Jean-Michel Ropars
Jean-Michel Ropars
Est-il vrai, comme l'a chanté Léo Ferré, qu'« avec le Temps, va, tout s'en va » ? Que reste-t-il après son passage ? Certes la vie est fragile, constamment menacée d'anéantissement : et à travers la poésie des ruines, c'est déjà un spectacle fascinant. Mais l'histoire comme l'art témoignent d'une possible survie. Ce livre montre comment quelques artistes ont voulu traverser le temps, et retrouver dans la poussière des siècles les traces de battements de coeurs à jamais éteints. À travers l'étude de quelques oeuvres cinématographiques, l'ouvrage aborde la perception variable du temps chez de grands créateurs. En conclusion, le livre évoque la figure de Virginia Woolf, profonde et sensible méditation sur la beauté et la fragilité de la vie humaine, en même temps que sur la capacité éventuelle de l'art à en soustraire quelque part à la mort.
Le rapprochement a été fait de longue date entre le personnage d'Ulysse et le dieu Hermès, très proche des humains : l'originalité du livre est de tenter d'aller plus loin que ce simple constat, en montrant comment les aèdes ont modelé Ulysse à l'image du dieu, selon les exigences de l'épopée. En le faisant « descendre » dans le monde des hommes, ils ont fait du dieu qui ne combattait pas (Hermès) un « guerrier » (Ulysse), bien piètre en réalité. Ils le dotèrent d'une « biographie » en l'établissant souverain d'un royaume improbable puisque localisé aux confins brumeux et presque infernaux de l'Occident hellénique archaïque ; polymorphe contradictoire, ils en firent un errant perpétuel et souffrant, à l'image d'Hermès : car le livre établit pour la première fois les souffrances du dieu dans les diverses manifestations de son culte (Hymne homérique, statues, rituels). Ces souffrances sont expliquées comme l'accompagnement nécessaire d'un cycle de disparitions suivies de retours à travers de perpétuelles métamorphoses. Il est alors proposé une clé de lecture de l'architecture souterraine de l'Odyssée, basée sur une allégorie lunaire très savante : le cycle de la lune sous-tend les aventures d'Ulysse, son voyage final de retour comme les douze étapes préalables dont il fait le récit chez Alkinoos.
Bourlinguer : mot inventé par Blaise Cendrars en 1948. Et si les dictionnaires n'en conviennent pas encore, tant pis pour la philologie ! Aussi sûrement que modernité attendait Baudelaire pour se déclarer au grand jour et entreprendre son étonnante carrière, bourlinguer est resté dans les limbes de la littérature jusqu'à Cendrars. Le poète a fait mieux que le forger : il l'a signé en publiant sous ce titre qui sonne comme une devise un de ses plus grands livres. Tout au long des années vingt et trente, le verbe apparaît déjà, ici ou là, au fil de ses textes, mais c'est dans le troisième volume des Mémoires que la rencontre cristallise. Avec l'évidence entraînante du mythe, il ira de soi désormais que Cendrars est le bourlingueur de la littérature française.Après L'Homme foudroyé (1945) et La Main coupée (1946), Cendrars poursuit l'entreprise de ses Mémoires tout en variant la formule : Bourlinguer, en 1948, recueille onze récits, chacun dédié à un port, où l'aventure initiatique et l'arpentage du monde conduisent à un éloge éclatant des magies de la lecture. C'est dans Vol à voile (1932) que s'élabore cette quête du temps perdu.