Hiram Helm
Hiram Helm
Dérive dans ces bois aux arbres étranges, formations fongiques aux proportions titanesques suintant les spores qui s'amalgament en brume nocive, perpétuelle exhalaison de la forêt. Dans ces aléas ensommeillés, toujours aux lisières de sombrer, la forêt recueille les souvenirs, boit les empreintes de ceux qui s'y retrouvent, sans savoir pourquoi, ni comment, et à quelle fin. Luttant pour maintenir les parcelles de leur identité en dissolution, incapable de communiquer au travers de l'appareil respiratoire qu'ils ne peuvent quitter, les rôdeurs suivent le fil amorphe des zones les moins empoisonnées dans un environnement hostile. Et toujours cet appel, ce subtil jeu de piste qui toujours les mène aux fleurs fantômes, ces éclosions mortifères qui les emportent dans le rêve de la forêt fongique, tissé de toutes ces mémoires absorbées.
Coincé, enlisé sous les entraves de sa mère, il cherche à fuir la ville qui ne faisait que se rigidifier. Sa linéarité, sa stérilité, son impuissance. S'éloigner de ce constat mille fois répété de distance, d'aliénation, de gouffre qui ne faisait que se creuser, que l'écarter de cet environnement. Dans l'étouffement, dans l'apathie, dans l'endurance, à constamment chercher un moyen de sauvegarder les derniers restes de fureur qui pouvaient encore l'infuser si ce n'était qu'une dernière fois. Poussé à se repaître de maigres voyeurismes, de fantasmes éculés. Les remparts s'érigent, et se referment, dans d'anémiées tentatives de ne pas sombrer dans la médiocrité qui entachait chacune des fibres de son être par sa descendance maternelle. Jusqu'à la rencontrer, elle, la grande mutilée, balafrée, cicatrisée, au membre absent. Balise de douleur vivant de la vente de son corps, offerte à la violence des mains qui voulaient la briser. Elle, aux cernes annonçant les prochaines ruptures de sa vie. Il ne pouvait que la suivre, et boire l'extrême de ses entrevues, de ses actions. Revitalisation de sa vie par la destruction de son corps. Et le désir d'y participer, de s'y perdre. De traumatiser la réalité et ses secondes trop longues en une suprême intensité qui devait les clouer aux mondes à venir.