Frederic Masson
Frederic Masson
Du 18 mai 1804, jour où, à Saint-Cloud, le Sénat vient saluer Joséphine du titre d'Impératrice, au 16 décembre 1809, jour où, aux Tuileries, son mariage avec Napoléon est dissous, cinq ans et sept mois : c'est le temps qu'elle a été associée à l'Empire. Il faut fixer son esprit à ces dates, se les tracer en mémoire ; car, en ce temps si bref en durée, les événements se pressent et s'accumulent de telle façon qu'au lieu d'un lustre, l'on serait tenté de croire qu'ils en occupent trois ou quatre. Tant de faits, tant de choses, tant d'êtres entrant vifs ou morts dans l'histoire ; tant de cérémonies, et de fêtes, et de voyages ; quatre traités de paix changeant en entier la face de l'Europe, l'Autriche deux fois conquise, la Prusse anéantie, la Russie réduite, l'Espagne envahie, l'Italie constituée, l'Allemagne confédérée, la Pologne renaissante ; le siècle se levant dans une lumière d'apothéose qui l'éclairera tout entier, secoué et comme enivré par ce vent de gloire qui, aux premiers jours, a traversé l'immense et frissonnant trophée des drapeaux conquis ; des noms de batailles, aux syllabes étranges et mystérieuses, comme dictées par le destin pour se graver dans le souvenir des peuples : Austerlitz, Iéna,... Wagram, tout cela tient en cinq années, et ces cinq ans, dont la splendeur éblouit, jettent dans l'ombre tout ce qui les suit et, tirant à eux tout le regard, semblent le siècle même - et combien d'autres siècles !
Si la plupart des événements de la vie de Joséphine paraissent connus à présent, et si l'on ne peut espérer rencontrer que des compléments d'information qui ne modifieront guère la construction générale, il y a lieu de revenir sur la façon dont Mme de Beauharnais a compris ses devoirs de mère et dont elle les a remplis. L'on connaît la grand'mère qu'elle fut ; ses lettres à la reine Hortense débordent de tendresse pour ses petits-fils. Le témoignage que lui a rendu l'empereur Napoléon III témoigne de la reconnaissance émue qu'après soixante ans il en avait gardée ; ses lettres au prince Eugène ne sont pas moins probantes : mais la mère fut fort différente de la grand'mère, et, selon qu'elle eut affaire à sa fille ou à son fils, la mère fut encore singulièrement inégale. Assurément, elle pensait qu'elle aimait sa fille ; elle la plaignait souvent d'avoir une mauvaise santé et, parfois, de ne point vivre en accord parfait avec son mari ; mais Hortense était là d'abord pour lui servir. Elle a imaginé qu'il lui serait profitable que sa fille épousât Louis Bonaparte. Connaissait-elle son état physique ? son état mental ?...
"La légende n'a besoin ni de faits prouvés ni de documents certains. Elle ne s'embarrasse pas du livre qui passe, elle qui demeure. Si par quelques côtés, l'histoire lui fournit des indices qui lui agréent, elle s'en empare, s'en rend maîtresse et les porte au sublime. Or, de l'enquête que j'ai menée avec la plus entière bonne foi, où je n'ai rien laissé dans l'ombre des passions moins généreuses et des ambitions moins hautes qui, surtout au début, ont jeté leur ombre sur les actes de l'Empereur, ressort en dernière analyse une histoire presque semblable à la légende. Celle-ci a pressenti celle-là, elle a noyé d'ombre les détails oiseux, elle a condensé les récits essentiels ; elle a deviné les causes, elle a réparti les responsabilités, elle a dégagé les conclusions nécessaires." À PROPOS DE L'AUTEUR Louis Claude Frédéric Masson, né à Paris le 8 mars 1847 et mort à Paris le 19 février 1923, est un historien français, spécialiste des études napoléoniennes et secrétaire perpétuel de l'Académie française. Issu d'une famille de hauts magistrats, sa soeur mariée à Édouard Lefebvre de Béhaine, Frédéric Masson se destinait à la diplomatie et devint bibliothécaire au ministère des Affaires étrangères. En 1886, il fonde la revue Les Lettres et les Arts, qui paraît du 1er janvier 1886 au 1er décembre 1889. À partir de 1894, Frédéric Masson se consacre principalement aux études napoléoniennes dont il devient, en son temps, le spécialiste incontesté, régnant sur une armée de secrétaires et de documentalistes dans son vaste appartement du 122 la rue La Boétie à Paris, puis dans son hôtel particulier de la rue de La Baume. Il est élu à l'Académie française le 18 juin 1903, en remplacement de Gaston Paris, et reçu le 28 janvier 1904 par Ferdinand Brunetière. Il en devint le secrétaire perpétuel le 20 mai 1919.
L'histoire de la captivité de Napoléon et son emprisonnement à Sainte-Hélène, est longtemps restée mystérieuse et suscite beaucoup de curiosité. « L'énigme de Sainte-Hélène ». C'est sous ce titre que Frédéric Masson, spécialiste des études sur la vie de Napoléon, analyse l'exil de l'empereur sur cette île lointaine. Napoléon a vécu les cinq dernières années de sa vie, prisonnier à Sainte-Hélène, dans l'isolement et l'oisiveté après avoir rempli le théâtre du monde. Il y est mort avant d'avoir achevé sa cinquante-deuxième année. Les Anglais, en l'exilant au bout du monde, cherchaient moins à se venger qu'à se débarrasser d'un personnage encombrant, dont la place n'était nulle part. Ils étaient bien obligés de le garder ; personne ne le réclamait. On le séquestrait dans cette île à peu près inaccessible, avec des consignes sévères, et l'on organisait le silence sur le captif. Il n'avait qu'un droit, mais précieux, celui de se plaindre. Une des occupations du prisonnier de Sainte-Hélène fut de noter les fautes de ses geôliers contre la bienséance, d'outrer ses griefs et de prendre le monde et la postérité à témoin de la cruauté de ses bourreaux et des outrages dont ils l'abreuvaient. D'ailleurs, toute espérance ne l'avait pas abandonné. Il ne s'adressait pas seulement aux générations futures. Son nom seul représentait une force d'opinion. La solitude lointaine où on l'enfermait attestait qu'il continuait à faire peur. C'est-à-dire qu'il comptait toujours. Il ne songeait nullement à s'évader, sachant que l'évasion, presque impossible, n'offrait pas de chance de succès. Et puis, qu'eût-il fait ? Où fût-il allé ?...
Ajaccio, 1769 : découvrez les années de formation du jeune Napoléon Bonaparte, de sa Corse natale à ses premiers pas dans l’armée française. Ce récit historique, fondé sur des archives inédites, éclaire la genèse d’un destin exceptionnel.
BnF collection ebooks - "Je sortais des Italiens et me promenais à grands pas sur les allées du Palais-Royal. Mon âme, agitée par les sentiments vigoureux qui la caractérisent, me faisait supporter le froid avec indifférence ; mais, l'imagination refroidie, je sentis les ardeurs de la saison et gagnai les galeries. J'étais sur le seuil de ces portes de fer quand mes regards tombèrent sur une personne du sexe."BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d'histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.
Mort de M. le comte de Vergennes. - Importance de la charge de secrétaire d'État pour les affaires étrangères. - Titres, rang, fonctions, serment. - Admission dans les Conseils. - Costume. - Attributions intérieures et extérieures. - Traitement, pensions, grâces du Roi. - Présents des souverains. - La table du ministre. - Devoirs qu'impose la grandeur de sa charge. - Permanence de la direction politique assurée d'abord par les Rois Bourbons, puis par les premiers commis.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Publié en 1894, Napoléon chez lui est le premier livre sur la vie quotidienne de Napoléon. Frédéric Masson décrit l'organisation du palais des Tuileries, précise la fonction de chaque pièce du palais, décrivant leur décoration aussi bien que les responsabilités des personnes qui y travaillent, à commencer par Napoléon lui-même. Chambre ou cabinet de travail, quelle que soit la pièce, l'historien explique pourquoi Napoléon l'avait souhaité telle, en quoi cela correspondait à son tempérament, à sa façon de vivre. Aux Tuileries, à Fontainebleau, à Compiègne, la disposition des appartements était la même : Napoléon détestait le changement, et cela dans un but : gagner du temps. Voici enfin une journée typique de travail de l'empereur, du réveil au coucher, et sa journée du dimanche (quand il a des dimanche !), où il déjeune en famille. Cet « empereur dans ses meubles » en donne un portrait vivant, original et inédit.
En choisissant cet ebook, vous contribuez à aider l'édition en grands caractères adaptée à la malvoyance. L'Empereur ôte son chapeau, et, se penchant vers la dame commence à lui parler ; mais elle, comme inspirée, éperdue et affolée par les sentiments qui l'agitent, dans une sorte de transport, dit-elle elle-même, ne lui laisse point achever sa phrase. « Soyez le bienvenu, mille fois le bienvenu sur notre terre ! s'écrie-t-elle. Rien de ce que nous ferons ne rendra d'une façon assez énergique les sentiments que nous portons à votre personne, ni le plaisir que nous avons à vous voir fouler le sol de cette patrie qui vous attend pour se relever ! » Elle voulait sauver la Pologne. Elle ne réussit qu'à tomber amoureuse de Napoléon, et à lui donner son premier enfant.