Jacques Neirynck
Jacques Neirynck
En 1986 paraissait, sous la plume de Jacques Neirynck, un essai intitulé “Le huitième jour de la création”, qui devait connaître plusieurs rééditions tant dans sa version française que dans la traduction allemande sous le titre Der göttliche Ingenieur. Comme le succès de l’ouvrage ne se dément pas, il a paru nécessaire d’en offrir une édition condensée sous le présent titre “La grande illusion de la technique”. Plusieurs événements évoqués comme des hypothèses dans la version originale – épuisement du pétrole, changement climatique, effondrement du système soviétique – appartiennent maintenant au passé. Il semble donc utile de refaire le point. Si la thèse centrale de l’ouvrage, la montée de l’entropie, n’a pas changé, les problèmes entropologiques se sont eux multipliés et diversifiés : comment faire face à la raréfaction des ressources naturelles ? Comment gérer une technonature de plus en plus complexe et de moins en moins compréhensible ? Comment cesser d’être les objets passifs d’une évolution technique qui nous entraîne selon une logique qui nous échappe ?
Le but de cet ouvrage est de montrer qu'il existe une alternative entre le recours sans frein à une technique qui aboutit à une impasse et des solutions plus prudentes et plus durables. Pour bien les justifier, il faut commencer par comprendre le fonctionnement du climatiseur et, tout de suite, découvrir une solution évidente : comment climatiser sans climatiseur. Le climatiseur constitue une fausse réponse au vrai défi du réchauffement climatique. En créant un bâtiment hors climat et glacé, il rejette la chaleur sur la voie publique qui devient encore plus inhospitalière. Il prélève de l'énergie électrique sur un réseau au bord de la pénurie, qui projettera davantage de CO2 dans l'atmosphère et aggravera le problème global. Il fabrique un air glacé et desséché, nocif pour la santé. C'est l'emblème d'une société qui oppose des solutions sommaires, rentables pour certains et inefficaces pour les autres, à un problème, qui pourrait être résolu par des mesures plus efficaces, moins coûteuses et plus durables. Le climatiseur est l'enseigne de notre société enfermée dans ses contradictions. C'est l'équivalent de soins palliatifs pour un système technique que l'on renonce à guérir réellement.