Jacques Lévy
Jacques Lévy
De Pierre Bayle, la tradition critique a longtemps voulu ne faire qu'un précurseur des Lumières. C'était trop négliger la personnalité et la pensée du théologien calviniste, et le considérer comme un auteur mineur. En 1964, Élizabeth Labrousse, directeur de recherches au CNRS et grande historienne du protestantisme, publiait son Pierre Bayle qui allait vite s'imposer comme l'ouvrage de référence sur le réfugié de Rotterdam. Grâce à ce livre en deux volumes (l'un biographique toujours disponible, l'autre analytique repris ici), l'auteur du Dictionnaire Critique retrouvait enfin sa place de penseur au coeur de la « crise de la conscience européenne », de théoricien de la tolérance, de théologien philosophe convaincu qu'avec le triomphe du cartésianisme la foi chrétienne abordait aux rives des temps modernes.
Cette édition est la deuxième partie du commentaire de Calvin aux actes des apôtres. Comme à son habitude, Helmut Feld offre une superbe édition, rigoureuse, proposant toutes les sources patristiques et contemporaines de ce commentaire important.
La carte politique de la France a changé. Depuis le référendum sur le traité de Maastricht en 1992 et la percée du Front national, de nouvelles logiques sont apparues, qui reflètent une évolution profonde de l'espace et de la société. Longtemps, les cartes ont montré une opposition entre un Ouest et un Est plutôt conservateurs, et un Centre et un Sud marqués à gauche. Désormais, on distingue les centres urbains, leurs périphéries et les espaces ruraux, alors que le périurbain a fait irruption dans la sphère politique. Pour comprendre, il faut s'intéresser au logement aux revenus et à la pauvreté, à l'école et à l'emploi... Les cartes, en étudiant ces critères, montrent des territoires recomposés, en lien (ou non) avec l'Europe et le monde.
Faut-il se battre pour maintenir des médecins à la campagne ? Où se trouvent les « déserts » français ? Où vivent les électeurs protestataires ? Quelles sont les territoires économiquement productifs de la France ? Toutes ces questions posent des problèmes politiques, économiques et sociaux majeurs. Aucune ne peut trouver de réponse sans une vision claire et précise de notre espace. Géographe reconnu, Jacques Lévy montre ici combien, dans le silence et l'obscurité, d'immenses injustices se produisent : les pauvres des régions riches paient pour les riches des régions pauvres, les inégalités spatiales se creusent sans pour autant que, dans la plupart des territoires, le développement soit au rendez-vous. Il y a donc urgence à faire le deuil des mythes territoriaux que l'État français a construit pour conforter son emprise et à regarder la France telle qu'elle est, avec d'autres regards et d'autres cartes. On y découvre notamment que ce qui reste des idéologies de l'échelle unique et du terroir éternel ne tient plus : la France est urbaine, faite de multiples échelles à l'intérieur, insérée dans les réseaux de l'Europe et du Monde, et c'est seulement sur la base de ce constat que l'on peut faire avancer le débat sur un territoire juste. Dans ce nouvel atlas de la France, Jacques Lévy propose non seulement de voir la France comme nous ne la voyons plus, mais il propose aussi des solutions novatrices pour instaurer davantage de justice dans l'Hexagone.
- Un essai sur la dimension politique du monde, que beaucoup de travaux récents ignorent encore : le politique existe à l'échelle mondiale ; il faut l'explorer sans a priori, bien au-delà de la « géopolitique ». - Une approche de la « société civile mondiale », qui ne se réduit pas à l'économie : organisée en réseaux, elle est animée de forts mouvements tendant à son unification. - Une réflexion sur la nécessité d'une politique mondiale, notamment dans les problèmes de développement et d'environnement, où le poids des États et les faiblesses des organisations internationales sont facteurs de confusion. - Des repères pour situer les zones d'émergence du politique à l'échelle planétaire : autant de points de levier possibles pour faire du monde une cité.
Ce livre propose un cadre théorique ambitieux, qui permet de décliner par un regard qui privilégie l'espace, les différentes dimensions de la mondialisation : ses flux économiques, ses configurations anthropologiques, sa géopolitique et sa politique, certaines plus spécifiquement géographiques (villes, mobilité, télé-communication). Émergence d'un ou plusieurs espaces pertinents sur l'étendue de la planète Terre, la mondialisation est fondamentalement un événement géographique, le premier de cette ampleur à être explicité, pensé et discuté, en même temps qu'il se produit. La mondialisation change les sciences sociales. Elle oblige à revoir des cadres de pensée liés au cadre national dans lequel et pour lequel ils ont été construits. En géographie, c'est notamment le cas des notions de lieu, de territoire, de réseau, de Monde et d'humanité. La mondialisation invente un nouvel échelon qui force au réagencement de l'ensemble des autres niveaux. À l'encontre d'une idée courante, elle ne détruit pas les lieux préexistants. Elle n'est pas la victoire du général sur le particulier : elle instaure de nouveaux rapports, pas nécessairement conflictuels, entre le singulier et l'universel. Les acteurs mondialisants sont aussi mondialisés, et tout se joue en tension entre ces deux logiques. L'individu est le grand « gagnant » du processus, alors que les communautés, malgré de nouvelles ressources, se trouvent menacées. Les entreprises changent pour s'adapter à ce nouvel environnement, et les États doivent passer d'une géopolitique à leur échelle, à la politique au-delà. Finalement, la mondialisation dessine un nouvel espace d'enjeux pour les citoyens : horizons de développement, choix complexes parmi les différentes natures possibles, options de gouvernance dans un Monde politique à inventer. Le mot « humanité » prend un nouveau sens, qui s'émancipe de ses anciennes significations, abstraites ou utopiques. L'invention du Monde : c'est maintenant, et c'est ici.