Hala Alyan
Hala Alyan
« Salma, elle, aimait entendre sa fille évoquer Jaffa. Sa maison lui manquait terriblement. Elle avait passé la première année à Naplouse à rêver de leur retour et ne cessait de voir la route qui serpentait vers le haut de leur colline, le salon et les chambres, miraculeusement préservés. Tout serait resté en l'état. Jusqu'au panier de linge qu'elle n'avait pas eu le temps d'étendre, abandonné par terre. Mais elle n'était pas dupe. Elle savait que leur villa avait été rasée. Que d'autres jardiniers détachaient les feuilles brunies d'autres orangers, et que les nouveaux propriétaires utilisaient le bois des vestiges de leur verger pour cuire leur pain. Pourtant, son coeur battait encore la chamade quand, avec la fougue d'une historienne, sa fillette vantait les délices des énormes pamplemousses de Jaffa, que l'on saupoudrait de sel ou de sucre selon leur degré de maturité. » Naplouse 1963. A la veille du mariage de sa fille Alia, Salma lit son avenir dans le marc de café. Elle choisit de ne pas révéler ce qu'elle y voit : une vie troublée pour Alia et ses enfants, une vie de voyages et de dispersions. Bientôt, avec le déclenchement de la Guerre des Six-Jours de 1967, la vie de la famille Yacoub bascule. Tandis que Salma part en Jordanie, Alia et son mari Atef s'installent au Koweit où naissent leurs trois enfants. Et pour les générations suivantes, ce sera Beyrouth, Boston ou Paris... Qu'est-ce qu'un foyer lorsqu'on n'a plus de maison ou de patrie ? Cette question avec laquelle se débat la famille Yacoub hantera chaque génération.
À la fin des années soixante-dix, Mazna et Idris Nasr ont été contraints de quitter leur pays : la Syrie, pour elle ; le Liban, pour lui. Ensemble, ils se sont installés dans une petite ville en plein désert californien. Si Idris est parvenu à réaliser son rêve d'être médecin, Mazna, elle, a dû dire adieu à sa carrière d'actrice pour élever leurs trois enfants. Quarante ans plus tard, la famille vit éparpillée à travers le monde, tentant de maintenir des liens chaotiques et tourmentés. Un seul point les relie désormais : la demeure ancestrale de Beyrouth. Mais lorsque Idris décide de vendre cette maison où plus personne ne va, tous embarquent aussitôt pour défendre l'ultime bastion de leur histoire commune. À travers cette grande saga familiale, Hala Alyan retrace la destinée tragique de tout un pays, le Liban, marqué par la guerre, les tensions religieuses et les protestations politiques. Un pays prêt à s'embraser à tout instant, à l'instar de cette famille rongée par des secrets qui, révélés, pourraient faire exploser sa fragile existence. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Aline Pacvo .