Jean Levi
Jean Levi
Le sacrifice est un dispositif symbolique qui assure la séparation non seulement entre hommes et dieux, mais des hommes entre eux. En Chine, l'organisation générale des offrandes au Ciel et aux ancêtres avec sa cuisine mimant l'assaisonnement de tous les êtres dans le chaudron de l'univers, avec sa communion autour du grand banquet sacrificiel, avec sa répartition en cascade des restes déterminant classes et hiérarchies, vise à imposer un ordre parfait à toute la terre sous le Ciel. C'est pourquoi Confucius a pu dire : « Celui qui maîtriserait parfaitement l'ordonnance du grand sacrifice aux ancêtres gouvernerait l'empire aussi facilement que je tourne la paume de ma main », c'est aussi pourquoi il a pu servir de matrice à un régime absolutiste et centralisé lorsque les collèges cultuels se sont trouvés vidés de leur substance religieuse et de leur fonction sociale. L'immanence propre aux gestes sacrificiels s'est convertie en pure transcendance de l'appareil d'État. Si, comme a pu le dire Marcel Détienne, la notion de « sacrifice » est une catégorie de la pensée d'hier, aussi arbitraire que celle de totémisme, il n'en reste pas moins que le système sacrificiel chinois fournit un cas exemplaire de sa réalité opératoire.
Texte fondateur du taoïsme, le Lao-tseu, connu également sous le titre de Tao-t-king (Livre de la Voie et de la Vertu), demeure l'une des plus précieuses clefs pour pénétrer la pensée chinoise. Ce grand classique se présente sous un nouveau visage. La présente édition est en effet fondée sur les versions les plus anciennes de ce texte qui offrent la particularité remarquable d'inverser l'ordre des parties (Le Livre de la Vertu y précède Le Livre de la Voie). Accompagnée de commentaires éclairants, cette nouvelle traduction permet de saisir l'ampleur de la pensée taoïste jusque dans ses versants politiques et stratégiques : la Voie se fait Loi.
Devenu quelques siècles après sa mort, et durant deux millénaires, le saint patron des lettrés, Confucius (551-479 av. J.-C.) est universellement considéré comme l'une des plus éminentes figures de la Chine dont il est désormais l'icône culturelle. Si sa vie est méconnue, il nous reste un témoignage de première importance quant à son activité de pédagogue, qui offre un portrait à la fois moral, intellectuel et affectif de l'homme : ces Entretiens, compilation des notes prises du vivant du Maître par chacun des disciples et réunies après sa mort.La traduction très vivante et novatrice de de Jean Levi s'attache à rendre le style du Maître dans toute sa richesse, sa concision parfois déroutante mais aussi son expressivité. Sa brillante lecture nous donne à entendre le sage comme s'il nous parlait aujourd'hui.
À travers les parcours exemplaires d'excentriques et de rebelles de la Chine ancienne, Jean Levi interroge les deux dimensions essentielles de la civilisation chinoise, wen, lettrée, et wu, militaire, dans leur rapport ambigu au langage.Des Entretiens de Confucius aux traités de stratégie et d'art de la guerre et de la politique de Sunzi et Han Fei, en passant par les poème de l'anarchiste Xi Kang, il aborde les questions de la relation maître-disciple, la transmission, la traduction ou encore la philosophie comme mode d'expression littéraire. Partant d'exemples concrets, de dialogues allégoriques, ironiques, aporétiques, Jean Levi fait vivre la pensée chinoise.Et, par un subtil jeu de miroirs, ces réflexions sur des phénomènes intellectuels et idéologiques propres à la culture chinoise renvoient une image qui nous invite à réfléchir sur nous-mêmes : les relations de similitude et d'écart entre la Chine et l'Occident s'approfondissent ici d'un reflet spéculaire, sans que jamais la figure de l'Occident soit réellement présente ; elle n'existe que comme absence à interroger.Directeur de recherche au CNRS, sinologue réputé, Jean Levi est aussi romancier.
Voici le roman de tordre absolu, tel que le voulut Ts'in Che-houang ti, Premier Auguste Empereur, sur l'ensemble de l'Empire chinois, au IIIe sicle avant notre re. Aprs avoir arrt lHistoire en instaurant le rgne de la ncessit pure et enferm l'espace dans une grande muraille, l'Auguste Empereur veut abolir le temps. Il finit son rgne entour d'automates hydrauliques et croit avoir ainsi prise sur les tres. Dj, il rve de diriger les hommes comme on dirige des machines. Mais il n'est peut-tre lui-mme qu'un pantin entre les mains de son premier ministre. Il meurt en voyage et, conserv dans de la glace, on continue lui servir des plats et prendre ses ordres comme s'il tait vivant... Jouant avec les multiples miroirs de la civilisation chinoise, cruelle et raffine, voluptueuse et conqurante, ce roman rvle l'tonnante figure de ce Premier Empereur et brosse ainsi le portrait d'une Chine la fois ancestrale et moderne.
Le coup du Hibou est l'histoire plus que millnaire de la trahison, de la duplicit et de l'illusion comme mode de fonctionnement de tout pouvoir. Dans le jeu de bo, anctre mythique du jeu de go, c'est aussi le coup suprme, celui qui permet la matrise du temps et l'art de la guerre... De la Chine ancienne l'Amrique contemporaine, des tats-majors militaires aux campus universitaires, l'auteur du Grand Empereur et ses automates nous entrane dans les ddales de lHistoire et les labyrinthes de lme humaine, en jouant brillamment avec tous les genres romanesques. Un roman aussi inclassable que fascinant qui s'inscrit dans la ligne de Musil, Borges et Umberto Eco.
Karl, jeune musicologue allemand parti approfondir ses études sur un instrument archaïque dans le dernier endroit du monde où l'on continue à en jouer, y fait une surprenante découverte qui va changer le sens de sa mission et bouleverser sa vie. Dans une ville peuplée de signes et de symboles à déchiffrer, son séjour se transforme en une quête éperdue et vaine pour en percer l'énigme et le secret. Un secret qui, semblable à celui de la Cité interdite de René Leys, n'est peut-être que le fruit d'une mystification. Après la Chine ancienne du Grand Empereur et ses automates, Prix du Premier Roman, et du Rêve de Confucius qui l'ont imposé comme un des grands écrivains d'aujourd'hui auprès de la critique et du public, Jean Levi nous conduit dans un Extrême-Orient moderne, semé de pièges et d'embûches, aussi captivant, aussi étrange, aussi déroutant que celui d'hier.