Louis-Daniel Godin
Louis-Daniel Godin
En apprenant la mort de Marc-Alain Gauthier-Gagnon dans le journal, le narrateur commence à écrire cette histoire vieille de vingt ans. Une histoire à laquelle il ne pense pratiquement jamais. Il y a pourtant des choses à dire. Dire qu'à dix-sept ans, il était déjà trop vieux pour Marc-Alain, qui en avait trente-sept. Dire qu'il a vécu deux ans avec lui, à l'attendre, à le désirer en vain. Dire qu'il a découvert, longtemps après la rupture, les crimes sexuels de Marc-Alain, accusé d'avoir leurré des mineurs en se faisant passer pour une fille de seize ans sur Internet : Cindy_16. Les crimes avaient-ils déjà lieu à l'époque ? Aurait-on pu le savoir ? Avait-on des soupçons ? A-t-on soi-même été une victime de Marc-Alain ? Dans Cindy_16, cette histoire resurgit, avec ses trous et ses doutes. C'est un objet brûlant, raconté à un bras de distance, avec les bons mots et les bonnes astuces. Il faut toutes sortes de ruses pour apprivoiser la langue et ses effets. Il faut toutes sortes d'inventions pour éviter la honte et le réel.
L'enfant arrive dans sa famille à l'âge de cinq jours. Très jeune, amour et argent le taraudent. A-t-on une dette envers quelqu'un lorsqu'on a été adopté ? Il ne cesse dès lors de compter de manière obsessive les pertes et les gains : un chocolat chapardé, un billet de vingt dollars confisqué, le lot d'un jeu télévisé, des cadeaux à sa mère comme des actes manqués. Mais comment y trouver son compte ? Comment compter jusqu'à soi quand un écart, une brèche, un trou, apparaît entre les souvenirs de l'enfance et ce qui fut vraiment, entre son milieu social et ses nouvelles passions ? Impitoyablement observateur, pince-sans-rire parfois et toujours émouvant, Le compte est bon est un puits de style vivant. Louis-Daniel Godin conte en comptant, saute de chiffre en chiffre, de lettre en lettre, afin de mettre le compteur à zéro, de dire l'idée d'écrire un livre pour être quitte avec la vie, un livre sur l'impossibilité de devenir soi.
Fidèle aux dimensions interdisciplinaire et internationale de notre revue soucieuse de confronter des recherches conduites entre les domaines et entre les pays, ce numéro libre réunit des contributions dont les auteurs appartiennent à sept institutions universitaires, au Québec, au Canada, en Estonie, en Italie, en Norvège. Les huit études qui le composent portent sur huit auteurs différents, de Charles Baudelaire à Kamel Daoud, du plus canonisé au plus contemporain, qui appartiennent aux littératures écrites en français auxquelles s'attache Études françaises depuis sa création : littérature québécoise, littérature française et littératures francophones. Elles mobilisent des méthodes et des savoirs variés, ceux de la philosophie, de la psychanalyse, de la stylistique, de l'onomastique, des démarches et des approches multiples, étude des espaces liminaires, études cinématographiques, imaginaire et discours social, discours de la fin.