Jean-Marie Sevrin
Jean-Marie Sevrin
Les incertitudes de notre temps bousculent les horizons de l'attente, tels qu'une modernité conquérante et qu'un régime classique de la croyance chrétienne les avaient structurés, pour longtemps et dans la polémique. Nous assistons en effet à des ré-âménagements des manières de concevoir et de vivre les rapports entre vie et mort, corps et esprit, temps et éternité, histoire et cosmos, espoir individuel et eschatologie collective qui opèrent des synthèses inédites - des syncrétismes ? - entre des bribes de traditions religieuses et métaphysiques d'une part et de segments de culture scientifique d'autre part. La tâche théologique est dès lors soumise à un double défi : réinterroger sa propre tradition et évaluer, sans complaisance ni crispation, la montée des ésotérismes, dans l'espoir de restituer sa force de percussion à la dimension eschatologique propre à la foi chrétienne quand elle confesse, à partir de l'événement pascal, l'attente de la résurrection des morts et du monde à venir. Ce travail, la session théologique 1988 de l'École des Sciences Philosophiques et Religieuses des FUSL a voulu y contribuer selon son style propre : présentation de dossiers descriptifs et informatifs, appel fait à des questionnements interprétatifs, recours à des essais théologiques pluriels.
Le « retour de Satan », observable aujourd'hui en des manifestations fort diverses, pourrait bien renvoyer à la redécouverte, bruyante ou quotidienne, à la suite d'évènements terrifiants ou d'une déréliction sans remède au plan de l'histoire d'un « abîme noir » en l'humain. Redécouverte qui se laisse appréhender comme un double brouillage d'identité : l'image de Dieu oscille entre un versant positif et un versant négatif et l'humain s'en trouve comme traversé d'une fêlure, voire dédoublé. Si la foi toute chrétienne tient, tout entière, à la reconnaissance d'un salut gratuitement donné dans l'Événement christique insondable comme tel, comment fait-elle droit à la dimension d'épreuve, de combat, mais aussi à l'impératif de solidarité sans lesquelles la réalité et l'annonce du salut seraient privées de signification et de résonance ? Tels sont la question et l'enjeu de la session théologique, tenue aux F.U.SL. en 1991. Le parcours proposé comporte deux étapes : des mises en situation historiques - restitution de synthèses doctrinales et de glissements historiographiques - et anthropologiques font écho et interrogent des apports exégétiques, éthiques et théologiques visant à préciser ce qui nous est suggéré, à travers les figures du démoniaque, de ce qu'il peut advenir de la liberté humaine lorsqu'elle se retourne vers « Celui qui a, par la Croix, vaincu le Prince de Monde ».