Julien Leschiera
Julien Leschiera
Le narrateur de L'Épris littéraire se laisse entraîner dans l'appartement où vit reclus un authentique clone de Marcel Proust. Rien ne manque : calfeutrage, tisane, paperolles éparses, physique déconfit, quintes de toux et mobilier d'époque. L'endroit se visite comme une étape touristique dont il devient un habitué. Mais c'est vers Céleste, digne copie de la bonne de la Recherche, que notre narrateur, un romancier aussi charitable qu'en panne d'inspiration, ne tarde pas à braquer ses regards. Julien Leschiera nous sert sur un plateau un petit théâtre de la cruauté en exhibant l'asservissement psychique d'un individu consentant. Le récit étreint le lecteur avec l'inexorable patience d'un sable mouvant, l'appétit effroyable du boa qui engloutit la chèvre.
Ce premier roman ne contient pas une once de bonheur, c'est un feel bad book. C'est un roman poisseux, fait de renoncements et de lâcheté, où tout se règle au fond d'un cerveau contrefait, bien à l'abri des autres. C'est la triste vie d'un oisif ayant choisi de tout rater, sans jamais rien tenter, pour se tenir dans l'avachissement. Il n'y a pas de fin heureuse, pas de leçon valeureuse sur le courage ou la dignité, rien ni personne pour se raccrocher à un demi-sourire ou un semblant de bien-être..