Luigi Di Ruscio
Luigi Di Ruscio
Enfermé dans « sa tour de glace » - le petit appartement d'une banlieue ouvrière d'Oslo -, puisant dans un quotidien où personne ne parle sa langue, ni à l'usine ni en famille, Luigi Di Ruscio a écrit le monde quarante ans durant.Entraîné par le flot des crépitements incessants de sa machine à écrire, il mêle librement le roman, l'autobiographie, la poésie : « comment se fier à des témoins oculaires qui affirment avoir vu de magnifiques couchers de soleil quand on sait pertinemment que le soleil ne se couche pas, c'est nous qui crépusculons constamment. » Perpétuellement drôle, il s'émancipe de tout avec joie, et étrille les conventions du langage dans un élan de créativité furibonde, renverse les hiérarchies, bouscule la religion, la politique, la famille, le couple et le sexe, fusionnant l'écriture et la vie.
Luigi Di Ruscio tisse un roman protéiforme sur ses années de jeunesse dans l'Italie de la Seconde Guerre mondiale jusqu'aux années 1960, entre fascisme, résistance et reconstruction. Poète autodidacte, il met en scène joies buissonnières et déboires scolaires, jeunesse vagabonde et furibonde avec son compagnon d'infortune Moscatritata, vendeur de christs en plâtre pulverisés de faux bronze. Instituteurs et curés, éditeurs et critiques : toutes les autorités seront bafouées dans un texte qui se moque des règles, qui se joue de la langue et des mots ; le roman de formation du jeune écrivain se fait alors manifeste poétique et autobiographie littéraire. Né à Fermo dans les Marches en 1930 et mort à Oslo en 2011, Luigi Di Ruscio publie son premier recueil de poesie a 23 ans, Non possiamo abituarci a morire (Nous ne nous habituerons pas a mourir, preface de Franco Fortini). Son second recueil, Le streghe s'arrotano le dentiere (préfacé par Quasimodo), paraît 13 ans plus tard. Entre-temps, le poète a émigré a Oslo et trouvé un emploi dans une usine sidérurgique. Il a rencontré Mary Standberg, avec qui il aura quatre enfants. Employé à l'usine pendant près de quarante ans, Di Ruscio retrouvait sa machine à écrire chaque soir pour composer ses dix recueils de poesie et trois ouvrages en prose : Palmiro, Christs pulvérisés et La Neige noire d'Oslo.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans la petite ville de Fermo, une bande loufoque de partisans, fonctionnaires, prostituées et paysans attend fébrilement la grande fête révolutionnaire et l'avènement d'une société sans classes. Sous la forme d'une autobiographie picaresque, Luigi Di Ruscio orchestre dans sa ville natale une comédie humaine à l'italienne, peuplée de figures tour à tour burlesques, tragiques et tendres. Armé d'une drôlerie féroce, d'une écriture à la cadence orale ponctuée de fulgurantes inventions langagières, il nous administre une formidable leçon de joie de vivre en dépit de ses désillusions politiques.