Eric Valmir
Eric Valmir
" Moi, c'est Nicolo. J'aurai bientôt vingt-cinq ans et jamais je ne quitterai Lampedusa. C'est mon île au centre de la mer. " Au coeur de la Méditerranée, entre Afrique et Europe, Lampedusa, symbole de l'une des plus grandes hontes contemporaines : au fi l des années, ces milliers d'hommes, de femmes et d'enfants fuyant la guerre et la misère, ceux qu'on appelle aujourd'hui " les migrants ", venus s'échouer, souvent mourir, sur ses côtes. Lampedusa, des paysages d'une beauté paradisiaque sous la sublime lumière du sud de l'Italie, mais mauvaise réputation, donc. Maudite ? Mal aimée, mal comprise en tout cas. Nicolo aurait toutes les raisons de la détester, cette île qui a rendu son père fou - parce que " son métier, c'était d'attraper des poissons, pas de pêcher des hommes ". Mais il choisit de nous la raconter, elle et ses habitants, à travers son regard de petit garçon puis de jeune homme confronté à l'indifférence du monde mais déterminé à sauvegarder sa beauté.Déclaration d'amour à la terre natale, Pêcheurs d'hommes est à la fois un portrait intime, éclatant de couleurs et de soleil, et une fresque qui nous interroge sur le monde que nous voulons.Prix Augiéras 2018
" La famille, c'est sacré, paraît-il. En regardant celles qui vivent dans le quartier, à Rome, je me dis que ça doit être vrai. Il y a des cris, des embrassades, des rires, de la musique. Chez nous, on ne s'embrassait pas, ça gueulait politique et j'étais toujours tenu à l'écart. " Quand Lorenzo sort de chez lui ce matin-là, flottent sur Rome toutes les promesses de l'été. Nous sommes le 19 juin 2001. Silvio Berlusconi est redevenu quelques jours plus tôt chef du gouvernement. Pour la plus grande joie de ses tifosi, l'AS Roma vient de remporter le troisième scudetto de son histoire. Et Lorenzo est heureux : certainement pas à cause du retour aux affaires du Cavaliere - la politique, il en a soupé. Peut-être même pas grâce à la victoire de son équipe, et Dieu sait pourtant s'il a rêvé de revivre une telle liesse... Non, Lorenzo est heureux parce que Francesca l'aime. Parce que, dans quelques mois, naîtra leur premier enfant, une fille, il en est certain. Parce que, à l'abord de la trentaine, l'ombre du petit garçon naïf et malhabile, celle de l'adolescent irrésolu ballotté par tous les vents contraires, n'est plus si lourde à porter. Aujourd'hui, sa vie a un axe, un socle, une direction. Alors, il traverse la rue sans faire attention. Et ne voit pas la voiture qui surgit au même moment... ... Étendu sur le bitume, Lorenzo remonte le fil de sa vie. Celle d'un jeune Romain qui a grandi écartelé entre l'intransigeance d'un père communiste ultra militant, les migraines d'une mère rongée par un drame familial et l'amour d'un grand-père cachant tant bien que mal son passé mussolinien. Un parcours chaotique marqué par ce sentiment d'incertitude, de désirs, de rêves et aussi de résignation qu'exprime le mot enfoui " magari " (" si seulement... "), comme un état d'âme qui se décline à l'infini. De l'assassinat d'Aldo Moro à l'avènement des années Berlusconi, c'est une radioscopie de la société italienne dans toutes ses nuances et ses contradictions que nous offre ce roman d'apprentissage au souffle à la fois intime et puissant. C'est aussi un voyage plein de sensualité dans les boucles du Tibre, où l'on sent à chaque page les brûlures du soleil et la fraîcheur de l'eau sur la peau du héros.