Francois Debergh
Francois Debergh
Novembre 1918 : alors que l'Europe saigne depuis quatre ans, le destin de millions d'hommes se joue en quelques semaines.
À mille mètres sous terre, le vent tiède de la mine soulève des colères que n'apaise jamais la raison. Dans la nuit éternelle des galeries, s'est enracinée une population ardente et brutale, organisée pour la guerre, qui ne cessera jamais de se battre. 1936 : les mineurs forment les régiments de pointe de la lutte ouvrière. Aucune conquête sociale ne se fera désormais sans eux. 1944 : la guerre clandestine a de nouveau mobilisé les hommes du fond. Armés de la dynamite et des exploseurs de leurs chantiers, ils combattent l'Occupant, pour rendre intacte au pays sa seule source d'énergie. 1948 : généreuse mais naïve, résolue mais divisée, la population minière se laisse prendre au leurre des grandes grèves politiques. La révolution, qui devait venir du fond de la terre, sombre dans la violence et la cruauté. Ces combats appartiennent à l'Histoire. « La mine en colère » les dépeint dans un calque saisissant de la réalité, et pour cause : en l'espace de quinze années, François Debergh a « dévalé » à maintes reprises, pour voir vivre - dans les chantiers de la nuit - ces hommes qu'il avait déjà côtoyés pendant les grèves de 1948. Il a su restituer - avec une vie intense - les grandes heures d'une race courageuse et fraternelle, excessive en tout, même dans ses qualités de coeur, la plus belle race d'hommes qui soit.
« Même sur ces grands chalutiers, dès que l'on dépassait Force 7, il n'y avait plus grand-chose qui tenait à bord. Maurice Hendrycks pensait que seul un homme peut tenir tête aux embardées, tendu comme un filin quand il le fallait, ou inerte comme un panneau de chalut, à condition de connaître son affaire et de ne pas se croire noyé dès que le bateau embarquait une lame. Et puis, après tout, c'était du boulot de second ! « Lorsque Maurice reprit la barre, ce fut avec une toute autre ambition que celle de rester second. Un jour prochain, ayant dominé les éléments et les hommes, il lui faudrait sa barre à lui, son bateau, des armes pour la guerre impitoyable que mènent en Mer du nord les captains du grand métier de la pêche... » En un style vif, avec des dialogues percutants, François Debergh conte l'ascension de ce Boulonnais, un marin comme les autres, pour lequel il ne peut exister d'autre destin que de commander. Et, quand il devient seul maître à bord, d'autre manière de mener les hommes que comme il a été mené lui-même. « L'eau ne traverse pas la peau » a-t-il entendu Bavière, le plus grand des captains, hurler aux hommes trempés de la tête aux pieds lorsqu'il voulait poursuivre la pêche quel que soit le temps ! Ce monde brutal et implacable, et aussi à l'occasion tendre et fraternel, est toujours d'actualité. Journaliste, François Debergh en a souvent partagé l'existence. Mais cette fois c'est en romancier qu'il donne vie, dans « Captain du grand métier », à la guerre quotidienne de ces hommes comptant parmi les derniers aventuriers de notre temps.