Marie-France HAZEBROUCQ
Marie-France HAZEBROUCQ
Ce dialogue met aux prises Socrate avec Critias, sophiste et tyran à la fois, et se situe au début de la guerre du Péloponnèse, une guerre fratricide et désastreuse où la puissance d'Athènes chancelle et où l'unité du monde grec est à jamais perdue. C'est sur fond de folie et de démesure qu'ils s'entretiennent de la modération. Il est urgent alors d'interroger cette vertu de l'ordre et ces attitudes qui passent pour civilisées - agir posément, savoir se retenir - de critiquer cette sorte de sagesse morale et politique ambivalente. Rester tranquille et s'occuper de ses affaires, est-ce inertie ou réflexion prudente ? Quand tout le comportement de Socrate est à l'inverse de cette modération-là et quand il est impossible de bien faire si on ignore le bien qu'on fait, alors il faut déchiffrer l'énigme de la prescription delphique : « connais-toi toi-même ». La vertu chez Platon s'accompagne d'intelligence ; l'interrogation sur la modération est essentielle quand le nom de sophrosunè signifie « sauvegarde de l'intelligence ». Le Charmide est sans doute le dialogue où la rivalité entre le philosophe et le sophiste est à son comble sur des questions que l'horizon de la guerre rend exceptionnellement aiguës. Dans un monde en perdition, où est le salut ? Dans un monde près d'éclater, où est l'unité ? Dans un monde plein de conflits, qui a la puissance ?
De l'Odyssée à Taken, d'Andromaque au Comte de Monte-Cristo, de La Bête humaine à Un justicier dans la ville, nombreux sont les récits dont les héros font payer à l'offenseur le prix de son offense, et font justice eux-mêmes, selon l'implacable loi du talion : oeil pour oeil, dent pour dent. Peut-on pour autant parler de justice ? La violence meurtrière de la vengeance sévit surtout au cinéma, au théâtre ou dans les romans ; mais combien de fois n'avons-nous pas supprimé, en pensée ou en paroles, ceux qui nous ont fait du mal ? Le plus souvent, nos vengeances sont anodines ou restent symboliques, or toute vengeance n'est-elle pas excessive par nature ? Ressentiment, rancune, hostilité, colère, fureur ? Les passions qui animent le vengeur sont généralement condamnées par les philosophes ; pourtant, elles nous apprennent quelque chose sur nous-même. Que se cache-t-il alors derrière le désir de SE VENGER ? Agrégée de philosophie, Marie-France Hazebroucq a passé toute sa carrière à enseigner en terminale et en classes préparatoires. Spécialiste de l'oeuvre de Platon sur laquelle elle a rédigé sa thèse, elle publie régulièrement des traductions et des commentaires de dialogues platoniciens.