Maxime Coulombe
Maxime Coulombe
Quelque chose du gothique traverse les époques, de la naissance de la modernité à nos jours. Comment est-ce possible ? Comment une esthétique profondément marquée par le XVIIIe siècle et l'aube de la Révolution peut-elle se mouvoir dans le temps et réapparaitre, chaque fois avec une troublante actualité, à des moments spécifiques de l'histoire ? Avouons-le, la chose paraît quelque peu contre-intuitive. L'actualité d'un phénomène ne tient-elle pas, justement, à la singularité de son contexte d'apparition ? Le gothique nous apprend le silence et la nuit, le suspense et l'ouverture sensorielle au monde. Comme toute esthétique, il est aussi une éthique, il implique le nécessaire courage d'affronter les nouveaux horizons qu'ouvre le noir - qu'ils tiennent du réel, de l'imprévisible ou de l'altérité. Il faut bien se l'avouer, ce n'est plus dans la réalité qu'on trouvera de nouvelles façons de désirer, mais dans l'espace du fantasme et de la fiction. C'est seulement là qu'on imaginera d'autres manières de percevoir et d'espérer.
Les images répondent à certains besoins essentiels : elles nous font apprendre, nous défoulent et nous apaisent, elles stimulent notre mémoire, nos sens, nos émotions, nos désirs, elles nous permettent d'explorer nos tensions internes. Leur nature fictionnelle sait ouvrir la porte de notre vie intérieure souvent bien mieux que ne le fait notre quotidien. Telle est d'ailleurs le plus souvent la raison pour laquelle nous les fréquentons. Ce pouvoir mémoriel et affectif des images est au coeur de cet ouvrage. Nous tenterons de comprendre ce qui opère en nous lorsque nous les regardons : la manière dont elles réveillent nos souvenirs, nourrissent nos fantasmes, la force avec laquelle elles nous ébranlent et nous défoulent, leur pouvoir à lever le voile sur certains pans de notre vie intérieure.
Les zombies sont partout, au cinéma, à la télévision, dans nos rues, chez notre libraire. Grotesques et terrifiants, ils pourraient n'être qu'une tendance kitsch, un divertissement à la mode.Derrière sa démarche traînante et ridicule se cache pourtant une figure symptomatique de notre époque. Peur de l'épidémie ou fantasme de la catastrophe, aliénation moderne ou fascination pour la violence : le zombie et le monde apocalyptique qu'il crée nous parlent d'abord, intimement, de nous-mêmes. Par l'obscène exhibition de la mort, l'ultime tabou de la société occidentale, il brise les limites de la condition humaine : celles de la conscience, de la vie, de la civilisation. Mais surtout, il trahit un fantasme émergeant dans notre culture, celui d'en finir.