Eugénie Mérieau
Eugénie Mérieau
À la faveur de la séquence que nous vivons depuis la dissolution surprise du 9 juin 2024, la Constitution réapparaît comme un enjeu central de luttes politique et sémantique. Si la Constitution peut signifier dépossession et impuissance, elle peut également servir de véhicule à une formidable force d'émancipation collective.
Terre de paradoxes assumés, la Thaïlande, " pays du sourire ", se rit des contradictions qui la fondent comme elle se joue des contrastes qui l'habillent. Tout voyageur est frappé, lors de son arrivée au royaume de Thaïlande, de constater l'apparente liberté dont jouissent les Thaïlandais - pourtant sous le joug d'une dictature militaire. Les coups d'Etat ici se produisent sans violence ; l'autoritarisme y serait-il plus doux qu'ailleurs ? Dostoïevski disait qu'une société devait être jugée à l'aune de ses prisons : les prisons thaïlandaises regorgent de prisonniers de conscience, victimes de la terrible loi de lèse-majesté, l'une des plus sévères au monde. Derrière son vernis pastel de carte postale et la bonhomie légendaire de ses 67 millions d'habitants se découvre la réalité de la misère, des bordels, de la drogue et de la corruption. Autour de Bangkok la mégalopole qui se dresse, folle, en écrans géants et en super-centres commerciaux, la Thaïlande rurale continue à cultiver, le dos courbé sous un soleil de plomb, ses rizières en escalier. Ces deux Thaïlande qui se font face, l'une rurale, l'autre urbaine, l'une forcée à une économie de subsistance, l'autre ultra-consumériste, l'une à la peau tannée par les rayons du jour, l'autre d'une blancheur poudrée, n'en sont pas moins unies par un impétueux sentiment national. La khwampenthai (" Thainess "), puissant ciment idéologique, définit les contours de l'identité nationale grâce au motto " Nation, Religion, Monarchie ".
« Allez donc vivre en Corée du Nord si vous trouvez la France si liberticide ! » Si la démocratie est « le pire des systèmes à l'exception de tous les autres », c'est que cet « Autre » doit être un véritable enfer. Or, qu'en est-il vraiment ? La démocratie serait-elle l'exact opposé de la dictature ? La réalité n'est pas aussi simple. Entre dictature, démocratie illibérale et légalité d'exception, les frontières se brouillent. Aussi rassurante que puisse être la distinction entre un « nous » démocratique et un « Autre » dictatorial, les fondements d'un tel discours résistent mal à l'épreuve des faits. C'est la démonstration offerte par ce livre au travers de la réfutation de vingt idées reçues sur la dictature ayant cours dans les domaines de l'économie, du droit, des relations internationales ou encore de la psychologie. Dévoilant biais et préjugés, l'auteure nous invite ainsi, en miroir, à réfléchir sur « nos » sociétés démocratiques.