Julien Cheverny
Julien Cheverny
L'Occidentale évoluée de la seconde moitié du XXe siècle, ne prétend pas seulement aux franchises dont disposait la femme celte, ni aux hommages courtois qui s'adressaient à la dame occitane. Elle ne revendique pas seulement les libertés intellectuelles d'une précieuse, ni les libertés sexuelles d'une marquise libertine. Les droits politiques de la suffragette ne lui suffisent plus. Elle se réclame des principes de la maternité volontaire et de l'accouplement stérile. Bourgeoise ou travailleuse, mais toujours malthusienne, avec l'abstinence en moins et l'orgasme en plus, elle entend aussi bénéficier - à plein - des dissociations modernes du coït et de la passion, de la jouissance et du mariage, de la reproduction et du sexe. Sans trop se l'avouer - et surtout sans le crier à tue tête - elle oserait presque espérer sortir seule, indemne, d'une crise de civilisation que chacun constate, mais dont nul n'a la clé. Elle aspirerait presque à se révéler seule capable de donner au monde un nouveau départ, et de lui imposer un nouveau régime. Cet essai n'est pas seulement une analyse sociologique du matriarcat triomphant et de la fin du pouvoir mâle. Avec ce mélange de verve et de sérieux, qui a fait la réputation de ses précédents ouvrages - et notamment de sa monumentale "Sexologie de l'Occident" - Julien Cheverny dénonce le mythe du couple « moderne », dont la seule fonction est d'aider l'individu de sexe masculin à mieux supporter son déclin.
Dans cet essai Julien Cheverny renvoie dos à dos la IVe et la Ve Républiques, le régime en place et l'opposition, le social copinage des uns et le national-affairisme des autres. Dans ce pamphlet brillant, l'État que de Gaulle nous a légué apparaît aussi inefficace qu'arbitraire et finalement aussi faible que désordonné, première constatation ; la société politique qu'il gère où le désarroi soupçonneux des gouvernants le dispute à l'indifférence hargneuse des gouvernés, s'affirme essentiellement babélienne. Dès lors, les infrastructures intellectuelles et pédagogiques s'écroulent, la loi de force est seule respectée quand chacun prétend se faire justice à soi-même, règne la confusion des langages politiques. Un fascisme rose, un nihilisme de juste milieu n'est-ce pas ainsi que se profile le proche avenir français ? Telle est l'interrogation dernière d'un ouvrage dont le pessimisme participe plus du stimulant et du défi que de l'invitation à l'abdication et au suicide.