Jean-Paul Colin
Jean-Paul Colin
J'ai trouvé instructif et amusant de rassembler ici tout ce que Littré a soigneusement consigné dans son fameux Dictionnaire de la langue française, publié de 1863 à 1872, sur les relations amicales et conflictuelles dans lesquelles vivaient les hommes et les animaux. Ce petit livre est un vagabondage tissé de notations, de définitions, d'anecdotes, de dictons, de proverbes qui éclairent de façon souvent inattendue et parfois ludique le regard que nous portons sur le monde bigarré des êtres vivants, de l'agneau à la vipère. Jean-Paul Colin Les illustrations sont dues au talent de Valentin Besson.
Jean-Paul Colin, écrivain, auteur de nombreux essais et romans, nous livre ici « Ernest Dossette, le prof du silence ». Il raconte la métamorphose de ce professeur de français, latin, grec, au lycée Desnos durant les années 70. Celui-ci, un beau jour, devant ses élèves fait « aveu d'impuissance à relater des vérités, surtout littéraires », et dit être aussi « faible et ignorant qu'eux ». Accusé d'être contestataire, à la fin d'une honorable carrière, il se verra prié de quitter l'éducation nationale. Et au lieu de se retrouver parmi les bannis, il se retrouve « rajeuni » dans une autre vie, où il découvre un véritable bien-être, sans plus chercher à « apporter la lumière dans ce qui n'est pas obscur », ceci après avoir tenté de réinventer les cours « par un cheminement souterrain de la pensée », c'est-à-dire, le silence, qu'il nomme chef d'orchestre d'instruments nouveaux, afin qu'aucun autre son ne vienne troubler les accords de ceux-ci.Ernest Dossette est-il bouffi d'orgueil au point de simplifier lui-même le monde ? Est-il un imposteur qui abandonne ses élèves à une soi-disant liberté, les condamnant à ne rien apprendre ? Un égoïste, un lâche ? Ou au contraire un courageux héros qui se bat pour affranchir le savoir du pouvoir ? Un vrai maître à penser qui incite « les jeunes tourments qui se cachent derrière les pattes de mouche » non plus à livrer leur part la plus secrète d'eux-mêmes, mais à comprendre que toutes vérités s'emboitent, gigognes sans fin ? Ou encore un professeur tellement épris de lectures et de littérature qu'il ne peut suffisamment en toute humilité retransmettre son envoûtement et en enseigner la magie ?
On ouvre ce roman comme une porte derrière laquelle on sait que l'on va découvrir quelque chose de bien sinon de bienfaisant car déjà une musique nous parvient aux oreilles. Un ton d'autrefois vient se mesurer à celui d'aujourd'hui sans aucune honte ni discordance. Puis on fait la connaissance de Fred, héros de ce roman, élève de l'École normale laïque d'instituteurs de Lons-le-Saulnier, sous la Troisième République. Avec lui, nous franchissons le seuil d'écoles dans lesquelles l'aspect éducatif revêtait un aspect religieux et militaire et où « labeur et vertu sont prônée » aux dépens de valeurs et d'enseignements réels. Fred, esprit talentueux et libre va se battre de toute sa jeunesse contre les pouvoirs oppressants de ceux qui les détiennent et dirigent. Il ne peut se contenter d'être une petite lampe dans la rue du village, il veut aussi écrire et « peupler des déserts », les siens en l'occurrence. Il subit des tempêtes dévastatrices apportées par le souffle d'un romantisme incorrigible et ravageur, qui, dépourvu de toute mièvrerie, lui fait vivre de vrais tourments, amoureux et professionnels. Il nous provoque le même plaisir que celui ressenti par Jean-Paul Colin à renouer ce fil familial et (re)connaître ce grand-oncle, excellent écrivain, Victor-Eugène Magdelaine qui, comme nul autre, escalade le temps avec l'agilité d'un chat, les toits. Et ne jamais oublier qu'« un nouveau livre est toujours une nouvelle lumière ! » Ils étaient là, de trente-cinq à quarante, dans une salle étroite et longue, aux murs peints en vert et qui, malgré la lumière qu'elle recevait en abondance, avait un aspect sévère et triste. Ils étaient là, de trente-cinq à quarante jeunes gens, qui aspiraient à l'École normale. Courbés sur de vieux pupitres en chêne que le temps et l'usage avaient mordorés, on ne voyait que leurs dos et le dessus de leurs têtes : têtes aux chevelures de nuances variées ; dos puissants ou malingres. Et dans le silence on entendait le crissement des plumes, le frottement des semelles ferrées sur le parquet, des toux nerveuses, des soupirs de contentement ou de désespoir. Ils commentaient la parole de Vauvenargues : « Les grandes pensées viennent du coeur ». Ils écrivaient, biffaient, ajoutaient, et les phrases se suivaient, boiteuses, incohérentes, insignifiantes, énigmatiques ; mais ce débordement de phrases, cette multitude de mots allaient, couraient vers l'horizon brumeux et lointain où était écrit : « Les grandes pensées viennent du coeur ». Assis au bureau, M. Rachel, professeur surveillant, lisait. Tandis que sa main gauche tournait les feuilles, sa dextre tortillait une barbe noire correctement taillée. Fred avait remarqué qu'il portait une bague où rutilait un diamant, et son admiration déjà fort excitée n'eut plus de bornes lorsque, M. Rachel circulant dans la salle, il constata qu'il laissait après lui des effluves discrets d'héliotrope.
Les récits policiers écrits en français, entre le début du XXe siècle et la Grande Guerre, sont devenus des classiques du genre. Apparus entre 1905 et 1913, les personnages de Fantômas (Marcel Allain et Pierre Souvestre), Rouletabille (Gaston Leroux) et Arsène Lupin (Maurice Leblanc) sont inséparables de ce qu'on a appelé la Belle Époque. C'est à cerner les caractéristiques des origines du genre du roman policier français à énigme, que s'attache cet ouvrage. Revue et profondément remaniée, cette nouvelle édition d'un essai d'un des meilleurs connaisseurs du domaine, reprend sa place au sein des nombreuses, et inégales, publications de ces quinze dernières années : celle d'un classique qui retiendra l'attention tant des amateurs de polars, que des chercheurs.