Léon-Paul Fargue
Léon-Paul Fargue
Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. Publié en 1942, "Déjeuners de soleil" est un recueil nostalgique d'essais et de chroniques poétiques sur un Paris d'avant-guerre disparu: celui des artisans d'art, des omnibus, du tout jeune métro, de l'ancien Trocadéro, de la Loterie Nationale, du bottin du téléphone, etc., mais aussi celui plus récent des bouleversements que traversent la capitale et les parisiens sous l'Occupation. Fargue évoque aussi divers autres thèmes plus intemporels: le silence, la neige, le printemps, l'automne,... "Et, dans ce Paris silencieux, nostalgique, suspendu comme un mirage et qui se respire lui-même comme devait faire le palais de la Belle au Bois Dormant, tous ces bruits qu'on n'entendait plus sortent du temps, de leurs gîtes, de l'ombre d'un tournant de rue, d'une porte, se divisent et se rejoignent, comme des bêtes qui émergent de leur antre, l'une après l'autre, après l'orage. Cris des marchands et des bricoleurs, rires roulant comme les billes des enfants qui jouent et se poursuivent sur les chaussées libres, longuement dorées, où les voitures ne menacent plus, qu'on peut traverser en lisant son journal ; traînes des cloches qui pleurent doucement, chansons des musiciens ambulants et des racleurs, qui cheminent plus lentement au milieu de la rue en prenant le temps de lever les yeux vers chaque fenêtre." - Léon-Paul Fargue
Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. Faisant suite à "Déjeuners de soleil", "Dîners de lune", publié en 1952, est un autre recueil de chroniques nostalgiques et poétiques sur Paris et la vie parisienne des années 1930-1940. L'auteur du "Piéton de Paris" y traite du Musée Grévin, des Maisons Tellier, du Bal des Petits Lits Blancs, de la Haute couture, etc., mais aussi de divers sujets variés parfois graves, parfois légers: la féminité occidentale, l'argent, le stylographe ("Il y a dans le stylo un côté insecte domestique, cheval de course, des feux éteints, une forme réussie et un contact enfin qui séduisent les hommes de plume les plus attachés aux traditions"), le camping, le rapport entre les sexes fort et faible, le mal du siècle,... "Jadis, dans ma prose d'avant-guerre, j'écrivais que tout a pour but la solitude. Je suis sûr aujourd'hui de ne pas m'être trompé...", constate le poète.
Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. Consacré à la période 1943-1947, ce recueil de chroniques s'attache à décrire une époque aussi étrange qu'intemporelle. De l'exposition de New-York 1939 à la saison théâtrale 1946, du quartier parisien du Marais aux Phares de France, de Paul Valéry à Stéphane Mallarmé, de la Musique à la Bombe atomique, ces chroniques aussi poétiques que politiques du "Piéton de Paris" forment un document littéraire essentiel sur la vie parisienne à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. Publié en 1944 à Marseille, ces chroniques littéraires, véritable recueil de poèmes en prose, s'attache à décrire Paris sous l'Occupation (1941-1943). L'auteur du "Piéton de Paris" y mêle souvenirs d'enfance, essais littéraires et portraits d'artistes (le Symbolisme, Stéphane Mallarmé, Victor Hugo, Réjane, Ernst Meissonier, Marcel Prévost,...), choses vues et scènes de la vie quotidienne (les fiacres des boulevards, les soirées de printemps,...), réflexions érudites (sur la poésie, la musique, la peinture,...) et commentaires intemporels sur l'actualité de son temps (la politique, l'art, la mode,...). "Donc, je me promène, et, naturellement, je rêve en me promenant. Si Paris, le soir, s'enroule de deuil, il rayonne le jour comme si l'enfantement de l'Histoire ne lui travaillait pas, à lui aussi, les tripes. Il y a dans les pas, le guet des yeux, l'ondulation des hanches, la grâce des cous, le choix des cravates et des écharpes, une allégresse quand même et le voeu de revivre" - Léon-Paul Fargue
Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. En 1943, marié depuis peu avec la peintre Chériane, Léon-Paul Fargue est frappé d'hémiplégie alors qu'il dîne avec Pablo Picasso à la terrasse d'un café. Dès lors, "inscrit dans son écorce", coincé entre l'inerte et la poésie, lui qui affirmait écrire pour mettre de l'ordre dans sa sensualité, est condamné à regarder en face la "douleur aux yeux de corbeau". Depuis son appartement du boulevard Montparnasse, soigné avec un infini dévouement par sa femme, il reste à l'affût du passé et du miracle, auquel il ne cessera de croire, d'une possible guérison. Le lit devient écritoire d'où sortira notamment ce recueil de chroniques littéraires intitulé "Méandres" qui, entre divers textes sur la Paix, la Guerre et Paris de la Belle époque à la Libération, contient aussi un émouvant témoignage sur son état ("En rampant au chevet de ma vie").
Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. Dans ce volume de chroniques littéraires publié en 1942, l'auteur du "Piéton de Paris" évoque de nouveau à travers ses souvenirs et ses réflexions le Paris de sa jeunesse: Montparnasse 1910-1935, le vieux Montmartre, les chambres, cafés et guinguettes de la vie de bohême, ses amis Paul Claudel, Maurice Ravel, Paul Valéry, Claude Debussy, Stéphane Mallarmé, Erik Satie, Pierre Louys, Alfred Jarry, etc.. Le recueil se termine par une longue méditation sur la France à ce moment très sombre de son histoire.
Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. "Haute solitude" est l'oeuvre la plus accomplie et la plus déchirante de Fargue. Reprenant les chemins de rêves et de cauchemars déjà parcourus dans "Vulturne", l'auteur poursuit cette fois son investigation jusqu'au point critique où le poète, se séparant de lui-même, s'installe dans la "Haute solitude", lieu étrange dont il nous dit les peurs et les prestiges. Par elle, il atteint la nuit des temps préhistoriques comme celle de la fin du monde dont il nous dit être l'un des six témoins. C'est entre ces deux nuits de la terre et du ciel, de la naissance et de la mort, que s'inscrit ce recueil de proses. Visionnaire stupéfait "d'avoir vu d'un coup Dieu dans le monde, comme on s'aperçoit dans une glace à l'autre bout de la chambre", Fargue possède cette puissance verbale propre à entraîner le lecteur dans la randonnée préhistorique qui ouvre le livre. Nous y assistons à la formation des mondes, à la succession des époques, à l'apparition d'un "monstre bizarre", l'Homme. Puis, délaissant ces mondes chaotiques, un autre univers non moins fantastique est exploré: ce Paris tant aimé, parcouru et arpenté par l'auteur du "Piéton de Paris". Le voici déambulant à travers les rues, accompagné par les fantômes et les visages de ceux qu'il a aimé. Il dit les gares, les banlieues, les cafés, les nuits blanches, les rumeurs de la ville et la vie dans son désordre cosmique. Mais aucune rue qui ne conduise inexorablement vers ce haut lieu où souffle l'esprit: la solitude. "Je travaille à ma solitude, cherchant à la diriger dans la mer d'insomnie où nous a jetés la longue file des morts..."
Noctambule invétéré et marcheur infatigable, Léon-Paul Fargue, sans doute le plus célèbre des "Pié
Paris, 1939 : un poète flâneur capture l’âme secrète de la ville entre gares et boulevards. Un classique intemporel.
"Depuis tout ce temps je me disais que nous étions nés de la guerre, mais je me trompais, Maman. Nous sommes nés de la beauté." Un fils écrit à sa mère une lettre qu'elle ne lira jamais. Née d'un soldat américain et d'une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux États-Unis. Elle est le produit d'une guerre oubliée. Refusant le silence, son fils retrace leur histoire familiale avec une urgence et une grâce stupéfiantes : sa grand-mère traumatisée par les bombes, les poings durs de sa mère contre son corps d'enfant, son premier amour marqué d'un sceau funeste. Mais aussi la tendresse et les rires, la découverte du désir, de son homosexualité et, plus que tout, du pouvoir rédempteur des mots.
Eustache Clarence est le garçon le plus insupportable d'Angleterre : c'est du moins l'avis de ses cousins, Edmund et Lucy. Hélas, les voilà condamnés à le supporter durant l'absence de leurs parents ! Mais le jour où les trois enfants entrent dans un tableau et sont précipités dans les flots, à quelques brasses du navire de Caspian, roi de Narnia, Eustache perd sa belle assurance. Quelle part prendra-t-il à l'extraordinaire aventure qui les attend ?
Poète amoureux de l'âme parisienne, éternel flâneur qui sait trouver des trésors au coin de la rue la plus anonyme, Fargue raconte sa ville dans ce livre célèbre, qui aujourd'hui nous restitue le parfum du Paris de l'entre-deux-guerres. Le quartier de prédilection de Fargue, peu exploré par d'autres écrivains, c'est le boulevard Magenta, Belleville, le boulevard de la Chapelle, la gare de l'Est et la gare du Nord, "vastes music-halls où l'on est à la fois acteur et spectateur". Le titre de ce livre est devenu le nom que l'on donne à Fargue. C'est lui qui est à jamais "le piéton de Paris".
"Sur Fargue, les anecdotes abondent, plus ou moins amusantes, plus ou moins improbables. Certaines, qu'il a connues sinon provoquées, l'ont sans doute diverti, mais le personnage qu'elles faisaient de lui l'attristait franchement, sur le tard : Ce ne sont que taxis abandonnés avec des ardoises importantes, propos qui n'ont jamais été tenus, bonnes intentions transformées en machiavélisme... écrit-il dans Dîners de Lune. Les anecdotes seront effacées. Les poèmes sont là, dans toute leur réalité. Mais si Fargue nous est extraordinairement présent à travers eux, sa vie telle qu'elle fut reste bien cachée. Point de drame éloquent, peu d'activité notable au service d'une cause publique, nulle fonction. Les lettres qui nous instruiraient - elles sont nombreuses, souvent pathétiques - ne changeront pas, je crois, la figure de ce destin où les échecs, les hésitations, les bizarreries de l'homme sont autant de façons de ne pas quitter le domaine profond, celui d'où naissent les poèmes. Ce domaine personnel, Fargue n'a pas à le chercher ; il lui est donné dès sa jeunesse, dès l'enfance ; il est sa propre vie, dont son coeur et son esprit n'épuiseront jamais les richesses - souffrance et joie, solitude et tendresse. On ne guérit jamais de sa jeunesse, écrit-il." Henri Thomas
"Il y a des années que je rêve d'écrire un "Plan de Paris" pour personnes de tout repos, c'est-à-dire pour des promeneurs qui ont du temps à perdre et qui aiment Paris. Et il y a des années que je me promets de commencer ce voyage par un examen de mon quartier à moi, de la gare du Nord et de la gare de l'Est à la Chapelle, et non pas seulement parce que nous ne nous quittons plus depuis quelque trente-cinq ans, mais parce qu'il a une physionomie particulière, et qu'il gagne à être connu." De la Chapelle à Montmartre, du Marais à Saint-Germain-des-Prés... Une promenade littéraire nostalgique, en six arrêts, dans les pas flâneurs du "Piéton de Paris".
"Il y a des années que je rêve d'écrire un "Plan de Paris" pour personnes de tout repos, c'est-à-dire pour des promeneurs qui ont du temps à perdre et qui aiment Paris. Et il y a des années que je me promets de commencer ce voyage par un examen de mon quartier à moi, de la gare du Nord et de la gare de l'Est à la Chapelle, et non pas seulement parce que nous ne nous quittons plus depuis quelque trente-cinq ans, mais parce qu'il a une physionomie particulière, et qu'il gagne à être connu." De la Chapelle à Montmartre, du Marais à Saint-Germain-des-Prés... Une promenade littéraire nostalgique, en six arrêts, dans les pas flâneurs du "Piéton de Paris".
Dans ce "diorama d'états d'âme", Fargue imagine la nuit des temps préhistoriques et celle de la fin du monde. Entre les deux, il revoit Paris, cet univers lui aussi fantastique, qu'il a tant aimé et dont il fut l'inoubliable Piéton.
Le ton des textes de Fargue est à la fois intemporel et délicieusement désuet. Comment ne pas sourire devant ses réflexions sur les automobiles qui crachotent, sur la naissance du métro à laquelle il assista, sur les cadeaux de Noël des enfants où il n'est question que de trains électriques et de jeux de patience ? En ces années de guerre (ces textes ont paru en 1942), il s'attache au difficile quotidien des Parisiens, aux bouleversements que connaît la capitale. Mais l'écrivain évoque aussi des thèmes intemporels comme le bavardage, le printemps, la neige... Et dans ces pages le chroniqueur rejoint souvent le poète.
Publié en 1948, Les Grandes Heures du Louvre est l'histoire du palais du Louvre à travers les siècles : du château-fort construit par Philippe-Auguste au musée d'aujourd'hui, en passant par la construction des Tuileries sous Catherine de Médicis, du pavillon de l'horloge sous Louis XIII, sans parler des projets de modernisation imaginés par Louis XIV et les destructions de la Commune de Paris, sa dernière transformation sous le règne de Napoléon III, et tant d'autres aventures plus secrètes et charmeuses. Plus qu'une simple histoire, ce livre est aussi une oeuvre littéraire à par entière. Liant l'histoire à la littérature et les rois aux poètes, l'auteur évoque sa propre vie. Et voici le souvenir d'une promenade avec Laurent Tailhade, d'une dispute avec Alfred Jarry, d'un après-midi passé, dans le jardin des Tuileries, avec Paul Valéry : « Assis sur un banc, dans la tiédeur d'un Paris plein d'ombrelles et de toilettes claires, plein d'idées faciles, il nous plaisait d'interroger le vieux bâtiment. » Le livre éblouissant et méconnu du plus grand écrivain de Paris au xxe siècle avec Guillaume Apollinaire.
"Tout, dans cette oeuvre, est souvenir. Habitée, soulevée par une véritable folie, un véritable raz de souvenir, comme on parle d'un raz de marée. Fargue est cet homme à la mémoire inflexible, grouillante, proliférante, qui n'a rien oublié jamais de ce qu'il a une fois vécu, mais même de la plus mince sensation une fois éprouvée, celui-là même qui rêvera un jour d'une étrange machine à conserver du passé les minutes apparemment les plus dépourvues, les gestes machinaux, les pensées et les impressions les plus banales ou les plus anodines ; mais, cette machine, il n'a pas besoin d'elle ; elle est en lui, elle est lui-même ; et même quand il semble dériver ailleurs, dans une de ces houles puissantes et concertées de l'imaginaire où, de plus en plus, il se complaira, avec une délectation un peu trop appuyée, un peu trop évidente parfois, et où l'on ne sait trop si c'est l'imaginaire qui entraîne le déferlement toujours plus déchaîné du verbe ou la prolifération monstrueuse du verbe, le déferlement de l'imaginaire, - visitation préhistorique, enivrement d'une évocation entomologique suscitée ou choisie tout autant pour l'aspect, la rareté, la saveur des vocables, souvent réels, parfois inventés, que pour l'image des insectes à demi fabuleux ou incongrus que ces vocables font surgir, - de nouveau se font jour les lames de fond du souvenir, de nouveau elles gauchissent ou font brusquement tourner court le long délire cultivé et peut-être un instant entrevu comme sauveur." Jacques Borel.
Dîners de lune est en quelque sorte le tome II de Déjeuners de soleil. On y retrouve le merveilleux et grand poète qui jetait sur les choses les plus humbles ou les plus insolites un regard qui les transfigurait. Avec l'agilité d'un ludion, la grâce d'un ange et la cocasserie d'un clown génial, il évolue au Musée Grévin, au Bal des Petits Lits Blancs ou dans les Maisons Tellier ; il nous entretient de magie, explique comment le stylographe est une parure, découvre un humour, un nouveau mal du siècle, dévoile ce que lisent les femmes, codifie les rapports entre les sexes...
Léon-Paul Fargue naît à Paris en 1876, traverse les systèmes et les chapelles. Il n'a que faire de dieux et de maîtres. Il ne sera jamais l'homme d'un club : aux clubs, il préfère les cafés. De très vieux cafés au fond de vieilles rues. Des rues qui grimpent ou descendent à travers Montmartre ou Montparnasse. Dans ce volume, il évoque sa jeunesse, ses amis, un Paris pouilleux ignoré des voyageurs, les chambres d'étudiants, les guinguettes, toute une géographie lentement modelée et que soudain chambardent les urbanistes. Naguère, lui-même s'appelait le piéton de Paris, mais que faire dans cette ville où le dernier refuge croulera tantôt sous la dernière marée ?
Voici un étrange objet signé Léon-Paul Fargue et André Beucler, sans que l'on sache si les textes qui le compsoent sont de l'un ou de l'autre, ou encore écrits à quatre mains. Mais le lecteur s'amusera autant que les auteurs en dégustant cette prose acrobatique, truffée de calembours, d'a-peu-près, de contrepèteries, de mots inventés, de métaphores saugrenues. On est tantôt dans le Paris de 1920, tantôt dans celui de 1945. Plus rarement dans un lointain passé, comme ce parcours de l'autobus Villette-Austerlitz, où le bassin de la Villette et la place des Fêtes deviennent des lieux fortement exotiques. Extraordinaire tableau aussi de la première visite d'André Beucler chez Gallimard, rue de Grenelle. Gaston le reçoit. Valentine Tessier est près de lui. Fargue dort ou fait semblant de dormir dans un fauteuil! Il y a tantôt des souvenirs, tantôt de la poésie, tantôt des aphorismes, des pensées insolites, des contes, des nouvelles, des saynètes. On est proche du surréalisme. Puis on est cueilli par une réflexion sur l'esprit français, ou une méditation sur les morts...
Voici un étrange objet signé Léon-Paul Fargue et André Beucler, sans que l'on sache si les textes qui le compsoent sont de l'un ou de l'autre, ou encore écrits à quatre mains. Mais le lecteur s'amusera autant que les auteurs en dégustant cette prose acrobatique, truffée de calembours, d'a-peu-près, de contrepèteries, de mots inventés, de métaphores saugrenues. On est tantôt dans le Paris de 1920, tantôt dans celui de 1945. Plus rarement dans un lointain passé, comme ce parcours de l'autobus Villette-Austerlitz, où le bassin de la Villette et la place des Fêtes deviennent des lieux fortement exotiques. Extraordinaire tableau aussi de la première visite d'André Beucler chez Gallimard, rue de Grenelle. Gaston le reçoit. Valentine Tessier est près de lui. Fargue dort ou fait semblant de dormir dans un fauteuil! Il y a tantôt des souvenirs, tantôt de la poésie, tantôt des aphorismes, des pensées insolites, des contes, des nouvelles, des saynètes. On est proche du surréalisme. Puis on est cueilli par une réflexion sur l'esprit français, ou une méditation sur les morts...
"Pourrait-elle s'ouvrir encore l'aube, bleue comme des ailes de Morphe, où bâillait l'étrange passage, au tournant d'un mur, avec son escalier sonore, et nous parlait bas de sa bouche d'ombre ?.. Un oiseau s'y campe. Il dit : Myrtis - avec douceur."
Qui pouvait mieux parler de la peinture qu'un poète comme Léon-Paul Fargue ? Pour la peinture est un recueil de chroniques dont on ne sait s'il faut davantage admirer la justesse du coup d'oeil, la saveur de l'expression ou la profondeur de la sensibilité. Il y a tout dans ce livre : des souvenirs, des idées, voire de la critique d'art. On y apprendra que la Côte d'Azur a fini par ressembler aux tableaux de Dunoyer de Segonzac, tant il est vrai que la nature, comme dit Oscar Wilde, imite l'art. On y lira des remarques passionnantes sur Vélasquez, de séduisants développements sur Vuillard, Bonnard, Monet, Waroquier, Dufy, Luc Albert-Moreau . Montmartre et Daragnès sont les prétextes d'une évocation comme seul Fargue savait en faire, où la réalité et la poésie pour ainsi dire s'augmentent l'une de l'autre. Enfin le poète fait défiler de charmants personnages Little Tich, Mistinguett, Grook, Maurice Chevalier, qu'il a connus, qu'il a aimés, et dont il parle - incomparablement.