne votent pas à droite : écoeurés, la plupart ne votent plus. L'analyse sérieuse des résultats du vote américain le prouve. Le vote populiste n'est pas la revenche du peuple. Éric Fassin dénonce la confusion qui s'installe à gauche autour de "la victoire du peuple contre les élites" et montre comment la réponse de la gauche au grand ressentiment ne doit pas être l'illusion populiste mais la reconquête du "parti des abstentionnistes".
L'argument est le suivant : ce qui se passe autour des Roms n'est pas l'éternel retour d'une haine du nomade, ce n'est pas identique à ce qui se passe autour des immigrés extra-européens, ce n'est pas non plus la simple répétition de ce qu'on a connu sous Sarkozy. Il s'agit ici de race - et non pas simplement de racisme. En effet, parce que les Roms sont (quasi) européens, ils ne peuvent (plus) faire l'objet de discriminations légales. Pour autant, il n'est pas question de les intégrer. En pratique, se met en place aujourd'hui ce qu'on peut appeler « auto-expulsion » : on rend la vie impossible aux Roms pour les dissuader de rester ou de venir. Pour justifier la discrimination, il faut supposer, a priori ou a posteriori, une différence radicale - qui seule autorise ce traitement inhumain. C'est en cela qu'il faut bien parler de race. Reste une question : si le racisme n'est pas la cause, mais l'effet de la politique (autrement dit, si l'on inverse la logique du populisme), pourquoi nos politiques, en particulier de gauche aujourd'hui, réinventent-ils la race - alors même qu'ils se veulent antiracistes ?
« La liberté académique repose sur le droit de dire tout, à condition d'assumer la responsabilité de ne pas dire n'importe quoi, qui constitue son engagement démocratique premier. » Éric Fassin À l'heure où, en France, aux États-Unis et ailleurs, les universités sont la cible d'attaques politiques, il est urgent de définir la liberté académique - d'autant plus qu'on l'invoque parfois pour justifier la censure. Face aux pouvoirs économiques et politiques, c'est un principe d'indépendance que, selon le Conseil constitutionnel, « les fonctions d'enseignement et de recherche non seulement permettent mais demandent ». La liberté académique ne se confond donc pas avec la liberté d'expression, qui protège l'opinion. Si le monde universitaire est soumis à une exigence de rigueur, reste que,loin d'être assigné à une neutralité illusoire, il est porteur d'une responsabilité sociale : l'engagement pour la démocratie.
Un dialogue inédit et puissant dans lequel Éric Fassin revient, à l'heure où les savoirs critiques sont attaqués, sur son parcours de sociologue, ses combats intellectuels - du genre à la démocratie précaire - et sa manière d'habiter ce métier. Un texte accessible, pensé comme un passage de relais.
Le genre n’est ni une évidence ni une fatalité. Dans ce livre clair et engagé, Éric Fassin retrace l’histoire d’un concept devenu un outil critique majeur pour comprendre les inégalités et les rapports de pouvoir dans nos sociétés.
Les sciences sociales sous le feu des attaques politiques : comment le féminisme renforce leur rigueur et leur pertinence ? La savante et le politique propose une défense audacieuse des savoirs critiques, essentiels pour la démocratie.
Dans cette enquête incisive, Éric Fassin dénonce les graves attaques portées contre les libertés académiques dans les universités étatsuniennes et françaises. Il décortique avec rigueur ce phénomène mêlant populisme, instrumentalisation de l'antisémitisme et anti-« wokisme », aujourd'hui renforcé par l'explosion de l'autoritarisme et du confusionnisme.
On n'ignorait pas le racisme, mais on découvre combien les discriminations raciales, dans l'emploi, le logement et à l'école, face à la police et à la justice, structurent des inégalités sociales. Un passionnant collectif d'auteurs, à l'heure des nombreux débats sur les statistiques ethniques. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 2009.)
« La gauche peut mourir », ne cesse de répéter Manuel Valls. Certes. Le diagnostic de cet essai n'a pas changé depuis sa parution en 2014 ; mais le pronostic semble plus sombre encore à l'approche des élections présidentielles. Éric Fassin ne se contente pas de dénoncer la stratégie de droitisation de la gauche. Il développe des propositions pour en renouveler le langage politique. Il met les sciences sociales au service de l'analyse de l'actualité politique avec un objectif : comprendre ce qui arrive pour moins subir.
La gestation difficile du PaCS n'interdit pas de penser au-delà, la réflexion savante n'est pas circonscrite par le débat parlementaire. Politiquement, il s'agit d'ouvrir à l'homosexualité le couple, mais non la famille. Scientifiquement nul n'est obligé de reprendre à son compte un partage qui trouve sa logique dans la négociation politique. Rien n'empêche de revenir sur les évidences qui posent la différence des sexes et l'hétérosexualité au principe du mariage et de la filiation : peut-on au nom de la science, en interdire l'accès aux homosexuels ? Cet ouvrage collectif se réclame d'une logique anti-expertise. Cette démarche suppose un retour critique sur les arguments scientifiques mobilisés dans le débat, mais aussi sur la légitimité d'une argumentation de type savant pour fonder des choix politiques. Le meilleur moyen d'échapper à l'alternative d'une science indifférente et d'une expertise instrumentalisée 'est de croiser des savoirs différentsen vue d'une réflexion commune entre sociologues et anthropologues, psychanalystes et juristes, dans un dialogue avec des philosophes, en se plaçant au-delà de l'atualité politique. Engager un débat scientifique a une signification politique, mais ce choix ne dicte en rein une solution. Le savoir n'a pas plus le pouvoir de prescrire que le pouvoir d'interdire, il invite au débat démocratique, il peut aussi l'éclairer, voire le nourrir, il ne saurait en tenir lieu. La fonction politique du débat intellectuel est en effet d'ouvrir non de clore le débat démocratique.
À partir des chroniques publiées au fil de l'actualité, en particulier depuis 2006, introduites par un long essai sur la place du sociologue dans la Cité, une relecture du présent en guise d'autopsie d'un régime.