Eric Fiat
Eric Fiat
« Aucun être humain ne laisse son corps à l'état de nature, contrairement à la plupart des animaux. Mais pourquoi donner tant d'importance à nos toisons, duvets, tignasses, touffes, buissons ? Et bien parce qu'ils se laissent couper, raser, sculpter, tresser, teindre, peigner, friser ou défriser sans protester et sans que nulle douleur ne nous vienne. Bien obligés d'accepter nos yeux, nos mains, nos pieds tels que la nature nous les donne, nous avons en revanche la possibilité de ne pas accepter simplement ces poils que sur notre corps elle fait pousser. Voilà ce qui me semble les désigner comme les lieux privilégiés de la civilisation de notre propre corps. Honte du jeune chauve, érotisme d'un sexe épilé ou d'un battement de cils, tristesse d'un crâne nu croisé dans un couloir d'hopital, fierté d'une chevelure abondante... Adorer ou détester les poils sont bien deux façons opposées mais égales de reconnaître leur importance. L'exploration des rapports que nous avons à notre propre incarnation, là est bien le sujet de ce livre ! »
Exhausteur truqué qui ressemble à l'amour à s'y méprendre mais n'en a ni la solidité ni la patience, la passion pare ses objets d'éclats et d'illusions et nous expose souvent à une sévère gueule de bois. Si elle relève davantage de l'amour de l'amour que de l'amour de l'autre, n'est-elle pas pourtant le départ de feu nécessaire au foyer ? Éric Fiat, à travers un éloge en creux de la littérature et du théâtre pour «purger» les passions tout en en gardant le sel, nous ouvre ici de belles possibilités pour que nos grains de folie colorent nos vies sans nous aveugler. «Dans la passion, que devient l'autre que l'on prétend aimer, sinon quelque chose comme un prétexte?»
« Parce que j'eus l'impression que par trois fois mon père m'avait été enlevé - par mort, par crémation, par dispersion -, je me voulus en quelque chose gardien de sa mémoire et me mis en recherche d'un lieu où inscrire son passage dans ce monde. » Quand ceux que nous aimons nous quittent, partant sans laisser d'adresse, vers où pouvons-nous encore nous tourner ? Se souvenant de Rutebeuf : « Que sont mes amis devenus ? » et aussi de Villon : « Mais où sont les neiges d'antan ? », Éric Fiat, en écrivain et en philosophe, livre un texte bouleversant sur la place que notre époque fait (ou plutôt ne fait pas) aux morts. Il dit sa peur de l'oubli, l'importance des rites et la beauté des cimetières. Et bien que sachant ce qu'ont de dérisoire nos protestations contre le néant vers lequel tous nous irons, il cherche avec la ténacité d'un enfant les traces de ses morts et leur sourire aimé.« Où sont les morts ? Où vont-ils ? A-t-on besoin d'une tombe pour se souvenir ? Sommes-nous notre corps, et alors que reste-t-il de nous quand il se défait ? Que peuvent nous apporter les croyances multiples dans l'au-delà ? Ne comptez pas sur ce petit livre pour vous apporter des réponses. II fait mieux : il nous aide à ne pas oublier de poser des questions, et, face à l'absence, à les reformuler sans cesse,comme une protestation inutile, où notre condition se résume. » Florent Georgesco, Le Monde des livres« Le philosophe Éric Fiat tisse autour du décès de son père une réflexion sensible et érudite sur la place que nous accordons à la mort dans nos vies. » Fabienne Lemahieu, La Croix
Phénomène universel et pourtant peu traité par les grands écrivains et philosophes, la fatigue est le démon mesquin de la quotidienneté. Comment vivre avec elle, qui rend parfois si difficile la vie ? Est-il possible de pratiquer les vertus d'Aristote (le courage, la tempérance, l'altruisme) quand nous sommes épuisés ? La fatigue n'élargit-elle pas l'écart qui toujours existe entre ce que nous sommes et ce que nous devrions, ou voudrions être, nous qui ne sommes ni des héros ni des saints ? Pour Éric Fiat, ce n'est pas en luttant contre elle, mais en composant avec elle qu'il est possible de nous en faire une amie. Car s'il existe de mauvaises fatigues (dont le burn out est la plus méchante des formes), ne désespérons pas d'en vivre aussi de bonnes. Le philosophe montre alors qu'il n'est pas impossible à un homme fatigué un mardi après-midi pluvieux de novembre d'aimer encore la vie. Et entonne une ode à la fatigue pleine de musique et d'humour : distinguée de la paresse (qui est une sorte de fatigue par anticipation ou une anticipation de la fatigue), la fatigue a une puissance de décantation qui peut révéler la beauté des visages que le temps a altérés...
Le 5e titre de la collection " Questions de caractère ", en coédition avec France Culture, consacré à la plus troublante des vertus : la pudeur.Parce qu'elle est à la fois morale (la vertu de réserve) et érotique (" elle fait le charme de l'amour comme le prix des abandons ", disait Louise de Vilmorin), la pudeur est sans doute la plus troublante des vertus. Deux philosophes s'emploient ici à en faire l'éloge, et pour cela sont conduits à s'interroger sur le sexe des anges et la vie amoureuse de Kant. Valeur désuète et même ringarde ? Loin de là : véritable piment du désir, infiniment plus charmante que ses soeurs la pruderie, la décence, la honte et l'escartefiguerie, la pudeur est sans doute le sentiment le plus propre à l'homme, être fragile oscillant à jamais entre l'ange et la bête.