Isabelle Alfandary
Isabelle Alfandary
Certaines oeuvres du modernisme américain se définissent par leur « parti pris de la lettre ». La langue est affrontée en leur sein au risque de l'écriture. En effet, si la littérature moderne est écrite, si les oeuvres postérieures à l'invention de l'imprimerie sont faites d'encre et de papier, toutes n'ont pourtant pas l'écriture pour objet. Conscientes de leur caractère matériel, de leur aliénation à la lettre, les oeuvres de Gertrude Stein, E. E. Cummings et John Cage jouent et se jouent essentiellement de leur condition. L'usage non transitif qu'elles font de l'écriture est l'occasion d'une mise en scène édifiante sur la page. Elles démasquent chemin faisant le réel d'une activité qui n'a rien d'évident : ni purement formalistes, ni simplement expérimentales, elles interrogent radicalement ce que lire et écrire veulent dire et mettent la littérature au pied du mur et en demeure de répondre.
De Freud à #MeToo, Isabelle Alfandary explore le double visage de la séduction : entre désir et traumatisme, entre innocence et perversion. Un essai percutant qui interroge les frontières du normal et du pathologique dans notre société.
Un spectre hante l'Université française : celui de la déconstruction. Créé par Jacques Derrida à la fin des années 1960, ce concept est devenu, dans l'esprit des réactionnaires de tout poil, le mot-valise désignant tout ce qu'ils haïssent dans la pensée, lorsque celle-ci cherche à émanciper davantage qu'à ordonner. Dégénérescence de la culture, mépris pour les grandes oeuvres, délire interprétatif, amphigouri linguistique, danger politique, confusion sexuelle, licence morale : à en croire les ennemis de la déconstruction, tout ce qui va mal dans le monde lui est imputable. Que signifie la fixation frénétique d'une frange d'intellectuels sur tout ce qui peut ressembler à une pensée différente, inventive et fondamentalement démocratique ? Que cela signifie-t-il, si ce n'est la volonté de policer la pensée et ses institutions, pour mieux, ensuite, policer les corps ? Telle est l'interrogation qui a présidé au colloque « Qui a peur de la déconstruction ? », qui s'est tenu à l'École normale supérieure et à la Sorbonne en janvier 2023. En voici les actes.