Justine Lacroix
Justine Lacroix
Les droits de l'homme sont régulièrement assimilés à une bien-pensance qui conduirait à la crétinisation des esprits. La liberté de l'individu serait responsable de la dissolution des liens sociaux, de la montée des incivilités, de la domination néolibérale. Les droits contemporains signeraient la fin du politique, car ils ne seraient que des revendications égoïstes détachées de toute délibération collective. Il est temps de répondre à ce fatras de reproches. Non, les droits de l'homme ne font pas de nous des malotrus, ni de mauvais citoyens, et ils ne se confondent pas avec le néolibéralisme. Au contraire, il est urgent, aujourd'hui que la tentation autoritaire s'étend, de donner aux droits de l'homme leur pleine signification. Réplique aux confusions ambiantes, ce livre voudrait servir de boussole démocratique pour des temps troublés. Justine Lacroix est professeure de science politique à l'Université libre de Bruxelles. Jean-Yves Pranchère est professeur de philosophie politique à l'Université libre de Bruxelles. Ils ont publié ensemble Le Procès des droits de l'homme. Généalogie du scepticisme démocratique (Seuil, 2016).
La Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, proclamée le 7 décembre 2000, introduit le concept de « valeurs » dans le langage de l'Europe. Depuis lors, le répertoire qui lui est associé (dignité, liberté, égalité, solidarité, citoyenneté, justice) se caractérise par son omniprésence dans les stratégies de communication et de mobilisation des institutions, formant le principal pilier de légitimation de la construction européenne.À l'heure où l'association entre démocratie et État de droit ne semble plus aller de soi, où l'impératif de sécurité est souvent opposé au respect des libertés et où la libre circulation menace parfois les exigences de justice sociale, Justine Lacroix rappelle les liens indissociables entre liberté individuelle et autodétermination collective, insiste sur la nécessité de maintenir le sens des distinctions entre libéralisme et autoritarisme, et s'interroge sur la volonté de l'Union de construire un « espace de liberté, de sécurité et de justice ». La conviction qui anime cet ouvrage est que la pensée politique a un rôle à jouer pour élucider les vocables dont se réclament les Européens, tout en laissant une large part aux conflits d'interprétations qui sont au coeur de toute activité démocratique.
Dénonciation du narcissisme de l'individu épris de ses seuls droits, crainte d'une spirale de revendications infinie, rappel des exigences de la communauté familiale, sociale ou politique : la " religion des droits de l'homme " suscite de plus en plus ouvertement la contestation. En témoigne le succès de l'accusation de " droit-de-l'hommisme " destinée à fustiger l'oubli des contraintes de l'action politique. Ces attaques ne reflètent-elles que la constance, sous des formes voilées, de la pensée antidémocratique ? Si certaines émanent de catholiques conservateurs ou des tenants d'une nouvelle hypothèse communiste, elles sont toutefois aussi menées par des auteurs qui, de Marcel Gauchet à Régis Debray ou Jean-Claude Michéa, se réclament du républicanisme ou de la démocratie. À travers de nouveaux agencements, les arguments des uns et des autres reprennent les différentes figures prises par les critiques des Déclarations des droits de l'homme depuis 1789. Edmund Burke, Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Jeremy Bentham, Karl Marx, Auguste Comte et Carl Schmitt forment ici les repères d'une cartographie intellectuelle susceptible d'éclairer le sens de nos perplexités présentes. Prendre les droits de l'homme au sérieux suppose aussi de comprendre les objections qui leur sont adressées. Mais interroger les uns et les autres peut également conduire, sur les pas de Hannah Arendt, à tracer la voie d'une compréhension " politique " des droits de l'homme, susceptible de réfuter nombre des griefs qui leur sont opposés. Justine Lacroix est professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles. Elle a notamment publié La Pensée française à l'épreuve de l'Europe (Grasset, 2008). Jean-Yves Pranchère, philosophe, est professeur à l'Université libre de Bruxelles. Il est l'auteur de travaux sur la pensée contre-révolutionnaire, dont L'Autorité contre les Lumières : la philosophie de Joseph de Maistre (Droz, 2004).
Ce livre rhapsodique réunit des essais sur l'histoire, la culture, la philosophie, la littérature, la langue, des sciences modernes. Il s'agit, comme dans une éprouvette de chimiste, de provoquer des réactions entre ces diverses matières de pensée, dans l'espoir de voir se produire des combinaisons inédites et stimulantes. La science aujourd'hui est trop complexe quant à son travail propre, trop impliquée dans les rapports sociaux, trop liée aux formes idéologiques dominantes, pour n'ê
Depuis les deux campagnes référendaires de 1992 et de 2005, la construction européenne fait débat dans la pensée politique française. Mais ces polémiques sont au moins autant des discussions sur la nature d'une forme politique que sur l'objet européen en tant que tel. Plus précisément, c'est la question du lieu - au sens d'un territoire délimité par des frontières définies - qui est désormais au coeur de l'interrogation française sur la légitimité de l'intégration européenne. Avec ce paradoxe qui voit les uns fustiger une « Europe sans corps », qui serait incapable de circonscrire son ambition à un territoire défini, et les autres dénoncer une « Europe forteresse », qui consoliderait le principe de clôture instauré par l'Etat-nation. A l'arrière plan de cette question des frontières, on voit se dessiner une controverse plus fondamentale encore sur la signification à donner aux droits au sein d'un ensemble démocratique - que l'Europe soit perçue comme le symptôme d'une « religion du droit » qui minerait aujourd'hui la démocratie ou, au contraire, dénoncée pour son incapacité à rendre effectifs des droits de l'homme dont, pourtant, elle ne cesse de se réclamer.