Joëlle Dalègre
Joëlle Dalègre
Les Crétois ont vécu près de cinq siècles sous domination vénitienne, du début du xiiie siècle au milieu du xviie. Ce fut une véritable entreprise de colonisation : un pays étranger et lointain débarque, prend le pouvoir, s'arroge les meilleures terres qu'il distribue à ses colons, établit son administration ses règles, ses impôts, sa justice, sa religion, sa langue, ses divisions sociales, ses principes économiques... à son avantage. Un système centralisé, contrôlé, mais capable d'évoluer au fil du temps en prenant conscience des réalités. C'est l'objet des premiers chapitres. C'est aussi une expérience humaine exceptionnelle de coexistence entre deux populations, où à la fois s'affirment et se mêlent les identités. Les Crétois n'ont jamais réellement accepté la domination, près de trente révoltes le prouvent, et les Vénitiens jusqu'au bout se méfient d'eux et refusent de leur confier des armes pour la défense de l'île. Néanmoins, les populations se côtoient, des mariages mixtes ont lieu, des églises s'ouvrent aux deux cultes, et les contacts culturels se multiplient ; c'est ainsi que naîtra la Renaissance crétoise, floraison artistique unique. Les colons, toujours minoritaires, sont-ils encore des « colons » au bout de plusieurs siècles ? La Crète, après Venise, est-elle différente ? Ces phénomènes qui touchent à l'humain forment la seconde partie du livre, qui ne peut que se clore sur la conquête turque.
La Grèce de 1940, c'est un pays socialement, économiquement et politiquement "en voie de développement", la Grèce de 2005, c'est un Etat européen démocratique, qui attire des centaines de milliers de travailleurs étrangers et qui vient d'accueillir les Jeux Olympiques. Son entrée dans la CEE en 1981 a inauguré une ère nouvelle, ce n'est plus le pays pauvre de 1941, ni le paradis exotique des Zorbas des années 1960 ; les adolescents grecs comme les touristes étrangers imaginent difficilement le chemin parcouru en un demi-siècle.
L'ouvrage se fonde sur des données statistiques éclairées par l'histoire pour retracer un siècle de tragédies vécu par les populations de la partie de la Macédoine intégrée à la Grèce en 1913. Il aide à comprendre pourquoi la Grèce refuse le nom de « Macédoine » à l'ex-République yougoslave de Macédoine et au-delà, les difficultés de coexistence entre populations dans l'ensemble des Balkans, du Caucase ou même de l'Ukraine.
Ce livre décrypte les phénomènes et les stéréotypes dominants concernant la Grèce et apporte des compléments, souvent introuvables par ailleurs, sur les réalités. Il peut se lire au niveau de l'Europe et à celui de la Grèce, considérée à la fois comme laboratoire expérimental des recettes néolibérales et comme cas particulier. Pourquoi la Grèce a-t-elle été élue premier "maillon faible" ? En quoi consiste son "sauvetage" ? Pourquoi persister dans un traitement destructeur ? La Grèce change-t-elle et en quoi ?
Aider à comprendre la complexité de la situation actuelle entre la Grèce, la Turquie et Chypre à la lumière d'un siècle d'histoire, tel est l'objet de ce livre. Avec clarté et précision, Joëlle Dalègre expose ainsi, à travers périodes de crise et de détente, les points précis sur lesquels les deux pays s'affrontent en Méditerranée orientale et en mer Égée depuis la fin de l'Empire ottoman, ainsi que l'évolution récente de leur situation dans le nouveau contexte géopolitique de l'Europe et du Proche-Orient. Au-delà des échanges culturels, touristiques et commerciaux qui lient les deux pays, il s'agit d'analyser l'image que chacun des peuples a appris à se faire de l'Autre. Les relations diplomatiques sont aussi affaire de relations humaines entre les peuples.