Guy Le gaufey
Guy Le gaufey
L'objet a de Lacan est aussi célèbre qu'ignoré dans sa teneur. D'où vient-il ? Guy Le Gaufey suit d'abord les conditions textuelles et conceptuelles de son émergence au fil des séminaires. Le mystère n'est pas pour autant levé.Relique, zéro algébrique, point de fuite perspectif, objet de l'hypnose... sont appelés à la rescousse. Tel l'objet a, chacun participe d'un ordre qu'il subvertit, en bouleversant la consistance de l'ensemble où il opère. Cette stratégie indirecte tout à la fois respecte et éclaire l'impossibilité d'une définition canonique de cet objet que Lacan a pu présenter comme son invention.
Un autre Eden nous emporte sur les traces d'un type génial et malgré tout méconnu, Jack London, accompagné de notre fils Martin car tous les deux sont nés un jour de janvier 76. On y découvre des femmes magnifiques, une robe en feuilles de cocotier, des aventures hors du commun, une machine à best-sellers, la permanence d'une pauvreté qui devrait nous être insupportable, un vélo, des grandes poudreries et les mers vertes du Sud, le poids du chagrin, une joie supérieure, des contradictions en tout genre, l'Enfer et l'Éden, les illusions et les désillusions du socialisme, des eucalyptus et des phoques, des invités surprises, le tumulte des relations entre parents et enfants, des vies, des capricornes, l'impératif " Je me souviens ", la route, le bord de la route, un vieux chien avec des yeux mouillés, notre incurable légèreté. " Aux morts pour qu'ils vivent. Aux vivants pour qu'ils aiment ". Voici deux bonnes raisons d'écrire un roman. B. C. Bernard Chambaz est romancier, poète, historien. Il a notamment reçu le prix Goncourt du premier roman en 1993 pour L'Arbre de vies (F. Bourin), le prix Apollinaire 2005 pour Été (Flammarion), le prix Jouvenel de l'Académie française et le Grand Prix de littérature sportive en 2014 pour Dernières Nouvelles du martin-pêcheur (Flammarion).
« L'analyste ne s'autorise que de lui-même », cette formule fut reçue comme un verdict de Lacan sur la délicate question de la formation du psychanalyste. Scandale et incompréhension garantis. Pourtant, dans l'écart grammatical discret entre « analyste » et « lui-même », gît la source du transfert ainsi relié, par la vertu de l'« autorisation », à la détermination centrale de la personne fictive chez Hobbes. D'où l'idée d'aller enquêter sur la troisième personne, aussi bien au niveau de la constitution de l'État moderne, que dans l'« irréductible ambiguïté » (Lacan dixit) du transfert. Psychanalyste et pouvoir d'État développent des stratégies incompatibles, qui les rendent sourds l'un à l'autre. Pourquoi ?
La toute-puissance a mauvaise presse : on l'envisage soit comme pur mirage, soit comme dévoiement d'une surpuissance, alors qu'elle a d'abord été une façon d'affirmer une altérité irréductible.Théologique, elle a contribué à établir la liberté de Dieu au-delà de l'ordre dont il était le garant. Politique, elle a été au fondement de l'absolutisme royal à la française. Juridique, elle s'est immiscée dans l'état d'exception, en plein coeur des systèmes démocratiques. Dans tous les cas, elle repose sur l'existence d'une volonté tenue pour insondable, et donc : toute Autre.En destituant l'Autre d'une quelconque qualité subjective, Jacques Lacan a creusé l'espace d'une question inédite au regard de cette tradition : et si le monde de la toute-puissance ne recelait aucun agent ? Ne serait-ce point là le véritable athéisme ?
Alors qu'il entend dire l'essentiel de l'homme en tant qu'animal rationnel, le mot sujet sert aussi bien à désigner un cadavre en anatomie. De la liberté à la servitude, son spectre sémantique est si large qu'il frise l'homonymie. Le droit, la politique, la médecine, les lettres, les arts ne sauraient s'en passer. Sa carrière philosophique ? Prestigieuse ! Jacques Lacan en a fait d'emblée un leitmotiv de son enseignement. En lançant par la suite sa formule nouvelle d'un sujet représenté par un signifiant pour un autre signifiant, il ne lui a plus accordé identité ni réflexivité. Cette subversion, dont les étapes constitutives sont ici examinées, l'a placé dans de curieuses compagnies, tantôt avouées (Maine de Biran), tantôt inaperçues (averroïsme latin), parfois de circonstance (Foucault). En recoupant ces références disparates, le présent essai redonne à la trouvaille de Lacan son espace épistémique singulier. Et sa puissance d'appel.
Plongez dans Hiatus sexualis de Guy Le Gaufey, une exploration audacieuse du non-rapport sexuel selon Lacan. Un essai percutant qui interroge la différence sexuelle et ses enjeux psychanalytiques.
Ce livre s'appelait d'abord : « Petite histoire du grand Autre ». Il était construit autour d'une intuition que j'avais eue au moment où je me familiarisais avec les savoirs freudien et lacanien, et où j'avais, par de tout autres voies, réussi à entrer avec quelque rigueur dans la démonstration du second théorème d'incomplétude de Gdel.Je crus alors saisir d'étranges affinités entre ce qu'il m'apprenait sur les limitations internes des systèmes formels et l'écriture lacanienne qui se lit « grand A barré ». Il fallait que j'aille voir ça de plus près. À chaque fois en effet que je me retrouvais devant cet improbable croisement, j'avais le sentiment d'être à la verticale du mystère d'où naissent, sinon les enfants, du moins les bribes d'un savoir qui m'importait depuis l'enfance. C'était comme une voix qui m'aurait murmuré : « Approche. Bientôt les mystères de la dimension symbolique te seront pour l'essentiel dévoilés. Tu sauras ce que savoir veut dire. »
Lire Foucault procure souvent un indéniable agrément. Cependant, à ce jour, peu se sont attardés sur les figures caractéristiques du style de Foucault, sur cette sorte de bercement phrastique qui le fait hésiter devant un mot, se lancer dans des énumérations, tripler ses verbes et ses adjectifs, bref : tenir son lecteur dans le fil de sa parole. Cette approche stylistique prend appui sur deux études de Leo Spitzer, l'une relative à l'« effet de sourdine » chez Racine, l'autre traduite par Foucault lui-même en 1962 : « Art du langage et linguistique ». Le goût foucaldien pour un trois stylistique, aussi discret qu'insistant, serait-il le ressort de l'énoncé négatif qui vient clore Les Mots et les Choses sur l'incommensurabilité de l'« être de l'homme » et de l'« être du langage » ? Guy Le Gaufey a récemment publié chez Epel L'Effet de sens (2018) et Le Cas en psychanalyse (2020).
Le cas en psychanalyse relève du traquenard logique. Là où l'on pourrait croire que la séance analytique se prête à merveille au cas, elle ne cesse d'y objecter : elle invalide quiconque viendrait s'offrir comme témoin entre ses deux acteurs, et jusqu'à ce tiers que serait un but poursuivi en commun. Transfert oblige. Cette situation d'exception a un double mérite sur le plan épistémologique : elle éclaire les conditions d'élaboration du cas dans les autres savoirs (droit, médecine, grammaire, micro-histoire, etc.), et elle rend compte de la consistance propre à l'acte analytique. Guy Le Gaufey exerce la psychanalyse à Paris. Il a récemment publié aux éditions Epel L'Effet de sens. Essai de sémiotique lacanienne (2018). Guy Le Gaufey exerce la psychanalyse à Paris. Il a récemment publié aux éditions Epel L'Effet de sens. Essai de sémiotique lacanienne (2018).
Pour avoir porte l'accent sur le signifiant, Lacan a-t-il du meme pas fonde une nouvelle acception du signe ? On le saura en elucidant le concept d'« effet de sens », present ici et la dans quelques seminaires, puis en le faisant jouer au travers d'espaces discursifs parfois fort eloignes de l'analyse. Cela, Freud l'a rendu possible, car l'association d'idees va bien au-dela de la relation therapeutique ou elle est censee s'exercer. Guy Le Gaufey poursuit ici son exploration de cette question pour lui premiere : Freud et Lacan ont-ils en partage le meme « objet » ? Guy Le Gaufey exerce la psychanalyse à Paris. Co-fondateur de la revue Littoral, il est également traducteur.
Ce livre entreprend de replacer Freud dans l'épistémé classique en montrant qu'au moment de penser la nature du lien, Freud en est venu à épouser la position adoptée sur ce point par Newton : tous deux prennent appui sur la même figure logique d'une origine d'où procède le lien.Tout au contraire, avec l'entrée en scène de la relativité générale d'Einstein, un nouvel espace de pensée s'est ouvert, et c'est dans cette brèche que Lacan a pu mettre en place un père qui soit autre chose que le lointain reflet d'un père originaire. Le lien se pense désormais sans souci d'une origine.
Y a-t-il, à dignité égale, deux entités dites homme et femme, séparées par le Grand Canyon de la différence sexuelle ? Ou faut-il penser cette différence comme un pur relatif, chaque être humain se situant sur un continuum de plus ou moins homme à moins ou plus femme ? Sigmund Freud a établi de quelle étrange façon la sexualité détermine l'être humain : sa pulsion n'est plus l'instinct sexuel hétéronormé des psychiatres d'alors. Avec son surprenant énoncé « Il n'y a pas de rapport sexuel » et les formules de la sexuation qui le soutiennent, Jacques Lacan est intervenu dans cet embrouillamini entre logique et sexes, inventant un nouvel opérateur, un pastout, qui pointe l'incomplétude de la chose sexuelle. Guy Le Gaufey étudie ici comment ces formules ne sont lisibles qu'au regard de contraintes formelles propres à l'enseignement de Lacan - avant tout l'invention d'un « objet partiel » sans précédent dans la psychanalyse. Relève de cette même partialité l'armature logique des formules de la sexuation, à savoir une valeur de la proposition particulière explicitement laissée de côté par Aristote et toute la tradition logique classique. Cette particularité permet de dégager la logique sous-jacente aux vignettes cliniques, brefs récits de cas censés illustrer un fragment théorique jugé par trop abstrait. Le pastout de Lacan fait valoir comment derrière l'apparente modestie de leur naïveté empirique, ces vignettes en viennent à faire du savoir une référence inquestionnable. L'opérateur pastout réaffirme au contraire la partialité foncière et sans totalité de l'être parlant sexué.