Jean Laroche
Jean Laroche
Mon cher Jean Laroche, pour toi, Frère d'Avant, ce pays de solitude fraternelle, de tempête solaire mêlée aux éléments marins, restera conquis aux signes d'une conscience habitée par ton nom. Le Frère de la Côte s'inscrit à la juste ligne de nos errances, à la couleur du malheur qui nous frappe, à la fragilité baroque de nos écritures. Et nous sommes bien certains de te retrouver à la première jetée ouverte.
Artiste Jean Laroche dont la forte intériorité (déjà si évidente dans ses premiers livres) s'affirmera au cours du temps et des publications pour atteindre une densité remarquable. Artiste l'homme qui cherchera dans le dessin un moyen auxiliaire d'expression. Artiste le poète dont le regard ne dénature pas l'aspect des choses mais l'exalte et nous le restitue. L'élaboration d'une poésie concentrée et destinée à l'essentiel (c'est ce que l'on dit) incite irrésistiblement le poète aux restrictions et à l'ascèse. De là un mépris affiché pour les agréments et les complaisances de style. On appelle ça le dépouillement. C'est à juste titre une des vertus les plus sacralisées de la poésie contemporaine. Cependant, tout comme les médailles, les vertus ont un revers. Il convient donc d'être prudent. La poésie ne résistant pas à une trop grande raréfaction de la matière la fameuse « économie de moyens » doit être strictement contrôlée. Heureusement pour lui (et pour nous), Jean Laroche a gardé le contrôle ; s'il est allé très loin dans la voie du dépouillement, il a su mesurer les risques et conjurer le péril. Pour tout dire il s'est maintenu pour le mieux aux limites du possible. Norbert Lelubre (extrait de la préface)