Julien Stout
Julien Stout
Plus de quarante ans après un ouvrage paru dans la collection « Senefiance » consacré à La prière au Moyen Âge (1981), qui invitait des médiévistes importants de cette période à interroger la poétique de la prière, il ne se trouve aucune publication collective récente qui se soit donné l'objectif d'examiner l'oraison de langue d'oïl à partir d'un point de vue spécifiquement littéraire. Alors que les travaux d'histoire des idées et des croyances étudient régulièrement ces textes sous l'angle de leurs contenus spirituels et religieux, voire de leurs fonctions anthropologiques ou de leurs sources, ces oeuvres qui font pourtant partie intégrante du dynamisme de l'art littéraire médiéval restent encore souvent en marge de l'histoire des lettres - comme si leur dimension esthétique et formelle s'effaçait, aux yeux de la critique, devant le poids de leurs ambitions et de leurs destinations religieuses. Réunissant des médiévistes s'étant illustrés dans l'analyse de ce corpus, ce dossier repense la poétique et l'esthétique de la prière telle qu'elle s'exprime dans les principaux genres littéraires du Moyen Âge français (récit, poésie, chanson, théâtre). Il attire l'attention sur les prières originales de langue d'oïl, celles qui se posent à distance des cadres de la liturgie officielle et des modèles latins consacrés afin de proposer une expérience artistique et spirituelle nouvelle, qui soit propre à la jeune littérature française.
Et si l’auteur médiéval n’avait jamais disparu ? L’Auteur retrouvé revisite la naissance des recueils organisés autour de figures d’auteurs francophones au Moyen Âge central.
Plus de cinq cents ans après l'invention de l'imprimerie par Gutenberg, nous sommes habitués à considérer comme une évidence le fait qu'un livre contienne une seule oeuvre et qu'une oeuvre remplisse un seul volume. La tradition universitaire, qui consiste depuis ses origines à éditer les textes sous une forme indépendante les uns des autres, nous a elle aussi habitués à envisager les écrits du Moyen Âge comme des entités autonomes. Pourtant, au Moyen Âge, un texte bref n'est que rarement conservé dans un manuscrit dont il occuperait à lui seul la totalité des feuillets. Même s'ils ont été conçus de manière dissociée, ces textes sont en majorité transmis et lus dans des recueils réunissant un certain nombre de pièces. Durant tout le Moyen Âge, on les a donc copiés et recopiés dans des contextes manuscrits variables et chacune de ces réalisations, chaque nouvel environnement, entraîne des répercussions sur la façon dont ces écrits sont compris puisque le voisinage matériel qu'occasionne leur regroupement, les interférences qu'il suscite parfois, produit ou autorise des mises en relation toujours variées. Il est certes possible d'analyser ces diverses configurations comme autant d'états différents, mais il est aussi possible d'envisager l'ensemble qu'elles forment comme un processus résultant d'une expérience de la lecture radicalement différente de la nôtre. Afin de se rapprocher de celle-ci, on peut alors tirer profit d'un certain nombre de spécificités que présentent les recueils anciens qui, souvent, étonnent le lecteur moderne et permettent donc de toucher du doigt l'« altérité médiévale ».