Laurent Wirth
Laurent Wirth
La Troisième République est née dans le chaos et morte d'une défaite militaire. Deux destins individuels en sont représentatifs : François Julien Chatet, garde national fédéré pendant la Commune, fut arrêté à la fin de la « semaine sanglante ». Son arrière-petite-fille, Madeleine Aylmer, s'engagea dans la Résistance. Arrêtée en 1944, elle fut déportée à Ravensbrück, où elle donna naissance à Sylvie. De 1871 aux années de l'Occupation, ces deux fervents républicains ont tenu entre leurs mains le « fil de Marianne ». Ce fil aurait pu se rompre avant la défaite fatale de 1940. Mais l'idée républicaine a résisté en France et dans leur famille. Madeleine était la mère de Sophie Wirth.
24 février 2022 : pour la première fois depuis 1945, une guerre interétatique de haute intensité a éclaté en Europe, provoquant la sidération des Européens qui pensaient que cela n'était plus possible sur leur continent. Pourtant les signes précurseurs ne manquaient pas. Comme pour les guerres déclenchées en 1914 et en 1939, on peut parler, avec le recul, d'une marche fatale à la guerre dans les années qui l'ont précédée. Mais il faut prendre en compte aussi le ressenti de ceux qui ont vécu son irruption soudaine. Quelle est la part respective de la fatalité et de la sidération dans la perception collective du surgissement des deux guerres mondiales et, peut-être, d'une troisième dont nous vivrions les sinistres prémices ? Le titre de la pièce de Calderón, Le pire n'est pas toujours certain, ne doit pas nous faire oublier qu'il est toujours possible.
14 juillet 1790 : la fête de la Fédération réunit une foule immense autour de la garde nationale, sur le Champ-de Mars à Paris. 17 juillet 1791, cette même garde nationale ouvre le feu sur des manifestants. Une alternance rapide de discordes et de concordes semble scander l'histoire de France, depuis la scène primitive de la Révolution jusqu'à la crise démocratique actuelle. Les Français se déchirent de façon sanglante entre 1789 et 1871, plus théâtralisée sous la République. Le phénomène semble s'accélérer dans la période la plus récente. Été 2024 : en pleine crise politique nationale, après la dissolution de l'Assemblée, les Jeux olympiques de Paris sont comme « une parenthèse enchantée » : les Français communient dans une fierté nationale devant la réussite des jeux et les exploits de leurs champions... La France n'a sans doute pas l'exclusivité d'une culture du conflit, mais ses changements d'humeur aussi soudains qu'imprévus rendent perplexes ses voisins. Pour mieux comprendre cette spécificité française, l'auteur déroule le fil des crises et réconciliations depuis deux siècles et demi, analyse le rapport des Français à l'État et au pouvoir, leur passion égalitaire, leur sensibilité au contexte social ou international. Il analyse aussi le rôle des médias. La cyclothymie, constante de la vie politique française depuis 1790, est devenue dans le premier quart du XXIe siècle l'un des symptômes français d'un malaise démocratique plus large. Il est urgent d'en comprendre les racines. Laurent Wirth, agrégé et docteur en Histoire, a longtemps enseigné en classes préparatoires, puis été inspecteur général de l'Éducation nationale, et enfin doyen de l'Inspection générale. Parmi ses derniers ouvrages, Le destin de Babel. Une histoire européenne (A. Colin, 2021), La madeleine et le papillon. Le retour de 5 événements-monde (A. Colin, 2022).
À l'image des constructeurs de la tour de Babel, les populations européennes furent marquées du sceau de la diversité. Depuis l'invention de l'Europe par les Anciens, l'histoire du continent a été rythmée par de grandes pulsations entre unité et divisions. Les principes qui pouvaient faire son union portaient souvent en eux les germes de sa désunion : la chrétienté était grosse de schismes, les « Lumières » l'étaient de l'affirmation des nations, et la suprématie de l'Europe des rivalités entre ses puissances. La République des Lettres et l'Europe des Lumières se sont disloquées dans de terribles conflits, jusqu'aux grands massacres du xxe siècle qui ont fait de l'Europe le continent des ténèbres. Malgré une aspiration à l'unité et des rêves de « paix perpétuelle », l'histoire de l'Europe s'est largement écrite « par le fer et par le sang ». Une réflexion globale sur cette histoire, non seulement politique et sociale mais aussi culturelle, de l'Antiquité à nos jours, permet de comprendre la difficile construction de l'unité de l'Europe et d'une identité européenne, alors même que les identités se fondent généralement sur la démarcation, voire le rejet de l'altérité.
L'histoire se répète-t-elle et nous aide-t-elle à comprendre notre monde actuel ? À travers cinq événements-monde qui ont resurgi à la faveur de l'actualité, Laurent Wirth montre comment, par leur écho immédiat à travers le globe, ils ont contribué à l'exhumation du passé par la recherche de précédents historiques. Les cinq cas choisis illustrent un tel processus de résurgence : - L'incendie du Capitole par les Britanniques en 1814 auquel renvoie l'invasion du Capitole par les partisans de Trump, le 6 janvier 2021 - « L'année sans été » de 1816 / Les incendies monstres en Californie, en Australie et en Sibérie des années 2019-2020 - La Commune de 1871 / les mouvements de contestation et de révolte du printemps arabe, Occupy Wall Street, les Indignados espagnols, Hirak algérien... - La grippe espagnole de 1918 / la pandémie du Covid 19 - La photo choc en 2015 du corps du petit Syrien Aylan Kurdi sur une plage turque / la mise en place d'un Haut-commissariat aux réfugiés en 1921 dirigé par le Norvégien Fridjof Nansen Ces études éclairantes se situent dans une double dimension : spatiale, en prenant en compte la perspective mondiale qui fut celle de ces événements, dans l'esprit de l'histoire globale ; temporelle et mémorielle, en mettant l'accent sur le poids du présent dans la réactivation du passé.