Marie-agnès Combesque
Marie-agnès Combesque
Les organisations de défense des droits de l'homme estiment que l'esclavage scelle le destin de 200 à 400 millions d'êtres humains. Un enfant raconte comment il a été enlevé - avec tous les autres enfants de son village - par des soldats, comment il a été acheté par un vieux colonel, comment il vit aujourd'hui, chaînes aux pieds, enfermé dans une grande villa de Khartoum, la capitale du Soudan. Un jeune homme raconte comment il a quitté son village pour chercher du travail à Kay-Jacmel, un port à Haïti. Comment il s'est fait « embobiner » par un type qui lui offrait un « bon » travail dans une entreprise. Comment il s'est retrouvé dans les champs de canne à sucre, prisonnier d'un batey en République dominicaine, endetté avant même sa première paye.
À Paris, en septembre 1993, Ali et Fouad ont été transformés en torches vivantes à cause de la couleur de leur peau. En Roumanie, à la même date, Maria a été victime d'un pogrome. Son crime ? Appartenir à un peuple détesté : les Roms. Insultes, agressions, exclusions, persécutions. Le racisme s'exprime partout au quotidien, il devient banal, il ne révolte plus. Ne plus combattre le racisme, c'est donner libre cours à la haine des autres et à la violence.
Le 13 janvier 1898, Zzola lance un cri dans la presse : « J'accuse.. ! » Pour avoir voulu « la lumière au nom de l'humanité », Zola doit s'exiler un an à Londres. En référence à cet engagement personnel et courageux, la collection J'accuse.. ! propose de révéler les barbaries, les crimes, les injustices, perpétrés par des hommes contre des hommes aujourd'hui.
Quel lien entre le paysan qui cultive et le consommateur dans la rue, ici ? Les deux tentent d'échapper à la misère. Le premier, en gagnant un peu d'argent. Le second, en dépensant tout ce qu'il possède, et plus encore, pour assouvir son besoin. Ils forment le premier et le dernier bout d'une chaîne. Une multitude d'intermédiaires les relient : ceux qui s'enrichissent, ceux qui trafiquent et exportent. Ce nouveau « J'accuse » dénonce un trafic ; il en démonte les principaux engrenages. Il met en avant les victimes qui, aux deux bouts de la chaîne, sont engagées dans un processus qu'elles ne maîtrisent pas.
Décembre 1997, janvier 1998 : les chômeurs prennent la parole et la rue, revendiquent une prime de Noël et une hausse immédiate des minima sociaux. Il occupent les agences Assedic, les ANPE et le paysage médiatique. C'est la cacophonie au gouvernement et dans les syndicats. Face à eux, une poignée d'organisations - l'APEIS, le MNPC, AC !, la CGT chômeurs - que tout sépare, histoire et culture, mais qui vont apprendre à coexister, revendiquer et occuper ensemble. Le mouvement des chômeurs ne surgit pas du néant. Il a une histoire, des objectifs et des troupes décidées. S'il est gros de colère et de souffrance, il représente aussi un formidable espoir pour ses participants et, au-delà, pour une société à bout de misère, de peur et d'idées. Ce livre, auquel ont été associées les organisations parties prenantes du mouvement, prétend, à sa façon, inscrire le mouvement des chômeurs dans l'histoire protestataire et politique de ce pays.