Michael Lucken
Michael Lucken
Au Japon, la Seconde Guerre mondiale et l'occupation américaine ont gardé aujourd'hui encore une forme d'actualité. Entre conviction profonde et instrumentalisation de la mémoire, la lecture de l'histoire des années 1940 détermine toujours de nombreuses positions sur la scène politique et culturelle de l'Archipel, qu'il s'agisse de la réforme de la Constitution, des relations avec la Chine et les États-Unis ou de la commémoration des héros de la nation. En ce sens, et peut-être plus qu'ailleurs, l'après-guerre y est une réalité du présent. Ce livre examine de façon précise et ordonnée les différentes modalités du rapport à la guerre. Pour mettre en relief l'ampleur et la complexité du thème, de nombreux domaines sont ici explorés, comme la politique, l'éducation, l'environnement, mais aussi les arts et la littérature. Les contributions réunies au sein de cet ouvrage ont été rédigées par certains des meilleurs spécialistes du Japon moderne et contemporain. En annexe, sont présentés et traduits plusieurs textes historiques de première importance, comme la déclaration impériale du 15 août 1945 ou le principal rapport américain sur les bombardements stratégiques.
En l'espace de six ans, entre 1945 et 1952, le général MacArthur et les forces sous son commandement ont réussi à désarmer le Japon et à en faire un allié fidèle, tout en implantant sur son territoire des bases militaires qui assurent aujourd'hui encore aux États-Unis une mainmise sur la région. Cette passionnante enquête nous plonge dans une histoire méconnue en Europe : l'occupation américaine du Japon après la Seconde Guerre mondiale. Une occupation militaire mais également politique, idéologique et psychologique. Dès qu'il fut clair que les Japonais avaient accepté leur défaite, au lendemain des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki, les dirigeants américains ont entrepris une politique de transformation des mentalités en activant tous les leviers à leur disposition : les institutions, l'enseignement, la recherche, les médias, le sport, les arts… En examinant la redoutable cohérence idéologique du pragmatisme américain, Michael Lucken montre comment les États-Unis ont orienté les élites japonaises dans un sens favorable à leurs propres intérêts géostratégiques dans le Pacifique et éclaire ainsi les fondements de l'ordre mondial contemporain. Mais il analyse aussi avec une remarquable finesse les réactions de la société nippone, qui s'est adaptée à la nouvelle discipline imposée par l'occupant tout en développant dans les années d'après guerre diverses formes de résistance.
'Japon grec. Accolés, ces deux mots suscitent un sentiment d'étrangeté, une impression de chimère. Moitié Apollon, moitié samouraï, moitié Vénus, moitié geisha, dans un décor qui serait à la fois blanc et bleu comme les Cyclades, vert profond et rouge cinabre comme les sanctuaires shinto. Comment deux pays aussi distants peuvent-ils être rapprochés pour former une image cohérente?' L'ouvrage de Michael Lucken permet de suivre la pénétration diffuse de la culture grecque classique dans les arcanes de la littérature, de la philosophie, de l'architecture et des arts japonais contemporains. Entre la fin du XIXe siècle et 1945, le Japon s'est pris d'une véritable passion pour la Grèce antique. La sculpture bouddhique est revisitée à la lumière du corps grec, le théâtre nô est rapproché de la tragédie et l'architecture des banques réinterprète le temple classique! Aujourd'hui encore, bien des mangas et des dessins animés s'inspirent des dieux et héros de l'Antiquité. La façon dont le Japon - qui n'a jamais eu de contact direct avec la Grèce antique - a intégré cet héritage fournit un formidable modèle pour penser le grand problème de l'appropriation des cultures.
'Japon grec. Accolés, ces deux mots suscitent un sentiment d'étrangeté, une impression de chimère. Moitié Apollon, moitié samouraï, moitié Vénus, moitié geisha, dans un décor qui serait à la fois blanc et bleu comme les Cyclades, vert profond et rouge cinabre comme les sanctuaires shinto. Comment deux pays aussi distants peuvent-ils être rapprochés pour former une image cohérente?' L'ouvrage de Michael Lucken permet de suivre la pénétration diffuse de la culture grecque classique dans les arcanes de la littérature, de la philosophie, de l'architecture et des arts japonais contemporains. Entre la fin du XIXe siècle et 1945, le Japon s'est pris d'une véritable passion pour la Grèce antique. La sculpture bouddhique est revisitée à la lumière du corps grec, le théâtre nô est rapproché de la tragédie et l'architecture des banques réinterprète le temple classique! Aujourd'hui encore, bien des mangas et des dessins animés s'inspirent des dieux et héros de l'Antiquité. La façon dont le Japon - qui n'a jamais eu de contact direct avec la Grèce antique - a intégré cet héritage fournit un formidable modèle pour penser le grand problème de l'appropriation des cultures.
Dans la Seconde Guerre mondiale, le Japon a choisi le camp des puissances de l'axe ; il en partageait le projet impérialiste et une conception du dépeçage de la planète en fonction de sa sphère de domination. A lui devait bénéficier l'Asie, en particulier la Chine et les îles du Pacifique. La population japonaise a donc été mobilisée pour ce projet dès 1937, quand le pays commença ses premiers actes de conquête vers la Mandchourie. Pour les généraux et le gouvernement militariste, tout le monde devait marcher du même pas et garder une sorte de culte patriotique incarné dans la dévotion à l'empereur. Le livre de Michael Lucken revient sur ce mythe d'une unanimité dans la guerre. Il montre comment la société a été travaillée par des sentiments contradictoires. Véritable histoire culturelle et matérielle d'un pays plongé dans le gouffre d'un conflit meurtrier, il décrit les principales étapes de la guerre et les manifestations qu'elle suscite sur le territoire. Cette dimension tragique du pays du soleil levant continue de travailler la mémoire nationale nippone : les conquêtes, les massacres à Nankin et ailleurs, le rationnement, les kamikazes et aussi les bombardements, y compris les premiers usages de l'arme atomique à Hiroshima et Nagasaki... Ce retour sur le passé japonais permet de mieux comprendre les fantômes et les cauchemars qui hantent les héritiers de Hiro Hito.
L'image de Japonais imitateurs possède une longue histoire : en Europe, elle émerge au xviiie et a connu jusqu'à récemment différentes phases caractéristiques. Bien que liée à la modernisation, cette histoire n'éclaire pas uniquement la rencontre du Japon avec la culture européenne, elle est aussi le miroir des conceptions de l'art en Occident où des contremodèles étaient nécessaires afin de soutenir l'idée que la création est la valeur suprême. La première partie de ce livre a pour objectif de montrer, à travers les discours sur le Japon, comment et pourquoi à l'époque moderne la question esthétique de l'imitation est au coeur des rapports de domination symbolique entre les cultures et, plus largement, entre les hommes. Les Japonais n'ont pas été passifs face à cette situation. Ils ont assimilé et réemployé ce discours, vis-à-vis de la Chine notamment, et essayé d'y réagir, que ce soit par le déni, la réactivation de savoir-faire locaux ou l'invocation d'un esprit national. Toutefois, bien qu'ils aient rejeté la plupart des dispositifs uniquement mimétiques, ils n'ont pas accepté une attitude purement subjective vis-à-vis de la création, ce qui se manifeste par un goût pour tout ce qui, de la matière, ne peut être sublimé, comme la terre ou les os. L'analyse d'oeuvres majeures du Japon moderne et contemporain comme Vivre de Kurosawa Akira et Le Voyage de Chihiro de Miyazaki Hayao a pour but de montrer, comment de grands artistes japonais du xxe siècle ont fait travailler ensemble les notions de création et d'imitation, et comment ces approches alternatives, qui s'opposent à une vision héroïque et désocialisante de l'auteur, permettent d'assumer, autant que possible, la mort dans la vie.