Gilbert Charles-Picard
Gilbert Charles-Picard
Un buste d'Hannibal trouvé à Volubilis et des monnaies à son effigie, détruisent la légende qui fit du chef carthaginois de la seconde guerre Punique, la brute décrite par les Romains, ses ennemis. Hannibal, le vainqueur de la Trébie, du lac Trasimène et de Cannes, qui partit d'Espagne avec ses légions et ses éléphants pour envahir l'Italie, était - en 218 avant Jésus-Christ quand il quitta Carthagène - un homme de vingt-six ans, grand, fort, au visage d'une grâce un peu molle, dont les yeux lançaient une flamme menaçante sous un front têtu. Le « cyclope » dont parle Juvénal, c'est bien lui, mais plus tard, lorsqu'une ophtalmie contractée en Étrurie lui fit perdre un oeil. L'Hannibal de M.G. Charles-Picard n'est pas seulement le portrait haut en relief de ce Barcide aventureux, mais aussi - avec une grande somme de connaissances - le tableau de l'atmosphère complexe des deux grandes guerres Puniques, où Carthage et Rome se disputèrent l'hégémonie méditerranéenne. La seconde guerre, qui dura de 219 à 201 avant Jésus-Christ, fut une guerre d'usure, qui s'acheva lorsque Scipion porta le combat en Afrique. Hannibal, à la tête de troupes rassemblées en hâte, fut vaincu à Zama, dans l'été de 202, et s'enfuit. Il se réfugia en Bithynie, auprès du roi à qui il offrit ses services mais, trahi par lui et sur le point d'être livré aux Romains, il s'empoisonna en 183 avant Jésus-Christ. Le fils d'Amilcar avait alors soixante-trois ans. Au terme de ce livre, synthèse de tout ce qui a été écrit et découvert sur Hannibal, on ne peut que poser la question : et si Tite-Live et Polybe avaient menti ?
De la révolte des Gracques à l'avènement d'Auguste, cet essai éclaire la transformation radicale de Rome et de ses cités italiennes.
Un Carthaginois ressuscité de nos jours dans sa patrie trouverait dans une ville de la Tunisie moderne les mêmes ruelles étroites et tortueuses, avec des maisons simples blanchies à la chaux, couvertes de terrasses ou de coupoles, comme il était habitué à les contempler. C'est dire assez la profondeur de l'empreinte dont la vieille Carthage a marqué les hommes d'Afrique. Elle n'eut pourtant pas le rayonnement magnifique et barbare que lui imagina Flaubert. Carthage était avant tout une cité de marchands prosaïques. Elle ne dut sa puissance qu'à l'habileté de ses négociants, à d'adroits politiciens ou économistes qui savaient travailler pour la prospérité immédiate du pays. Les artisans mêmes ne mettent leur habileté qu'au service d'esthétiques empruntées au hasard de relations commerciales sur les rives du Nil, de l'Euphrate ou de l'Égée. On a beaucoup parlé des moeurs licencieuses des Carthaginois, des lupanars sacrés, ou des abominables autodafés qui voyaient l'immolation de centaines de nouveau-nés. En réalité, les Carthaginois n'étaient ni meilleurs ni plus mauvais que les Grecs ou les Romains. Les Carthaginois aimaient le confort. Leurs maisons étaient dotées de salles de bain. Les citadins aimaient la pâtisserie et le bon vin. C'est ce que nous révèlent parmi mille détails et anecdotes G. et Charles-Picard dans cet ouvrage, le premier qui mette à la portée du grand public l'histoire quotidienne de Carthage.