Jean-jacques Marie
Jean-jacques Marie
Un homme se jette d'une fenêtre d'HLM et se fracasse sur une poubelle. Dans l'immeuble d'en face, le narrateur et Uranie, qui frappe ses manuscrits, sont témoins du suicide. La jeune fille s'enfuit. Le roman raconte l'attente de son retour. Il nous dit aussi ce que deviennent les corps de tous ceux qui, de leur ciel d'HLM ou d'ailleurs, tombent dans des poubelles. « Il fallait qu'il conçoive la plus grande organisation logistique de tous les temps pour boucher le trou dans un délai record. Il imagina le ramassage d'urgence de tous les volants, supprimant le bouchage individuel au profit de celui du trou Bidou. Menace pour la population. Réquisition. Le monde ne pouvait être un trou. La quantité d'hommes volants qui s'écrasaient était très insuffisante. Il créa les conditions nécessaires à l'augmentation fracassante du nombre de suicidés par cette voie. Il fallait les détourner, les empêcher de creuser, les transporter. Alors il offrit aux femmes grosses déjà conductrices, des récompenses divines pour disposer des pièges-poubelles à hommes volants. Pour happer les élus. Amen. » Réalité et imaginaire, vie, écriture, s'interpénètrent et composent l'univers de ce roman dont l'auteur pourrait bien être un démiurge « boucheur de trou d'absolu ».
Claude Marie puise la drôlerie et la violence poétique de son écriture dans la culture marginale qui s'exprime par le tag, le rock, la bande dessinée, la vidéo... Symbole d'une jeunesse en révolte, l'ébouteur refuse une société faite pour ceux qu'il perçoit, au travers de sa haine, comme des Binious ; des individus au ventre gonflé de satisfaction, des outres creuses à la pensée unique, clones d'humanité qui prolifèrent et substituent à la parole l'insupportable bruit de leurs « pipes » bavardes. Dans un monde où les mots ont perdu leur sens, la violence physique est pour l'ébouteur le seul moyen de s'exprimer et de survivre. Armé de son Opinel, ce terroriste solitaire, traqué par le commissaire Ludion, crève obstinément les panses des Binious. Ce roman policier désopilant et terrible décrit une société de manipulation, dominée par l'idéologie biniouse et sa médiatisation, le voyeurisme morbide et la bêtise du discours ambiant.
Fondé sur des documents d'archives, entrouverts depuis peu et à ce jour peu utilisés, cet ouvrage présente le goulag tel qu'il est défini, vu et décrit dans les circulaires ultra-confidentielles de ses fondateurs et maîtres, ainsi que son organisation, de sa proclamation en 1930 (avec ses antécédents) à 1954, date de sa dislocation, comme organisateur du travail forcé et instrument de la répression de masse. L'auteur étudie aussi le rôle économique du goulag en temps de paix, mais aussi son rôle en temps de guerre où nombre de détenus libérés ont été envoyés dans les usines d'armement ou sur le front. Dureté du régime en place, conditions climatiques qui pouvaient coûter la vie aux uns ou la sauver aux autres, le goulag a deux faces : celle des victimes et celle des bourreaux.
Depuis l'invasion de l'URSS par l'Allemagne, la propagande et à sa suite l'historiographie soviétiques présentent le pacte germano-soviétique comme le fruit de la suprême habileté de Staline : devant le refus manifesté par la France et l'Angleterre de s'entendre avec l'Union soviétique contre le péril nazi, Staline aurait choisi de gagner du temps afin de mieux préparer son pays à l'inévitable guerre entre le fascisme et le progressisme et c'est grâce à ce sursis qu'il aurait ensuite gagné la guerre. Le malheur c'est que toute la documentation (ouverture de nombreuses archives jusqu'alors restées secrètes, documents du Comintern, mémoires de multiples protagonistes soviétiques...), apparue à partir de 1989-1990, prouve que Staline a mené un double jeu de 1933 à 1939. Il a exploré à la fois la possibilité d'une alliance avec les démocraties occidentales et avec l'Allemagne nazie, qu'il a régulièrement sondée. Sa proposition de collaboration séduit immédiatement Hitler, qui l'accepte en août 1939. Cela lui permet d'annexer sans coup férir la moitié de la Pologne et les pays Baltes, d'attaquer la Finlande, de récupérer la Bessarabie et même d'envisager le ralliement de l'URSS au pacte tripartite des pays fascistes et la dissolution du Comintern, que Hitler n'a cessé de dénoncer. Jusqu'à la veille du déclenchement de Barbarossa, le 22 juin 1941, l'Allemagne a été inlassablement approvisionnée en matières premières soviétiques. La confiance absolue de Staline en la parole de Hitler et la désorganisation de l'armée suffisent à expliquer la sidération et l'impuissance qui se sont emparées de Staline et de l'Union soviétique. Fruit de longues recherches dans une documentation multilingue, cet ouvrage apporte une révision décisive du plus grand mensonge historique du XXe siècle.
De la révolution d'octobre 1917 à 1922, la guerre civile russe fait des ravages : millions de morts, épidémies, famine, terreur et déportation. Face aux bolcheviks et aux monarchistes, une troisième force, issue du monde rural, émerge. En mars 1917, mutineries et jacqueries submergent la Russie, le tsar Nicolas II abdique, Lénine et les bolcheviks prennent le pouvoir. Ce sont les Rouges. En décembre, des généraux proscrits commencent à lutter pour le retour du régime tsariste. En un an, du Caucase à la Sibérie, ils sont des centaines de milliers sous les drapeaux de Dénikine, Koltchak ou Wrangel. Ce sont les Blancs. Face à la terreur bolchévique, bandes de pillards et paysans se révoltent à leur tour. Refusant la circonscription et la réquisition de récoltes, ils se déclarent pour la liberté du commerce et contre la dictature de la ville. Ce sont les Verts. À la lumière de documents russes inédits en français, Jean-Jacques Marie revisite le récit d'une guerre civile qui plonge la Russie dans le chaos et voit la disparition d'un monde qu'on croyait éternel.
De 1917 à 1922, la guerre civile a ravagé la Russie. En octobre 1917, les bolcheviks ? les Rouges ? prennent le pouvoir. Les Blancs, commandés par des généraux de l'ancienne armée, s'organisent pour les renverser. Les paysans se révoltent et créent des bandes de partisans, les « Verts », engagés eux aussi dans la lutte. L'Armée rouge, de près de cinq millions d'hommes, éliminera une à une les armées blanches jusqu'en novembre 1920. Les Blancs, persuadés que les bolcheviks ne résisteraient pas, soutenus par l'Entente mais ravagés par des divisions politiques et militaires, se demanderont longtemps comment ils ont pu perdre une guerre dont ils s'étaient vus tant de fois les vainqueurs.
Le 23 janvier 1917, une grève spontanée d'ouvrières du textile entraîne les métallos voisins et les partis révolutionnaires réticents, et débouche sur l'abdication du tsar et la constitution du premier soviet. Les femmes accèdent soudain à des fonctions dirigeantes. Premier livre à s'intéresser à leur rôle dans la révolution russe, le travail de Jean-Jacques Marie brosse une galerie de portraits hauts en couleur, mais surtout éclaire la façon dont l'émancipation des femmes est intimement liée à la rupture historique de 1905-1917. Il retrace cette lutte, ses avancées, décrit ses égéries et le changement de mœurs qu'elles imposèrent. Il permet ainsi de dégager quelques grandes figures de femmes révolutionnaires, des héroïnes populistes – troquant la volonté utopique d' " instruire le peuple " contre la tentative d'abattre les dignitaires du régime (Sofia Perovskaia, Vera Figner) – aux respectueuses pétitionnaires fusillées ou sabrées du Dimanche rouge. Il revient sur le passage de l'acte individuel héroïque à l'action collective dans un monde soudain en mouvement (Maria Spiridonova, Inessa Armand, Alexandra Kollontaï), mais aussi sur le choc de la mobilisation et de la guerre. Qu'elles soient commissaire aux armées, théoricienne, agitatrice, chef de guerre, journaliste engagée, terroriste ou à la tête de bandes insurgées, l'irruption de ces femmes accompagne un changement législatif et social radical, du droit de vote et de l'éligibilité à toutes les fonctions au droit à l'avortement, immenses avancées vers l'égalité qui furent, comme tant d'autres, piétinées par Staline. Jean-Jacques Marie est un des plus grands historiens du communisme. Il est l'auteur de grandes biographies (Lénine, Trotsky, Staline, Béria...) et a notamment publié au Seuil Le Fils oublié de Trotsky (2012).
« Camarades qui souffrez sous le joug stalino-fasciste ! […] Toutes les libertés démocratiques sont anéanties. Les préceptes de Lénine sont bafoués. Camarades, dressez-vous pour le combat. Anéantissez la bête sauvage Hitler et ensuite renversez Staline ! Vive la grande révolution populaire. » Sous le règne de Staline, et malgré la terreur d’État, des groupes de 4 à 17 gamins, âgés de 10 à 16 ans, se forment, partout en URSS. Souvent au nom de l’idéal léniniste et de la révolution bolchevique, ils critiquent violemment le régime du petit père des peuples. Leurs actions sont modestes : réunions en petits comités, distribution de tracts… Ces jeunes ne semblent pas présenter de grand risque. Ils seront pourtant pourchassés, appréhendés et envoyés au goulag... Qui étaient ces gamins ? Pourquoi effrayaient-ils tant Staline ? Ce livre raconte pour la première fois le sort de ces dissidents en herbe. Grand spécialiste de l’histoire soviétique, Jean-Jacques Marie est notamment le biographe de Lénine, Trotsky, Staline et Béria. Son dernier livre au Seuil, Les Femmes dans la révolution russe (2017), avait été salué par la critique.
L'ouverture des archives russes, il y a dix ans, permet de porter un regard neuf sur les grands personnages de l'histoire soviétique, à commencer bien sûr par Staline, l'une des figures les plus énigmatiques de l'histoire du xxe siècle. Comprendre l'homme des épurations politiques et physiques, des procès truqués, des millions de morts au cours de la famine de 1932-1933, de la déportation d'une quinzaine de peuples, du Goulag, de la guerre froide, c'est aussi reprendre sous un autre angle la question de l' « oeuvre noire » du communisme. Qu'aurait-il été, ce communisme, s'il n'avait eu à sa tête un Géorgien à l'enfance miséreuse et battu par un père alcoolique, sauvé par une éducation religieuse et rigoriste chez les pères orthodoxes ? Le parcours de cet ancien séminariste de Tiflis qui, une fois au pouvoir, s'est acharné à pourchasser et massacrer les communistes en URSS et de par le monde, est fascinant. Comment cet homme peu doué pour l'idéologie a-t-il petit à petit tissé sa toile dans l'appareil ? Par quel étrange paradoxe a-t-il repris à son compte des méthodes et des exactions dont il avait été le témoin ou la victime sous le régime du tsar au début de son engagement politique ? La biographie que nous propose Jean-Jacques Marie, extrêmement documentée et nourrie à des sources jusqu'ici inaccessibles, s'inscrit dans la meilleure tradition narrative, celle qui capte l'attention du lecteur par la précision du mot et la rigueur de la construction. Jean-Jacques Marie est l'un des meilleurs spécialistes français de l'ex-URSS. Depuis Les Paroles qui ébranlèrent le monde (1968), il a consacré diverses études à l'histoire du communisme, et notamment à Trotsky (1985), aux peuples déportés d'Union soviétique (1996) et au Goulag (1999).
L'ouverture des archives russes, il y a dix ans, permet de porter un regard neuf sur les grands personnages de l'histoire soviétique, à commencer bien sûr par Staline, l'une des figures les plus énigmatiques de l'histoire du XXe siècle. Comprendre l'homme des épurations politiques et physiques, des procès truqués, des millions de morts au cours de la famine de 1932 - 1933, de la déportation d'une quinzaine de peuples, du Goulag, de la guerre froide, c'est aussi reprendre sous un autre angle la question de l' " oeuvre noire " du communisme. Qu'aurait-il été, ce communisme, s'il n'avait eu à sa tête un Géorgien à l'enfance miséreuse et battu par un père alcoolique, sauvé par une éducation religieuse et rigoriste chez les pères orthodoxes ? Le parcours de cet ancien séminariste de Tiflis qui, une fois au pouvoir, s'est acharné à pourchasser et massacrer les communistes en URSS et de par le monde, est fascinant. Comment cet homme peu doué pour l'idéologie a-t-il petit à petit tissé sa toile dans l'appareil ? Par quel étrange paradoxe a-t-il repris à son compte des méthodes et des exactions dont il avait été le témoin ou la victime sous le régime du tsar au début de son engagement politique ? La biographie que nous propose Jean-Jacques Marie, extrêmement documentée et nourrie à des sources jusqu'ici inaccessibles, s'inscrit dans la meilleure tradition narrative, celle qui capte l'attention du lecteur par la précision du mot et la rigueur de la construction.
L'ouverture des archives russes, il y a dix ans, permet de porter un regard neuf sur les grands personnages de l'histoire soviétique, à commencer bien sûr par Staline, l'une des figures les plus énigmatiques de l'histoire du XXe siècle. Comprendre l'homme des épurations politiques et physiques, des procès truqués, des millions de morts au cours de la famine de 1932 - 1933, de la déportation d'une quinzaine de peuples, du Goulag, de la guerre froide, c'est aussi reprendre sous un autre angle la question de l' " oeuvre noire " du communisme. Qu'aurait-il été, ce communisme, s'il n'avait eu à sa tête un Géorgien à l'enfance miséreuse et battu par un père alcoolique, sauvé par une éducation religieuse et rigoriste chez les pères orthodoxes ? Le parcours de cet ancien séminariste de Tiflis qui, une fois au pouvoir, s'est acharné à pourchasser et massacrer les communistes en URSS et de par le monde, est fascinant. Comment cet homme peu doué pour l'idéologie a-t-il petit à petit tissé sa toile dans l'appareil ? Par quel étrange paradoxe a-t-il repris à son compte des méthodes et des exactions dont il avait été le témoin ou la victime sous le régime du tsar au début de son engagement politique ? La biographie que nous propose Jean-Jacques Marie, extrêmement documentée et nourrie à des sources jusqu'ici inaccessibles, s'inscrit dans la meilleure tradition narrative, celle qui capte l'attention du lecteur par la précision du mot et la rigueur de la construction.
"Les Presses Universitaires de France et Frémeaux & Associés proposent cette biographie de Lénine, analysée et expliquée Jean-Jacques Marie, historien français spécialiste de l'URSS. Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine, l'une des figures les plus influentes du XXe siècle, va orchestrer la révolution russe et du même coup changer la face du monde. Mais qui était ce révolutionnaire avant les événements de 1917 ? Distinguant le Lénine historique du Lénine mythique, Jean-Jacques Marie nous donne à voir un intellectuel issu de la petite noblesse russe, idéologue de l'action plutôt qu'homme d'action, devenu pour l'Histoire l'incarnation de la Révolution. Claude Colombini Frémeaux Partie 1 : La Russie tsariste : La Russie tsariste - La fin du servage - Les origines de Vladimir Oulianov - Industrialisation russe et début des protestations ouvrières - Bolcheviks et mencheviks - Grève générale et création des soviets. Partie 2 : La Grande Guerre : Lénine pendant l'exil - Le mouvement vers la Grande Guerre - Émeutes paysannes - Raspoutine, moine miraculeux - Révolution de Février - Abdication du tsar Nicolas II - Lénine, chef de la fraction bolchévique. Partie 3 : La révolution d'Octobre : Les partis en présence en 1917 - Premier congrès des soviets - La chasse aux bolcheviks, Lénine passe à la clandestinité - Révolution d'Octobre, les bolchéviks au pouvoir - Insurrections contrerévolutionnaires. Partie 4 : Le gouvernement soviétique : Guerre civile et crise alimentaire - Combat international contre la révolution - Léon Trotski, chef de l'Armée Rouge - Famine de 1920-1921 - Staline, secrétaire général du comité central en avril 1922 - L'héritage de Lénine."
"Les Presses Universitaires de France et Frémeaux & Associés proposent cette biographie de Lénine, analysée et expliquée Jean-Jacques Marie, historien français spécialiste de l'URSS. Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine, l'une des figures les plus influentes du XXe siècle, va orchestrer la révolution russe et du même coup changer la face du monde. Mais qui était ce révolutionnaire avant les événements de 1917 ? Distinguant le Lénine historique du Lénine mythique, Jean-Jacques Marie nous donne à voir un intellectuel issu de la petite noblesse russe, idéologue de l'action plutôt qu'homme d'action, devenu pour l'Histoire l'incarnation de la Révolution. Claude Colombini Frémeaux Partie 1 : La Russie tsariste : La Russie tsariste - La fin du servage - Les origines de Vladimir Oulianov - Industrialisation russe et début des protestations ouvrières - Bolcheviks et mencheviks - Grève générale et création des soviets. Partie 2 : La Grande Guerre : Lénine pendant l'exil - Le mouvement vers la Grande Guerre - Émeutes paysannes - Raspoutine, moine miraculeux - Révolution de Février - Abdication du tsar Nicolas II - Lénine, chef de la fraction bolchévique. Partie 3 : La révolution d'Octobre : Les partis en présence en 1917 - Premier congrès des soviets - La chasse aux bolcheviks, Lénine passe à la clandestinité - Révolution d'Octobre, les bolchéviks au pouvoir - Insurrections contrerévolutionnaires. Partie 4 : Le gouvernement soviétique : Guerre civile et crise alimentaire - Combat international contre la révolution - Léon Trotski, chef de l'Armée Rouge - Famine de 1920-1921 - Staline, secrétaire général du comité central en avril 1922 - L'héritage de Lénine."
De 1938 à 1953, Lavrenti Beria a été un rouage essentiel du système stalinien, qu'il a ensuite tenté d'amender avant de payer de sa vie cette tentative avortée. Manipulateur, d'une cruauté sans bornes, c'est ainsi qu'il entra dans l'histoire. Or, la figure de Beria s'avère au regard des faits et à l'analyse bien plus complexe : bourreau certes, mais aussi fin politique. Fils de paysans misérables, il connaît une ascension fulgurante. Flanqué d'une cohorte de tortionnaires, il dirige la police politique soviétique, le NKVD, pendant sept années décisives (1938-1945) au cours desquelles la nomenklatura consolide son pouvoir. Il organise la déportation meurtrière des peuples du Caucase, planifie les meurtres de Trotsky et de ses ennemis politiques. Mais, à la mort de Staline, Beria est le premier à saisir que le régime, à bout de souffle, ne peut survivre qu'en desserrant le carcan de la terreur policière. Il commence a démanteler le goulag, propose la réunification de l'Allemagne ; en somme, des mesures annonciatrices de la pérestroïka gorbatchévienne. Nommé ministre de l'Intérieur en mars 1953, il est arrêté par ses pairs en juin et fusillé en décembre pour un complot infondé. A l'appui de nombreux documents d'archives rendus publics à la chute de l'Union soviétique, Jean-Jacques Marie brosse le portrait complet de l'un des acteurs majeurs de l'URSS sous Staline.
L'antisémitisme russe n'a rien d'un phénomène inconnu mais il a fait l'objet de toutes les controverses, de tous les contresens, de toutes les exagérations comme de tous les camouflages. L'antisémitisme a joué un rôle essentiel et public dans la Russie tsariste où sont nés, sous la plume des policiers et des propagandistes d'extrême droite, les deux grands mythes du « complot juif mondial » puis du « judéo-bolchevisme », repris par les nazis. Après une interruption due à la révolution il a ressurgi, à la fois agressif et honteux - quoique souvent présenté de façon apocalyptique - dans l'Union soviétique de Staline, Khrouchtchev et Brejnev et, après un exode massif des juifs, retrouve une virulence nouvelle dans la Russie dite démocratique du président Poutine. Spécialiste de la Russie contemporaine, Jean-Jacques Marie livre ici une synthèse réfléchie et sans concession de cette question difficile. Il dresse un tableau détaillé de la période tsariste, de la fin du xviiie siècle au début du xxe siècle, revient sur les politiques de confinement, de conversions forcées et de pogromes mises en oeuvre par les différents régimes pour exclure la population juive de l'empire ou la réduire à un statut d'émigrés de l'intérieur ou de l'extérieur.
Trotsky eut deux fils. Les biographes connaissent l'histoire tragique de l'aîné, Léon Sedov, militant actif de la IVe Internationale, qui suivit son père dès le début de son exil, en 1929. Il fut assassiné par le NKVD en 1938 dans une clinique parisienne. Mais on ignorait le destin de Serge Sedov, le cadet, présenté par ses proches comme " apolitique ", et resté en URSS malgré le départ forcé de son père et la traque lancée contre lui. Comme le révèle ce livre, ce supposé apolitisme a permis de masquer longtemps la vérité. Car Serge Sedov, s'il préférait le football aux arcanes du parti bolchevik, fut bel et bien victime d'une machination de la police politique de Staline. Accusé d'avoir " empoisonné des ouvriers " et organisé des sabotages, il refusera d'endosser ces charges extravagantes et d'avouer la moindre culpabilité. Il échappera donc au procès public, au cours duquel les staliniens souhaitaient voir son nom traîné dans la boue, mais pas au jugement ni à la sentence : il sera fusillé le 29 octobre 1937. Il priva ainsi Staline d'une part de sa vengeance, mais Trotsky, lui, n'en sut jamais rien. Grâce à des archives inédites, ce livre reconstitue pour la première fois les derniers mois d'une victime des grandes purges de la fin des années 1930, une victime tombée dans l'oubli, dont le seul crime fut d'avoir été le fils de son père. De sa biographie de Staline (Seuil, 1967) jusqu'à son tout récent Lénine ou la révolution permanente (Payot, 2011), Jean-Jacques Marie est l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire de l'URSS.