Françoise Weck
Françoise Weck
La langue méridionale est-elle en passe de figurer au musée des vieilleries charmantes et vaguement ridicules ? Il est vrai qu'elle s'est muée en marqueur social : c'est la langue des gens simples, il est vrai aussi que certains de ses locuteurs la désertent, consciemment ou pas, au prix d'efforts drolatiques, pour accéder à une neutralité grosse de promesses d'ascension sociale. Spectatrice et actrice de ce petit théâtre linguistique méridional, l'auteur a cependant voulu révéler l'âpreté des guerres intestines qui agitent silencieusement ce microcosme...
Notre propos : débusquer, sous les mots, la permanence d'un destin au féminin. Ziza n'a que quelques heures et elle braille déjà dans son berceau, comme son voisin masculin, elle clame sans élégance et sans retenue sa voracité, son désir de survivre, d'avoir droit au sein salvateur. L'apprentissage au féminin, long et systématique, passe par le langage. Narrer la découverte, par une fillette, des mots dont elle dispose pour devenir femme. Tenter également de déceler des mots porteurs d'injonctions, générateurs de représentations, très massivement sexuées.