Malika Mokeddem
Malika Mokeddem
« Les sauterelles les plus nuisibles de notre histoire nous sont toujours venues de la mer. D'où ont surgi les sauterelles d'aujourd'hui ? Elles n'ont laissé derrière elles qu'un lieu dévasté, qu'une enfant percluse d'épouvante ». Sous le choc d'un drame, Yasmine a perdu l'usage de la parole. Son père, Mahmoud, le nomade lettré, l'instruit et communique avec elle par écrit. Restés seuls, ils sillonnent les déserts algériens dans l'espoir d'échapper à l'inexorable devoir de vengeance, à l'inculpation pour meurtre qui pèse injustement sur Mahmoud. Quête désespérée. Les déserts, à l'instar des consciences brûlantes, ne les mènent jamais qu'au plus profond d'eux-mêmes. Et que peut réserver le destin, en ce début de siècle, à une fille qui, élevée par son père, échappe au moule féminin de la tradition ? Rejet et marginalité... Le regard de deux êtres singuliers sur leur vie nomade et les rapports avec l'occupant français.
« La main de la mère qui saisit un oreiller blanc et l'applique sur le visage du nourrisson... » Cette scène d'une violence absolue obsède la narratrice, le docteur Selma Moufid, sans qu'elle comprenne si c'est un fantasme ou si cela a eu lieu. Cette image occultée depuis l'enfance va entraîner Selma dans son désert natal et lui faire revivre des moments qu'elle voulait oublier. C'est avant tout la relation à sa mère que ce roman met en question. Il s'agit de combattre de vieux fantômes et de comprendre pourquoi la culpabilité a inhibé le souvenir pendant tant d'années. Selma raconte les voyages qu'elle a entrepris pour enfin parler avec sa mère, pour tenter de briser le silence. Cette confrontation la renvoie à une réalité cruelle : si sa génitrice n'est qu'une pâle figure de Médée, d'autres femmes l'ont précédée dans ce rôle qu'elles s'évertuent à perpétrer pour ne pas enfreindre les tabous qui les ligotent... Un roman très fort de Malika Mokeddem où, pour la première fois, elle analyse la relation avec sa mère dont elle fait un ressort romanesque extrêmement émouvant.
Derrière la dune, au-delà du Grand Erg occidental, c'est le désert, sa lumière aveuglante, sa chaleur et ses vents de sable, son ciel immense qu'ont oublié les citadins. Mais aussi ceux qui ne marchent plus. Zohra, hier nomade, a dû arrêter cette marche éternelle qui était sa raison de vivre, le contraire d'une errance. Avec une partie de son clan, elle s'est installée là, au pied de la dune, à la frontière des deux mondes, où elle est devenue l'inoubliable conteuse des temps anciens, le pilier de la sagesse et des traditions bédouines. De nombreux enfants l'entourent, l'écoutent, fascinés, entretenir la magie de la route du sel et des longues caravanes qui sillonnent le Sahara - tandis que l'Algérie bascule dans la guerre. Sa petite fille Leïla, l'une des premières jeunes femmes de la tribu à maîtriser l'écriture, est aussi la plus rebelle à la condition de recluse qu'on veut lui réserver. Elle puisera dans ses racines nomades la force de s'opposer à son destin, au poids des coutumes d'un autre âge...
N'zid. Supposons qu'Ulysse soit une femme. Une femme d'aujourd'hui. Algérienne. Elle s'appelle Nora et vient de se réveiller sur un voilier à la dérive, seule au milieu de la Méditerranée. Elle est amnésique et blessée au visage. Pourtant, une évidence s'impose d'emblée : la mer est son élément. Ses mains savent tout de ce bateau, de la navigation. Perdue entre deux rives, survivante d'un malheur qu'elle ignore, Nora cherche passionnément sa patrie qui avait jadis les contours d'un désert de sable. Et si, derrière les vagues, elle écoute le pincement d'un luth bédouin, celui de Jamil, rien ne prouve qu'ils se rejoindront, car Malika Mokeddem, dépassant la force du simple témoignage, a peut-être inventé une seconde manière d'évoquer l'Algérie contemporaine, une métaphore nouvelle et de tous les temps, pour une Odyssée sans Ithaque. N'zid signifie, en arabe, "je continue" et aussi "je nais".
Un jeune homme est retrouvé noyé dans le hangar à bateaux d'un château de Lake District. S'agit-il d'une mort accidentelle ? L'oncle de la victime, le richissime industriel Bernard Fairclough, demande à Lynley d'enquêter dans la plus grande discrétion sur ce drame. Les suspects sont nombreux : l'héritier, ex-drogué repenti, ses sœurs, sa femme, une ravissante Argentine dont il est passionnément épris, ainsi que la galerie de personnages hauts en couleur qui les entourent… et qui ont tous un secret à cacher. Elizabeth George, digne héritière d'Agatha Christie nous offre, une fois de plus de nombreux rebondissements rondement menés !
Le roman s'ouvre sur une disparition. Celle de Léo, dont le bateau vide a été retrouvé à la dérive au milieu de la Méditerranée. Sa compagne, Shamsa, ne veut pas croire à un accident. Elle part, donc, à bord de Vent de sable, sur les traces de Léo. C'est la première fois qu'elle prend la mer seule. De ville en ville, sur mer et sur terre, Shamsa se lance à corps perdu dans cette enquête au long cours. Elle qui fut abandonnée dans le désert à sa naissance, elle qui a fui une Algérie devenue sanguinaire, la voici hantée par son passé de malheurs. Mais pour affronter ce nouveau coup du sort, elle est portée par l'énergie du désespoir. Et surtout, par le courage que donne un amour absolu. « J'irai retourner la mer », se promet-elle...
L'itinéraire douloureux et romanesque d'un colporteur d'images poursuivi par la culpabilité et condamné à fuir à travers les routes de l'Est à la recherche d'une possible rédemption...
« Je suis restée vingt-quatre ans sans voir mon père. Il refusait de me recevoir avec mon époux français. Un mécréant. La transe des insoumis se referme sur nos retrouvailles. Mon père ignore tout de ma vie intime depuis l'adolescence. Il ne connaît même pas les prénoms des hommes que j'ai aimés. Il ne veut surtout pas savoir. Jamais. Car tous les mots qui s'appliquent à ma vie de femme libre relèvent de la honte, du péché, de la luxure. C'est ce silence exorbitant sur ma vie qui est à l'origine de ce texte. J'ai quitté mon père pour apprendre à aimer les hommes. Ce continent encore hostile car inconnu. Et je lui dois aussi de savoir me séparer d'eux. Même quand je les ai dans la peau. J'ai grandi au milieu des garçons. J'ai été seule fille de ma classe de la cinquième à la terminale au lycée. J'ai été la seule pionne dans l'internat parmi des hommes... Je me suis faite avec eux et contre eux dans toutes les acceptions des termes. Ils incarnent tout ce qu'il m'a fallu conquérir, apprendre par coeur pour accéder à la liberté. Je n'ai pas cherché mon père en d'autres hommes. Je les ai aimés, admirés, différents pour le garder dans l'absence. Et je tiens à le coucher de son vivant, parmi eux, dans un livre. Car ma vie est ma première oeuvre. Et l'écriture son souffle sans cesse délivré. » M.M
La Transe des insoumis est le second volet des Hommes qui marchent. Il s'agit d'un récit où s'entrecroisent le passé de Malika Mokeddem et sa vie d'aujourd'hui, ces deux époques étant liées par le thème de l'insomnie, mal dont souffre l'auteur depuis sa petite enfance. La Transe des insoumis est le nom qu'elle donne à l'insomnie. Cette incapacité à sombrer aisément dans le sommeil lui a très tôt fait prendre conscience de sa rebellion, et a peu à peu contribué à l'arracher à sa famille pour devenir un jour médecin puis écrivain. " Pourquoi ne dors-tu pas ? " lui demandait sa grand-mère quand elle était petite. Malika répondait par une parade imparable : " Je ne sais pas dormir ". Désormais, elle connaît par coeur l'insomnie, elle l'a apprivoisée. Elle est le coût du corps à corps du médecin qu'elle est devenue avec la mort, de l'écrivain avec l'intranquillité et tous les dangers de l'écriture. La Transe des insoumis revient sur les luttes essentielles de l'enfance et de l'adolescence et met en regard les thèmes, ruptures, solitude, livres, travail : scolarité puis études de médecine, apprentissage de la liberté Là-bas, c'est-à-dire en Algérie, et ici. Si Les Hommes qui marchent était le livre du départ, La Transe des insoumis est le livre du retour. Retour vers le village natal en Algérie, retour vers le père, après vingt-quatre ans d'absence
Dans un ksar du désert algérien - un hameau de pisé qui domine la grande plaine -, Nour fait l'apprentissage de la liberté. Une liberté de femme conquise à force d'entêtement à vivre, de refus de toute humiliation. Son prénom signifie lumière. Nour a décidé de rester dans ce ksar que les autres habitants ont déserté parce qu'il tombe en ruine, et parce que la source s'est tarie. Un homme aveugle est éperdument amoureux d'elle. Mais Nour ne veut pas voir en ses sentiments autre chose qu'une profonde amitié. L'amitié d'un homme est pour elle une conquête inespérée dans ce pays guetté par la violence... Le temps d'un marché où elle va vendre les légumes qu'elle cultive, elle prête l'oreille aux rumeurs de mort, à la dérision avec laquelle les villageois combattent l'épouvante. Puis elle tourne le dos au chaos du monde, regagne les lézardes de son ksar, et elle attend. Nour scrute l'immensité du désert, d'où reviendra peut-être, comme la douceur d'un monde, l'être cher : l'homme aimé. Malika Nokeddem, née dans le désert algérien, vit à Montpellier. Elle a déjà publié le Siècle des sauterelles (Ramsay, 1992), l'Interdite (Grasset, 1993), Des rêves et des assassins (Grasset, 1995), les Hommes qui marchent (Grasset, 1997).
L'année même de l'indépendance de l'Algérie, en 1962, naît à Montpellier la petite Kenza. Sa mère décide de regagner avec l'enfant Oran qu'elle avait fui pour échapper à un mari boucher, obsédé sexuel, qui la battait. Elle se dit que l'indépendance va changer la société et les hommes... Espoir vain. Elle repart, définitivement cette fois, mais sans sa fille, que le père lui a dérobée. Puis se passent l'enfance et l'adolescence de Kenza, sa réussite universitaire à force d'un travail acharné, son ascension sociale. Reste que la victoire d'un seul ne change pas le sort du monde, reste que le FIS met en danger l'Algérie. Menacée comme tant de femmes qui revendiquent leur liberté, Kenza refait le voyage de sa mère à Montpellier où elle tentera, à travers la communauté algérienne, de savoir quels furent sa vie, ses derniers jours, et pourquoi elle n'essaya jamais de la revoir. La vérité découverte, belle et douloureuse, Kenza s'enfuit - une fois encore - au Canada ; sans doute parce que la France est trop près de l'Algérie, sans doute parce que Kenza veut perdre la mémoire.
Parce qu'une lettre d'un homme qu'elle aima autrefois, Yacine, est postée du village où elle est née, Sultana revient en Algérie. Médecin à Montpellier, Sultana avait cru conjurer par l'exil l'enfermement où sont tenues les femmes là-bas. Elle avait tout quitté, même Yacine, pour être libre, et voici que Yacine vient de mourir et que l'amour torturant qu'elle porte à son pays l'incite à y rester. Yacine était également médecin ; Sultana décide de le remplacer quelque temps au dispensaire qu'il tenait. Dans ce même village, Vincent est venu lui aussi à la recherche d'une mémoire incertaine. On lui a greffé un rein et le seul indice qu'il possède du donneur est qu'il s'agit d'une jeune femme algérienne. Vincent et Sultana vont commencer une histoire d'amour mais au pays des intégristes une femme libre mérite la mort. Soutenue par les uns, attaquée par les autres, traquée, Sultana devra céder la place...