Jean Cazalbou
Jean Cazalbou
1871, Pyrénées. Louiséto, fille du boulanger, quitte son village pour Paris et se retrouve au cœur de la Commune.
Personnage central de l'oeuvre, Sylvain, journaliste, a atteint la cinquantaine quand commence Le Voyage. Au cours d'une croisière en URSS, il retrouve Tania, qu'il y a connue dix-huit ans avant. Il découvre que son attirance pour elle était alors nourrie par la fascination qu'exerçait sur lui une Russie idéalisée. Les deux images, celle de la jeune fille et celle de sa ville, de son univers, se fondaient dans l'esprit de Sylvain. Moscou avait pris le visage de Tania. D'autres destins interfèrent, celui de Marc et de Fabienne, de Régis, des Robillard, des autres voyageurs qui, tout en éclairant les multiples facettes de l'homme, permettent la confrontation de deux mondes et éclairent pour le « héros » sa véritable raison de vivre. Intervient aussi un insolite personnage pour « casser » le récit, à intervalles : le narrateur lui-même, dont la confidence à une femme aimée traverse en contrepoint le roman et lui donne une autre dimension. Le Voyage, c'est le chant et le contre-chant, rudes, ironiques, sensuels, cruels parfois, d'un être lucide et tourmenté. Tendre aussi. Au bout du compte, un chant d'amour, et les problèmes qui nous concernent tous.
Le récit d'un grand amour. Grand, il l'est par la mesure même des personnages : plus que le destin individuel, d'une femme et d'un homme, Anne et Sylvain, nous est conté celui de tout homme et de toute femme qui s'aiment d'une passion lucide, avec ses tons violents, et d'une tendresse profonde, avec ses nuances infinies. Grand, il l'est aussi par la rude présence de ce qui, d'ordinaire, simple décor, devient ici comme un autre personnage : l'Histoire, aux jours noirs de l'Occupation. « L'intrusion de ce protagoniste, selon les mots de l'auteur, a bouleversé les dimensions de l'écriture, pour lui faire exprimer ce que l'historien ne dit pas, ne peut pas dire... l'humanité souffrante dans l'homme douloureux. » Anne et les ombres, en soi, forme un tout, mais poursuit une aventure commencée avec La porte du Castéras, qui obtint le Grand Prix du roman 1969, et le Prix Jean Macé 1970. Le premier tirait sa substance « des jeux mêlés du souvenir, de l'imagination et du rêve ». Anne et les ombres se fonde sur les lois du conte romanesque, sans jamais en être esclave. C'est une histoire d'amour, palpitante de vie et de vérité.
Martine, au hasard d'un stage psychologique que dirige Roland, son mari, se trouve confrontée à 3 de ses anciens amants, Michel, jeune P.-D.G. snob, Julien, romancier connu, André, ancien O.S. Un extraordinaire psychodrame se joue entre tous ces êtres, qui se redécouvrent 10 ans, 5 ans après, dans une autre lumière, avec tout ce qui peut se sous-entendre, de réflexions, de retours en arrière, de cruauté parfois, de regrets aussi. Bien mené, alerte, ce roman se conclut de manière fort insolite, la « fête des corps » retrouvée dans la campagne connue et reconnue, le rêve d'autrefois qui revêt une fragilité décevante, le bonheur passé ne pouvant détruire celui d'aujourd'hui. La cendre est encore chaude... Mais ce n'est plus que de la cendre.