Jean de Palacio
Jean de Palacio
Et si la séparation était la plus cruelle des tragédies ? Journal de Bérénice revisite le mythe racinien à travers un dialogue apocryphe entre la reine et un lecteur moderne.
La renaissance de la pantomime et la prolifération du Pierrot sont un des signes culturels révélateurs de l'esprit fin-de-siècle. Derrière ce personnage au corps absent, au sexe incertain, à la virilité problématique, au visage caché sous le masque et au langage disparu, se profile la difficulté d'être commune aux époques dites de Décadence. A la fin du XIXe siècle, Pierrot pouvait, mieux qu'un autre, incarner cette masculinité en perdition : figure solitaire et vaincue, tour à tour dandy glacé, éternel mari et crucifié dérisoire, toujours promis à la potence ou à la guillotine, il troque alors, comme l'a si bien remarqué Baudelaire, sa jovialité italienne ou française pour le macabre britannique, et se trouve même projeté jusqu'aux confins du satanisme. L'image, avec Chéret, Willette et Mossa, achève de répandre et de transformer un rôle en pleine mutation. « Les pierrots ne dépassent pas quarante ans et meurent comme ceux des rues, sans laisser de traces. Parcourez les parcs de Watteau où ils sont foule de neige, jamais vous n'en verrez de vieux », écrivait Adolphe Willette. Ce sont pourtant ces traces que ce livre a voulu recueillir, constituant en fait les fins dernières de Pierrot.
Mary + Shelley : deux parties pour un même nom, celui d'une femme, épouse, mère, écrivain, née à la fin du XVIIIe et morte dans la seconde moitié du XIXe. Mais l'écrivain ne fut-elle pas partiellement rejetée dans l'ombre de Percy Shelley, son époux ? Qui fut véritablement cette romancière, nouvelliste, dramaturge, poétesse, essayiste, biographe, qui écrivit aussi plusieurs récits de voyage ? De sa formation de romancière à ses opinions politiques, sociales, religieuses, etc. en passant par son style, Jean de Palacio dépeint Mary Shelley dans toute sa complexité.
« Déjà, des mots manquaient, la confusion s'installait, des verbes indispensables avaient disparu. Si l'on pouvait encore dire : "plus", on ne savait aujourd'hui dire : "moins". La perte irrémédiable du verbe « penser » privait la conscience de toute autonomie conceptuelle. Mais d'autres mots proliféraient, comme des cellules cancéreuses. Un fait notable était la multiplication du mot "cendre", devenu aussi nombreux qu'il y avait d'objets brûlés : arbre, maison, papier, le terme changeait selon la nature de la combustion. Un vocable existait même pour signifier la cendre ayant gardé la forme de la chose calcinée. Il en résultait une langue incendiée, inflammable comme de l'amadou, un désastre linguistique sans précédent. » Maurice Guilhon est sauveteur de langues, cueillant et consignant inlassablement les vocabulaires en danger afin de sauver autant de langues que possible de la disparition de leurs locuteurs. Alors qu'une femme insaisissable et silencieuse bouscule sa vie, une étrange maladie frappe les dictionnaires. Des temps entiers disparaissent, des pans complets de vocabulaire s'effacent des pages des livres... Une réflexion sur le patrimoine linguistique mondial, menée dans une langue d'une saveur rare. Un régal.
Le dernier ouvrage publié en France sur William Godwin remontait à 1913. Et jusqu'ici, on avait surtout vu en lui le Philosophe des Lumières et l'écrivain politique. La présente étude s'attache avant tout à l'écriture romanesque et à ce qu'elle révèle touchant les situations familiales vécues de manière conflictuelle. En réaction contre l'idée reçue de la froideur de l'écrivain ; utilisant en partie les travaux de Foucault, de Mendel et de Bettelheim, elle s'efforce de déterminer toutes les implications de la figure du père, jusqu'aux confins de l'aliénation et de la folie.
Chrétien d'Artevelde et Christian d'Aquilaverde, outre une ressemblance physique étonnante, partagent de lointaines origines hispaniques et un goût prononcé pour la musique. Sans jamais s'être croisés, ils tomberont sous le charme de la même femme, Lavinia Amfortas, sculpteur de monuments funéraires. La sculpture et la musique font ici le lien entre l'Espagne, l'Autriche et Paris, où se multiplient les rendez-vous et les rencontres manqués. La dernière rencontre sera mortelle. Ce roman à codes hautement symboliques mêle la légende anglaise du Changeling, celle, germanique, du Doppelgänger et l'Énéide de Virgile. Avec une grande maîtrise, Jean de Palacio met en scène l'enfant Cupidon, porteur d'amour... et de mort. « Chez Jean de Palacio, la culture n'est jamais étalage, ou ornementation gratuite. Les oeuvres vues, lues et entendues ont façonné son univers mental, établissant entre elles des correspondances. Dans ses romans, les créations de l'art et de la littérature se répondent, et construisent un univers extrêmement cohérent, où tout semble faire signe au lecteur. La citation est ainsi non pas pièce rajoutée, mais pierre nécessaire à la construction de l'édifice sémantique qui s'élabore tout au long du roman, jusqu'à l'harmonie finale, où chaque détail, comme dans une fresque, a contribué à la signification harmonieuse de l'ensemble. »